‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 57 sur 75 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Fénelon dans son diocèse. — Séminaire de Cambrai. — Du genre de vie de Fénelon à Cambrai. — Ses visites dans son diocèse. — Ses sermons. —Principes de Fénelon sur l'éloquence de la chaire. ~ Lettres spirituelles de Fénelon. — Gouvernement ecclésiastique de Fénelon.— Noblesse etgénérosité de Fénelon. —Affaire des cérémonies chinoises.- Conseils de Fénelon à Tarcbevêque de Rouen. — Tendresse de Fénelon pour ses amis et pour ses parents. — M. de Ramsai. — Le cardinal Q'uirini. — Le maréchal de Munich. — Jacques III.

Dès le moment où Fénelon avait été nommé à rarchevêché de Cambrai y il s'était regardé comme exclusivement consacré aux besoins de ce vaste diocèse. Dans le temps même où il était attaché à la cour par des fonctions qui semblaient le dispenser des règles ordinaires, il n'avait consenti à accepter l'archevêché de Cambrai qu'à la condition d'y résider neuf mois de l'année. Son éloignement de la cour , qui Tobligeait à une résidence continuelle , ne pouvait donc être regardé par lui comme

lÔO HISTOIRE DE FÉNELON.

uii malheur ou coinme une disgr^^ce. Le seul regret qu'il éprouva fut de penser que la défaveur où il se trouvait à la cour, le priverait des moyens de faire dans son diocèse tout le bien dont son cœur avait le sentiment et le besoin.

Le premier objet dont s'occupa Fénelon en arrivant dans son diocèse , fut de perfectionner l'établissement du séminaire de Cambrai. Ces institutions , encore assez récentes dans l'Église, où elles n'étaient établies que depuis le concile de Trente, avaient été justement appréciées par Fénelon. Élevé au séminaire de Saint-Sulpice, sous la direction des premiers coopérateurs de M. Olier, qui en avait .été le fondateur , Fénelon désirait avec ardeur de faire jouir le diocèse de Cambrai des bienfaits d'une institution dont sa propre expérience lui avait fait connaître les précieux avantages.

A peine fut-il arrivé à Cambrai , qu'il réclama l'amitié paternelle de M. Tronson, afin d'en obtenir des ecclésiastiques formés à son école et pénétrés de son esprit, poux* diriger son séminaire de Cambrai. Divers obstacles s'opposèrent à l'accomplissement de ses désirs , et ce ne fut que dans les derniers temps de sa vie, comme nous le rapporterons^, qu'il parvint à surmonter toutes les difficultés qu'il avait rencontrées dans l'exécution de son plan*, mais, dans cet intervalle, il crut devoir rapprocher son séminaire de ses regards et le

placer sous sa surveillance immédiate. Il était établi près de Valenclennes , à huit lieues de sa résidence ; il le rappela à Cambrai , et chargea Tabbé de Chantérac de tous les détails qui concernaient la discipline et le régime intérieur.

Cette disposition lui donna la facilité de connaître et de juger par lui-même tous les sujets qui se destinaient au saint ministère. Il donnait des instructions à ses séminaristes pendant le» temps de retraite et aux fêtes de la communauté ; il assistait à Fexamen de tous les ecclésiastiques admis à se présenter pour recevoir les ordres. Cet examen se faisait à l'archevêché , sous ses yeux et sous sa direction. Il résultait de cette discipline uniforme et constamment suivie pendant tout son épiscopat , qu'il n'existait pas un seul ecclésiastique dans son diocèse , qui ^ avant d'avoir reçu la prêtrise , n'eût été examiné cinq fois par Fénelon lui-même. Outre cette surveillance générale , et comme il savait que ces sortes d'examens ne sont pas toujours un moyen infaillible d'apprécier le mérite ou les dispositions , il s'était imposé la règle de faire lui-même des conférences une fois par semaine dans son séminaire.

Cette surveillance habituelle que Fénelon exerçait sur tous les ecclésiastiques de son diocèse dès leur première jeunesse , lui avait donné la facilité de connaître leur caractère , leurs dispositions , la portée de leur esprit , leurs bonnes et leurs mau-

vaises q .alités ^ et il se servait de cette connaissance pour les employer dans la suite aux fonctions qu'il les jugeait propres à remplir avec succès.

