PREMIÈRE PARTIE
dégradé la sainteté de son ministère , si elles avaient pu trouver le plus léger fondement dans l'irrégularité de sa conduite. On sentit qu'écrasé par la puissance et Tautorité, abandonné à luimême , il avait le droit de ne se confier qu'au courage de la vertu; qu'il devait braver toutes les faibles et pusillanimes considérations qui auraient pu arrêter l'essor de sa voix et comprimer les mouvements d'une âme profondément indignée.
On l'avait forcé de renoncer à cette modération que sa douceur et sa modestie lui avaient prescrite jusque alors. Réduit à combattre pour l'honneur, l'accusé devait se montrer encore plus imposant que l'accusateur, s'il ne voulait pas rester accablé sous le poids de l'accusation.
De cette première impression résuhaient des réflexions sur les moyens dont Bossuet avait fait usage dans sa relation. On remarqua qu'ils étaient fondés sur des actes que la confiance seule lui avait transmis, et dont la délicatesse semblait lui interdire l'usage.
Il n'est donc pas étonnant que, plus on avait été entraîné par la relation de Bossuet , plus on fut ramené par un sentiment de bienveillance vers Fénelon. Ce flux et reflux de l'opinion se fait remarquer dans toutes les circonstances où de grandes passions et de grands hommes sont en présence et en opposition.
La reportée de l'archevêque de Cambrai opéra
la même révolution à Rome qu'à Paris. On voit par les lettres de l'abbé de Chantérac que sa cause y était presque désespérée ^ mais à peine sa réponse y fut-elle parvenue, que tous les esprits revinrent à Fénelon.
Lorsque Tabbé de Chantérac alla présenter au pape la réponse de Fénelon à la relation de Bossuet , ce pontife , qui l'avait déjà lue , l'accueillit avec une affection et une bonté encore plus sensibles que dans les audiences précédentes. Il eut l'occasion de faire la même observation auprès de tous les cardinaux et des prélats les plus distingués de la cour de Rome. On voyait facilement qu'ils étaient soulagés d'un poids qui oppressait leur âme, tant la réputation de Fénelon était chère à tous les amis de la religion et de l'Église.
Ce retour subit de l'opinion en faveur de Fénelon produisit un tel effet , même sur ses adversaires, que le cardinal de Noailles et l'évêque de Chartres furent disposés à se rapprocher de lui ; car cette malheureuse lutte avait pris une direction entièrement contraire à leurs vues et à leur attente, et la véhémence de Bossuet les avait écartés malgré eux de ce système de modération et de bienséance auqiiel ils auraient voulu rester fidèles.
Bossuet ne pouvait se dissimuler que le dernier écrit de Fénelon paraissait lui avoir ramené tous les esprits -, il croyait son honneur intéressé à changer cette disposition , el il se flatta d'y parvenir en