PREMIÈRE PARTIE
« teur a cru devoir être plus docile que la der- « nière brebis du troupeau , et qu'il n'a mis aucune « borne à sa soumission... »
Fénelon s'était empressé d'envoyer au pape une copie de son mandement accompagnée d'une lettre officielle dans laquelle il faisait acte d'une soumission intime , entière et absolue au décret émané du saint-siége. Aussitôt que l'abbé de Ghantérac eut remis au pape ces deux pièces, hmocent XII s'empressa de les transmettre à la congrégation des cardinaux , qui éprouvèrent une sensible consolation à cette lecture.
L'impression que produisirent sur tous les cardinaux la lettre et le mandement de Tarchevéque de Cambrai , les porta à voter unanimement que Sa Sainteté serait invitée à faire. une réponse honorable à ce prélat.
Le pape se fit un sensible plaisir de déférer au vœu des cardinaux , en cherchant à donner à Fénelon ce témoignage honorable de sa bienveillance et de sa satisfaction ; quelque temps après , en effet ^ il lui adressa, sous la forme de bref, et dans les termes les plus flatteurs , des félicitations sur sa prompte obéissance et sa soumission sans réserve au saint-siége.
On aurait peine à croire que les expressions précisés dont s'était servi Fénelon pour marquer sa soumission , aient pu laisser à la malveillance Tap^ parence d'un prétexte pour calomnier les intentions
de Fénelon. On est indigné en voyant Tabbé PhelippeauK traduire cette lettre comme une soumit- Han apparente et forcée. L'abbé Bossuei va plus loin : Je ms suis procuré, dit-il dans une lettre qu'il écrit à son oncle , une copie de la lettre de M, de Cambrai au pape. Je vous avoue quau lieu é^en être édifié, f en fus scandalisé au dernier point. Il ne me fut pas difficile et en découvrir tout V orgueil et tout le venin; et il m^ semble quilny a qu'à la lire sans passion pour en être indigné.
On s'afflige de voir Bossuet lui-même partager jusqu'à un certain point cette prévention. Mais ces réclamations , concentrées parmi le très-petit nombre de personnes qui avaient pris une part si active à la condamnation de l'archevêque de Cambrai , furent étouffées par la voix unanime de R ome , de la France , de l'Europe , de toute la chrétienté. Le mandement de Fénelon est resté , dans l'opinion de ses contemporains et de la postérité, comme le monument le plus honorable de sa gloire. Voici le jugement qu'en porte le chancelier d'Aguesseau ; « Ce mandement court et touchant consola tous « ses amis , affligea tous ses ennemis , et démentit « la prédiction faite par l'évêque de Meaux dans « la chaleur de la dispute , que si l'archevêque de « Cambrai était condamné, on verrait bientôt re- « naître la distinction du fait et du droit , et toutes « les autres subtilités dont on ne fait que trop « d'usage dans les discussions théologiques. »