Non-seulement il exerçait une surveillance aussi suivie sur les ecclésiastiques élevés dans son séminaire , mais il se regardait comme également obligé d'apporter la même attention à la conduite , aux mœurs et aux dispositions des ecclésiastiques de son diocèse qui suivaient le cours de leurs études à Paris. Ne pouvant les connaître et les juger par lui-même , il ne les avançait dans les ordres sacrés que sur les témoignages les plus propres à lui inspirer la confiance la plus entière et la plus absolue.

Fénelon vivait à Cambrai d'une manière paisible, uniforme , solitaire. Il avait contracté dès sa jeunesse l'habitude de n'accorder que quelques heures au sommeil , et de se lever de grand matin. Il disait tous les jours la messe dans sa chapelle, et tous les samedis à sa métropole. C'était le jour qu'il avait consacré à y confesser indistinctement tous ceux qui se présentaient. Il dînait à midi, suivant l'usage d'alors ; il commençait par bénir la table 5 elle était servie avec une sorte de magnificence ; mais cette magnificence n'était qu'un devoir de sa place et une bienséance de son rang 5 car il était impossible de porter la sobriété à un degré plus remarquable-, il ne mangeait que des aliments doux , de peu de suc , et en très-petite

quantité, et ne buvait que d'un vin blanc trèsfaible. On attribuait à cette sobriété, poussée peut-être à l'excès , son extrême maigreur. Tous les ecclésiastiques attachés à son service étaient admis à sa table , ce qui était alors regardé comme un trait singulier de modestie et de bonté ^ les évoques des sièges les plus émiuents entretenaient ordinairement une table particulière pour leurs secrétaires et pour leurs aumôniers. On ne comptait jamais moins de treize ou quatorze personnes à la table de l'archevêque de Cambrai. Tout annonçait autour de lui l'ordre , la noblesse et Tabondance. Il laissait toujours à sa table la liberté d'un entretien aisé, doux et même gai. Fénelon parlait à son tour, et se plaisait à faire parler tous ceux qui mangeaient avec lui. Tout ce qui l'environnait s'était modelé sur son exemple et sur ses manières toujours nobles et décentes.

Rien ne peut être comparé à la politesse noble, facile et naturelle , dont Tarchevêque de Cambrai faisait les honneurs de sa table et de sa maison. Tout étranger qui y était admis était toujours placé à sa droite , quels que fussent son titre et son rang , surtout si c'était un ecclésiastique. Fénelon ne se séparait jamais du fidèle abbé de Chantérac , qui était toujours placé à sa gauche. Après dîner on se réunissait à sa grande chambre à coucher, qu'il n'habitait jamais , et qui était uniquement consacrée à la représentation. Il faisait mettre au-des-

SUS de lui tout étranger qu41 recevait , fût-ce un simple ecclésiastique. Il passait environ une heure à s'entretenir avec cette société intime , uniquement composée de parents , d'amis et d'ecclésiastiques qui le chérissaient comme leur père , et le révéraient comme le modèle de toutes les vertus qui honorent l'humanité. Le temps employé à une distraction si simple et si innocente , n'était pas même entièrement perdu pour les devoirs de son administration. C'était le moment que Fénelon choisissait pour signer les différentes expéditions qu'il avait ordonnées , et que lui présentaient ses secrétaires et ses aumôniers , qui recevaient en même temps les instructions sur les détails dont ils étaient chargés. Il se retirait ensuite dans son cabinet, où il restait renfermé jusqu'à huit heures et demie, lorsque le temps ou la saison ne lui permettait pas de se promener, ou qu'il n'était pas obligé d'assister aux offices divins , aux exercices de son séminaire et aux différents bureaux d'administration soumis à sa surveillance.

Un peu avant neuf heures , on se réunissait pour souper. Le soir , Fénelon ne se permettait que l'usage des œufs ou des légumes, dont il ne faisait même que goûter.

Avant dix heures, tous les gens de sa maison étaient réunis dans sa grande chambre, où un aumônier faisait la prière commune, et le prélat donnait ensuite sa bénédiction.

