‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 49 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Des trois antagonistes de Fénelon, un seul, révêque de Chartres, s'empressa de faire des avances à un confrère vertueux qu'il avait toujours tendrement aimé , qu'il n'avait combattu qu'à regret, et qu'il n'avait jamais cessé d'estimer. Bossuet et le cardinal de Noailles gardèrent le silence.

Le roi convoqua toutes les assemblées métropolitaines du royaume pour l'acceptation du bref de condamnation du livre des Maximes des Saints, selon les formes usitées dans l'Église de France. L'assemblée métropolitaine de Paris eut lieu le 13 mai 1699. Gomme elle fut la première dont les délibérations furent généralement connues, elle servit de modèle au plus grand nombre, du moins sur un point , la forme de l'acceptation du bref. Mais elle condamna, outre le livre de Fénelon, tous les écrits qu'il avait publiés pour le défendra, quoique le silence de la cour de Rome à cet égard dût faire présumer que les écrits apologétiques n'étaient pas regardés comme aussi répréhensibles que le livre lui-même. Une partie seulement des autres assemblées métropolitaines condamna les livres apologétiques , maip toutes louèrent unanimement la piété, les vertus et les talents de Fénelon.

Tous les procès- verbaux des assemblées métropolitaines ayant été envoyés au roi , on dressa les lettres patentes en forme de déclaration, qui furent enregistrées au parlement le 14 août 1699.

L'année suivante, dans l'assemblée générale du

clergé de 1700, il fut encore question , pendant quelques moments , de cette affaire ] mais ce ne fut que pour obéir à Tusage établi dans le clergé , de rendre compte à chaque assemblée de toutes les affaires survenues dans l'intervalle de ses séances. Bossuet fut choisi pour présider la commission chargée de la rédaction de l'affaire du livre des Maximes des Saints; la modération qu'il montra dans le compte qu'il en rendit, justifia la sagesse d'un choix qui aurait pu paraître suspect de partialité.

La soumission de Fénelon au jugementdu saintsiège , et son inviolable fidélité à observer le silence qu'il s'était imposé, affligèrent également les jansénistes et les protestants. Les uns et les autres s'étaient flattés qu'une contestation aussi animée entre deux grands évêques , pourrait affaiblir l'autorité du saint-siége par quelques actes schismatiques. On lui fit même , par une voie détournée , des propositions de publier différents écrits pour la défense de sa doctrine , depuis la censure qu'on en avait faite , sans qu£ personne pût jamais savoir que Fénelon y eût aucune part et en eût connaissance, Fénélon répondit, comme on le pense bien, avec indignation à une pareille proposition.

En finissant cette affligeante histoire des démêlés de deux grands hommes , il serait consolant d'avoir à rapporter qu'ils revinrent aux sentiments

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de confiance et d'amitié qui les avaient unis si longtemps ^ mais si Ton ne trouve aucun témoignage à ce sujet , on a du moins des preuves certaines de Testime et du respect qu'ils conservèrent toujours l'un pour l'autre.

M"" Guyoa, qui avait été Poccasion de cette querelle , resta enfermée à la Bastille jusqu'en 1701 ; elle fut ensuite exilée dans une terre de sa fille , et enfin on lui permit de se retirer à Blois, où elle passa le reste de sa vie dans le silence , la retraite, Texercice de toutes les oeuvres de piété et de charité, sans laisser échapper la plus faible plainte des persécutions qu'elle avait essuyées. Elle mourut à Blois le 9 juin 1717, âgée de 69 ans.

Il était impossible d'écrire l'histoire de Fénelon sans parler avec quelques détails d'une controverse qui a eu tant d'influence sur sa vie entière. Nous renvoyons , pour des renseignements plus étendus , aux œuvres complètes de Bossuet et de Fénelon, où l'on trouvera toutes les pièces de ce grand procès, ainsi que dans le premier et le second volume de l'histoire de Fénelon par M. de Bausset.

Il résulte des faits qu'on vient de lire que ni Bossuet ni Fénelon ne furent tout à fait exempts de reproches. On regrette que Fénelon n'ait pas , dans l'origine , fait céder un sentiment exagéré de délicatesse à la paix de l'Église et à l'opinion de ceux de ses collègues qu'il aimait et qu'il respectait le

plus. On voit avec peine Bossuet mêler des faits et des accusations personnelles à une controverse doctrinale , qui aurait du rester renfermée dans les bornes d^une discussion dogmatique. Mais doit-on s'étonner que des hommes aient des défauts humains? L^homme le plus vertueux est celui qui a le moins d'imperfections -, Phomme le plus fort , celui qui a le moins de faiblesses. La raison et la religion exerçaient un empire souverain sur Pâme de Bossuet , et la sévérité naturelle de son caractère le rendait peu susceptible de ces égards et de ces ménagements qu'il regardait peut-être comme une faiblesse lorsque les intérêts de la religion lui paraissaient compromis.

Fénelon , séduit par sa vertu, ne voit dans Dieu que Dieu lui-même , et porte jusqu'à Texcès Famour pur et désintéressé. Trop confiant en la pureté de son cœur , il ne croit pas se tromper. Il étonne l'Europe entière par la force , l'éloquence , la clarté , le courage et surtout la candeur de ses nobles apologies. Bossuet s'étonne lui-même d'avoir trouvé , pour la première fois , un adversaire digne de lutter contre lui. Jamais le saint-siége n'eut à prononcer entre de tels hommes , entre de tels évêquès. Jamais on ne vit tant de vertus, de génie et de talents en action et en opposition. Toute TÉglise attend en silence le jugement du souverain pontife. Fénelon est condamné -, Fénelon se soumet , et sa gloire et sa vertu restent tout entières.

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