PREMIÈRE PARTIE. I4l
de toutes les nations à. le traduire dans leur langue ; la persuasion où parurent être les puissances rivales de Louis XIV, ou raflectation qu'elles mirent à supposer que Fénelon avait voulu faire la» censure de ce prince , achevèrent de le convaincre que Tauteur du Télémaque était un ennemi de sa gloire et de sa personne.
On peut se faire une idée de Popinion que Ton avait généralement de la prévention de Louis XIV contre l'auteur du Télémaque, par les précautions que le duc de Bourgogne , son élève , était obligé de prendre pour entretenir une correspondance souvent interrompue et toujours gênée/
Nous citerons quelques fragments de la première lettre qu'il lui écrivit depuis sa retraite de la cour, après un silence et une absence de quatre ans.
c( Enfin, mon cher archevêque, je trouve une <t occasion favorable de rompre le silence où j'ai <( demeuré depuis quatre ans. Pai souffert bien <( des maux depuis, mais un des plus grands a été « celui de ne pouvoir vous témoigner ce que je xc sentais pour vous pendant ce temps , et que mon « amitié augmentait par vos malheurs, au lieu « d'en être refroidie. Je pense avec un vrai plaisir «au temps où je pourrai vous revoir, mais je « crains que ce temps ne soit encore bien loin... tt Je ne vous dirai point ici combien je suis révolté « moi-même contre tout ce qu'on a fait à votre
142 HISTOmE DE FÉNELON.
« égard , mais il faut se soumettre à la volonté de « Dieu , et croire que tout cela est arrivé pour « notre bien. Ne montrez cette lettre à persoime « au monde, excepté à Tabbé de Langeron, car « je suis sûr de son secret... Ne m'y faites pas non « plus de réponse , à moins que ce ne soit par « quelque voie très-sûre, et en mettant votre let- « tre dans le paquet de M. de Beauvilliers , comme «je mets la mienne... Adieu, mon cher archevé- « que; je vous embrasse de tout mon cœur... Je « vous demande vos prières et votre bénédiction.
« Signé Louis. »
La réponse de Fénelon à cette lettre renferme les exhortations les plus tendres au jeune prince , pour raffermir dans ses sentiments de religion ; mais n'y mêle aucune réflexion sur tout ce qui s'était passé depuis quatre ans , ni sur toutes les injustices qu'il avait éprouvées , et dont il était encore la victime ; il termine sa lettre par ces mots : « Je ne vous parle que de Dieu et de vous; <( il n'est pas question de moi. J'ai, Dieu merci, « le cœur en paix ; ma plus rude croix est de ne « vous point voir, mais je vous porte sans cesse « devant Dieu dans une présence plus intime que tt celle des sens. Je donnerais mille vies comme « une goutte d'eau, pour vous voir tel que Dieu « vous veut. »
Cette correspondance , que rélève et l'institu-