La seule distraction de Fénelon , au milieu de ses travaux , de ses peines et de ses souvenirs , peut-être de ses regrets , était la promenade ; il ne connaissait point d'autre amusement , ni d'autre récréation. Lorsque , dans ses promen^tdes , il rencontrait des paysans , il s'asseyait avec eux sur le gazon , les interrogeait , les consolait. Souvent il allait les visiter dans leurs cabanes \ lorsqu'ils lui offraient un repas champêtre, il Tacceptait avec plaisir, et se mettait à table avec leur famille. On conçoit que des mœurs si simples , des vertus si douces aient laissé dans le cœur des Flamands des traces profondes , que ni le temps ni une révolution qui a dénaturé tant d'idées morales n'ont pu effacer entièrement. Des transports de jofe ont éclaté à Cambrai dans les premières années de ce siècle , au moment où Ton a retrouvé ses cendres , que Ton croyait dispersées par la tempête révolutionnaire.

Fénelon faisait les visites de son diocèse av(»c une assiduité que les troubles de la guerre n'ont jamais pu suspendre. Ce fut à sa réputation personnelle , à l'éclat de ses malheurs , à l'admiration de toute l'Europe pour le Télémaque, et à l'intérêt qu'inspire un grand homme dans la disgrâce . qu'il dut la liberté de parcourir toutes les parties de son diocèse occupées par les armées ennemies. Les Anglais , les Allemands , les Hollandais rivalisaient d'estime et de vénération avec les habi-

tants de Cambrai pour leur archevêque. Toutes les différences de religion et de secte, tous les sentiments de haine et de jalousie qui séparaient les nations , disparaissaient en sa présence. Il fut souvent obligé de tromper Tempressement des armées ennemies , pour échapper aux honneurs qu^elles voulaient lui rendre. 11 refusa les escortes militaires qu^élles lui offraient pour assurer le paisible exercice de ses fonctions religieuses , et . sans autre cortège que quelques ecclésiastiques , il traversait les campagnes désolées par la guerre. Son passage n^était remarqué que par les bienfaits et les consolations qu'il apportait au milieu de tant dinfortunes, et par la suspension des désordres et des calamités que les armées traînent à leur suite. Les peuples respiraient au moins en paix pendant ces intervalles trop courts , et les visites pastorales de Fénelon pouvaient être appelées la trêve de Dieu.

Fénelon prêchait régulièrement les carêmes dans quelques-unes des églises de sa ville , et , à certains jours solennels , dans son église cathédrale. Les sermons d'une année ne revenaient jamais dans les suivantes. 11 donnait aux mêmes sujets une forme nouvelle , sans avoir jamais besoin de se copier. 11 n'y avait pas une des paroisses des villes et des campagnes qu'il n'eût visitée , et où il n'eût accompagné sa visite d'une instruction pour le peuple.

C'était un beau spectacle , et rien ne donne peutêtre une idée plus magnifique de la religion , que de voir le précepteur de Penfant des rois , Tauteur de Télémaque, celui dont l'esprit, la grâce, la douce et insinuante éloquence avaient charmé la cour de Louis XIV; celui qui avait étonné et souvent embarrassé Bossuet par la fécondité et la subtilité de son génie ; cet archevêque de Cambrai , dont le nom était en vénération dans toute PEurope ; Fénelon, en un mot, monter dans la chaire d'une église rustique, pour prêcher à des villageois flamands , dans un langage approprié à la simplicité de leurs mœurs et à la faiblesse de leur intelligence, et en descendre pour expliquer ensuite le catéchisme à leurs enfants.

Dans ses Dialogues sur l'éloquence de la chaire, il a exposé l'idée qu'il s'était faite du ministère de la parole évangélique. 11 pensait que les prédicateurs ne doivent point composer des discours qui aient besoin d'être appris et débités par cœur. Quelque opinion qu'on adopte sur ce sujet , il est au moins bien certain qu'il n'a fait qu'exprimer un sentiment dont il était convaincu, et auquel il s'est conformé toute sa vie.

En effet, il ne traçait que des plans de sermons, dont les traits principaux étaient jetés sur le papier, indiqués avec une telle rapidité , que la plupart des mots s'y trouvaient écrits par abréviation. Le peu de sermons imprimés qu'on a de lui

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ne sont que des discours assez rapidement écrits , qu'il avait composés dans sa jeunesse pour quelques circonstances particulières.

