PREMIÈRE PARTIS
tié. Dans une occasion aussi essentielle, U écrivit à Fénelon une lettre pleine de franchise et de fermeté , dans laquelle il lui faisait voir que son silence, dans cette occasion, serait regardé à Borne comme une pleine et entière convictioû de tout ce qu'on lui imputait, ou de tout ce qu'on voulait • faire entendre contre lui ^ que cette opinion n'était pas seulement la sienne et celle de tous les amis de Fénelon , mais aussi celle de tous les cardinaux et des examinateurs de son livre.
Des motifs aussi impérieux ne permirent plus à Fénelon de se renfermer dans le silence qu'il s'était prescrit. 11 n'avait eu connaissance de la fameuse relation de Bossuet que le 8 juillet, et sa réponse fut composée, imprimée et parvenue à Bome le 30 août.
Bien n'égala l'étonnement et l'admiration dont tous les esprits furent frappés à Paris, à Bome et dans toute l'Europe, en voyant la justification suivre de si près l'accusation. En eflet, ce fut dans l'intervalle de cinq semaines , dans un moment où ses adversaires venaient de publier quatre écrits très-importants contre lui, dans un temps où son cœur était brisé par le sentiment de la disgrâce de ses amis, et par l'inquiétude d'entraîner dans sa chute le seul qui lui restât à la cour, que Fénelon conserva assez de facultés et d'énergie pour composer ce chef-d'œuvre de discussion et d'éloquence. On ne savait ce qu'on devait le plus ad-
mirer dans cette réponse. La clarté dans Texposi* tion des faits; Tordre et l'exactitude rétablis dans leur marche naturelle; chaque accusation détruite par des preuves irrésistibles; le mérite si rare de mettre dans la justification plus de précision que n'en offraient les accusations ; Taccord encore plus rare de la simplicité, de Télégance et de la no- ' blesse du style; Tart admirable avec lequel Fénelon avait su, sans faiblesse et sans mollesse, mettre à récart le cardinal de Noailles et Févéque de Chartres, le roi et M"* de Maintenon, pour ne faire tomber ses traits que sur Bossuet seul, qui Tavait si cruellement offensé; en un mot, cette profonde indignation d'une âme vertueuse, mais qui conserve encore assez d'empire sur elle-même pour respecter dans son adversaire la dignité de son propre caractère : tels sont les principaux traits qui n'offrent qu'une image imparfaite de cette admirable composition.
11 est difficile de se faire une idée de la révolution subite que la réponse de Fénelon opéra dans tous les esprits. Plus la relation de Bossuet avait fait naître de préventions contre l'archevêque de Cambrai, plus on fut étonné de la facilité avec laquelle il avait dissipé tous les nuages, éclairci tous les faits et montré sa vertu dans tout son éclat.
11 ne vint à l'idée de personne de blâmer la noble indignation avec laquelle Fénelon avait élevé la voix pour repousser des accusations qui auraient