Le seul sermon que Fénelon ait cru devoir conn poser par écrit, et selon la méthode ordinaire, est le discours qu'il prononça le 1*' mai 1707, pour le sacre de Joseph - Clément de Kavière, électeur de Cologne. C^était un discours d'appareil pour une grande cérémonie , et non pas un objet d'instruction pour les simples fidèles; mais il suffit pour permettre de penser que Fénelon aurait pu monter à la suite de Bossuet et de Bourdaloue dans la tribune sacrée, s'il n'eût pas préféré à la gloire de réloquence le mérite d'instruire avec simplicité les fidèles confiés à sa charité pastorale.

Fénelon a montré , par tous les écrits qui nous sont restés de lui, qu'il avait assez d*éclai dans rimagination , d'instruction dans l'esprit, de sensibilité dans l'âme, de richesse et de facilité dans l'expression, pour être orateur. On voit dans ses Dialogy^es êur l'éloqtienee de la chaire, dont nous avons déjà parlé, combien il était pénétré du langage de l'Écriture , de ce livre qui est la source et l'inspiration de toute éloquence.

Un autre genre de compositions qui ont peutêtre contribué à assurer à la religion des conquêtes plus solides, plus durables et plus précieuses que les triomphes de l'éloquence , ce sont ses Lettre* spirituelles. On a donné ce nom à de simples

lettres que Fénelon écrivait dans la confiance de Famitié , qu^il ne se donnait pas même la peine de relire , puisqu^on n^y aperçoit jamais aucune rature ni aucun changement dans les expressions; de simples réponses adressées à des personnes qui le consultaient ou l'interrogeaient-, ou des notes fugitives ou il s'abandonnait à tous les sentiments d'un cœur passionné pour la vertu -, et tout cela réuni après sa mort est devenu un recueil précieux, où les âmes religieuses vont puiser le goût et les maximes de la piété la plus sublime et la plus pure.

Fénelon apportait à l'administration de son diocèse le même zèle et le même intérêt qu'à l'instruction chrétienne de ses diocésains. Tous les détails dont se compose une administration ecclésiastique s'ennoblissaient à ses yeux, et s'élevaient au rang des devoirs les plus honorables de son ministère. La même main qui avait tracé au duc de Bourgogne les leçons les plus sublimes pour le gouvernement d'un grand empire , adressait à des curés et à de simples prêtres des instructions pour le gouvernement d'une paroisse.

Le diocèse de Cambrai , nouvellement réuni à la France par les armes de Louis XIY , s'étendait sur une partie importante de la Flandre, encore soumise à la domination espagnole. Ce peuple était extrêmement attaché à ses usages et à ses pratiques, qui quelquefois dégénéraient en superstitions. On conçoit tout ce qull fallut de douceur^

de sagesse, d^esprit de conciliation, pour réfor^ mer les abus et gagner la confiance, tout en ménageant les préventions et les habitudes.

Fénelon, s^appuyant sur Fautorité de saint Augustin , prescrivait aux pasteurs de son diocèse de rejeter tout ce qui n^a point été établi par une autorité légitime , et qui ne peut raisonnablement devenir un objet ou un moyen d'édification *, mais il les invita en même temps à conserver avec soin tout ce qui n^est contraire ni à la foi , ni aux bonnes mœurs , et qui peut entretenir dans le peuple des sentiments plus religieux, ou exciter en lui le désir de mener une vie plus chrétienne.

Ces sages principes n'étaient point pour Fénelon une vaine théorie , et ne ressemblaient pas à ces maximes vagues et générales de prudence et de modération qu'on se plaît quelquefois à proclamer avec ostentation dans des actes publics. On retrouve dans ses manuscrits et sa correspondance la preuve qu'il les mit constamment en pratique.

11 examinait , il réglait , il se décidait lui-même , mais il ne faisait usage de Fautorité et de la juridiction inhérentes à sa qualité d'évêque qu'après avoir pris l'avis et les lumières de son conseil : ce conseil , composé de ses vicaires généraux et des membres de son chapitre qu'il jugeait à propos d'y appeler, s'assemblait régulièrement deux fois la semaine en son- palais.

La douceur de Fénelon ne dégénérait jamais en

faiblesse, et il savait montrer autant de fermeté que de charité, lorsqu'un devoir impérieux le forçait de prémunir les peuples contre la contagion du vice et du scandale. On eu trouve des preuves dans des circonstances où il fut obligé d'user de son autorité, ou d^appeler celle des magistrats civils, pour réprimer la conduite scandaleuse de quelques ecclésiastiques de son diocèse. Mais il n'avait jamais recours aux moyens de rigueur quV près avoir épuisé tous les ménagements possibles et toutes les mesures comminatoires capables d'amener un changement salutaire et de prévenir une procédure infamante.

Fénelon ne bornait pas son zèle à maintenir avec fermeté la discipline et la régularité dans son diocèse ; il déployait le même zèle dans la défense des droits de son clergé contre des prétentions injustes et abusives, et dans ces occasions il savait parler aux ministres de Louis XIV le langage de cette noble et décente fermeté qui convenait à son nom , à son rang et à la justice des réclamations qu il leur adressait.

Mais s'il se montrait le zélé défenseur de son clergé , il pensait en même tepips que ce corps devait donner, dans toutes les occasions, l'exemple des plus grands sacrifices pour le bien de l'État et le soulagement des peuples. Les malheurs de la guerre obligèrent le gouvernement, en 1708, à demander des secours extraordinaires au clergé

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du Cambrésis , comme aux autres corps de TÉtat. La Flandre , depuis sept ans ^ était le théâtre de toutes les calamités que Ic^ années victorieuses et vaincues traînent à leur suite ; les campagnes étaient dépeuplées, et les terres sans culture. La condition du clergé du Cambrésis était encore plus déplorable que celle du clergé de toutes les autres provinces; mais Fénelon pensa que , dans la crise où la France se trouvait, le premier de tous les devoirs commandait au clergé de faire les derniers sacrifices pour épargner au peuple de nouvelles charges. Son cœur lui suggéra un expédient pour rendre ces sacrifices un peu moins onéreux à la classe la plus utile et la plus pauvre de son clergé. Cet expédient fut de se charger lui-même de la contribution à laquelle les curés de son diocèse étaient taxés.

A l'occasion d'une difficulté qui s'était élevée entre l'archevêque de Cambrai et le chapitre de Yalenciennes, au sujet de la juridiction spirituelle, ce chapitre prétendit ne relever que du roi, tant au spirituel qu'au temporel. Les ministres de Louis XIV accueillirent ces maximes irrégulières', croyant sans doute lui montrer leur dévouement , en portant jusqu'à l'excès les prétentions d'un pouvoir absolu et indéfini. Mais Fénelon, dans un mémoire qu'il adressa au chancelier de France, expose les véritables principes au sujet de la juridiction spirituelle; il proclame avec une noble fran-

chise et une respectueuse fermeté, au pied du trône de Louis XIY, ces principes constitutifs de TÉglise catholique, dont le renversement a eu de nos jours des suites si déplorables. Ce mémoire est surtout intéressantparce qu'il montre comment, dans toutes les occasions , Féuelon savait concilier la sagesse et la modération avec la plus inébranlable fermeté.

C^était ainsi que, dans toutes les circonstancea, il savait s'élever sans effort, et sans sortir de son caractère , à la hauteur des grands de la terre , pour leur recommander les intérêts de la reUgion, et pour la défendre contre les abus de la victoire et de la puissance. Les armées ennemies, commandées par le prince Eugène , s'étaient emparées de TouI^nai au mois de septembre 170^. Frelon hii écrivit pour lui demander sa protection pour le& églises de sa juridiction, situées daas la vilke ou és^m le voisinage de Tournai. Le juste sentiment de dignité qui règne dans cette lettre , donne a son langage un caractère remarquable de noblesse et d'élévation.

Lorsqu'on se rappelle que Fénelon avait été condamné par le saint-siége , on est sansdoute étonné de voir ce prélat, si peu de temps après sa co»damnation , jouir à Rome d'un crédit et d'une considération tels , qu'il exerçait une espèce d'autorité d'opinion qu'il ne devait qu'à sa vertu et à sa renommée.

Les supérieurs des Missions-Étrangères. à Paris, renouvelant rancienne controverse entre les do-

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minicains et les jésuites de la Chine , avaient dénoncé à Rome ces derniers comme coaf>ables didolâtrie, par la tolérance quUls accordaient à de certains honneurs que les Chinois sont dans Tusage de rendre à leurs ancêtres et à la mémoire de Confucius. MM. Tiberge et Brisacier, supérieurs des Missions -Étrangères, instruits de la singulière estime que le pape et la plupart des cardinaux avaient pour Tarchevéque de Cambrai , connaissant d'ailleurs son amitié pour les jésuites, parurent craindre que ce prélat ne fût consulté par le saint-siége sur cette controverse , et que son opinion ne leur fût contraire ] ils lui adressèrent leurs mémoires, leurs griefs et leurs demandes, en réclamant son appui et son suffrage.

Le Père Là Chaise avait consulté Fénelon, et presque tous les évéques de France, sur celte même controverse des cérémonies chinoises. Il ne fallait qu'un degré de pénétration très-ordinaire pour prévoir que le résultat inévitable de cette dispute serait la ruine totale de la religion chrétienne dans la Chine. Fénelon gémissait de voir près de s'écrouler ce grand et bel ouvrage, élevé avec tant de soins et de peines , cimenté par le sang de tant de martyrs et de tant d'hommes apostoliques qui allaient à six mille lieues de leur patrie conquérir des chrétiens par la mort , les souffrances et les privations. 11 termine sa lettre au Père La Chaise par ce passage :

SECONDE PAKtlE. l65

« Enfin, mon révérend Père, si vous me

« demandiez ce que je pense du fond de la ques- «tion, je vous répondrais que j^attends d'ap- « prendre par la décision du pape ce qu'il faut en « penser. Il apprendra lui-même par son légat « quelle est la véritable intention des Chinois pour «< rendre ce culte ou religieux , ou purement civil, « et c'est ce que j'ignore. »

Fénelon eut dans la suite une occasion plus heureuse et plus conforme aux vœux de son cœur, de faire usage de son crédit à la cour de Home ] ce fut en faveur du plus ancien , du plus fidèle et du plus respectable de ses amis , le duc de Beauvilliers. L'abbé de Beauvilliers , son frère, avait été nommé, le 1" avril 1713, àlévêché de Beauvais, vacant par la mort du cardinal de Janson. Le pape refusait depuis plus de trois mois de lui en accorder les bulles; le motif de ce refus était. une thèse que cet ecclésiastique avait soutenue pendant son cours de licence. Fénelon , instruit de cette difficulté inattendue , écrivit à un religieux de Rome , en qui le pape avait une singulière confiance , une lettre tres-pressante , pleine de réflexions très-justes et très-sages , auxquelles il n'aurait pu donner autant de force dans une lettre au pape lui-même : on sait que les justes égards dus à une grande dignité , les formules consacrées par l'usage et le respect, afi'aiblissent quelquefois les raisons et adoucissent les expressions.

(ielte lettre fit la plus forte impression sur Tesprît de (dément XI ; il voulut même la garder pour mieux se péuétrer des sages réflexioos qu'elle renfermait; et il n'hésita plus à accorder à Tabbé de Beauvilliers les bulles de Févéché de Beauvais.

Fénelon ne refusait pas son crédit au vœu de l'amitié , lorsque la justice ne s'opposait pas au penchant de son coeur; mais il pensait aussi que le devoir le plus sacré de Famitié était la vérité : il ne craignait pas d'adresser à ses amis des conseils toujours utiles et quelquefois sévères , pour leur épargner des regrets ou des remords.

Fénelon fut instruit que M. de Colbert, archevêque de Rouen , frère de M"^ de Beauvilliers et de Chevreuse, voulait reconstruire sur un plan plus élégant et plus moderne ison château de Caillou , antique et majestueux, monument de la fortune du cardinal d'Amboise.

L^archevéque de Rouen n^avait pas sans doute imaginé de consulter Fénelon sur des plans d'architecture; mais Fénelon fut instruit sur ses projets, et il n^attendit pas que Tarchevêque lui en parlât pour lui en faire sentir les conséquences, le danger et même le défaut de convenance. 11 lui peint avec autant de force que de grâce et de vérité les suites déplorables de la facilité avec laquelle on s^abandonne trop souvent au danger de ces ruineuses fantaisies, dont on ne connaît jamais rétendue ni les bornes. Puis il lui dit avec fran-

chîse : « N'avez-vous pas d emploi de voire argent «plus pressé à faire? Souvenez-vous, Monsei- « goeur, que vos revienus ecclésiastiques sont le « patrimoine des pauvres ^ que ces pauvres sont (i vos enfants, et qu'ils meurent de tous côtés de «faim... Espérez* vous que Dieu bénisse vos « travaux , si vous commencez par un faste de « bâtiments qui surpasse celui des princes et des « ministres d'État qui ont logé où vous êtes? Espé- <( rez-vous trouver le bonbeur et la paix du cœur « dans ces pierres entassées? Que deviendra la « pauvreté de Jésus-Christ , si ceux qui doivent le « représenter cherchent la magnificence? Voilà ce n qui avilit le ministère , loin de le soutenir ; voilà <( ce qui ôte l'autorité aux pasteurs. L'Évangile est « dans leur bouche , et la gloire mondaine est dans « leurs ouvrages. Jésus-Christ n'avait pas où reft poser sa tète ^ nous sommes ses disciples et ses <( ministres , et les plus grands palais ne sont pas <( assez beaux pour nous,.. »

Telle était Topinion générale sur la vertu et la sagesse de Fénelon , que ses amis ne prenaient aucune détermination sur leurs intérêts les plus chers, sans la soumettre à son avis et à son approbation.

Plusieurs années s'étaient écoulées depuis la condamnation de Fénelon , et on devait croire que sa soumission et le profond silence qu'il s'était imposé avaient calmé ses ennemis et dissipé tous leurs ombrages. Cependant il ne lui était encore

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permis de jouir qu'en tremblant des consolations de Tamitié -, il avait toujours à craindre qu'on ne fit un crime à ses amis de leur fidélité pour lui , et il repoussait avec une intention inquiète et délicate un grand nombre de personnes qui se montraient plus empressées de venir partager son exil de Cambrai, qu'intimidées par le danger de déplaire à la cour. La rigueur avec laquelle on avait traité tous ses amis et tous ses parents pouvait justifier ses inquiétudes, et donne une idée des excès où la haine peut porter les hommes passionnés.

C'est surtout dans sa correspondance que Ton voit ce que Fénelon était en amitié; c'est dans des lettres qui n'étaient pas destinées à voir le jour, dans ces lettres écrites avec toute la rapidité et tout Tabandon d'un cœur qui se montre tel qu'il est , qu'il révèle tout ce que Tâme la plus noble , la plus douce et la plus sensible peut ofi'rir d'aimable et d'attachant; c'est là surtout qu'on voit combien il méritait d'avoir des amis , par l'idée qu'il se faisait de Tamitié, telle qu'elle doit exister entre des cœurs vertueux.

Si on réunissait toutes les pensées ou plutôt tous les sentiments que, dans l'effusion de son cœur, Fénelon a répandus dans ses lettres , on aurait peut-être l'idée de tout ce qu'on a pu dire , penser et sentir de plus délicat sur l'amitié.

Ce qui frappe surtout dans la correspondance particulière de Fénelon avec ses amis et ses pa-

renis, c'est que toutes ses lettres sont empreintes de ce goût de religion et de piété dont son âme était habituellement nourrie. Les affaires , les maladies, les circonstances même les plus indifférentes , tout le ramène naturellement à cet objet continuel de ses méditations et de ses entretiens. C'est principalement dans ses lettres au^marquis deFénelon, son petit-neveu, qu'il se livre avec l'abandon le plus touchant à cette tendre et affectueuse communication de deux âmes unies par une espèce d'affection céleste. Le marquis de Fénelon avait été élevé dès son enfance à Cambrai, sous les yeux de son grand-oncle , dont il était devenu le fils adoptif ; jamais un père n'eut une amitié plus tendre pour son fils: il avait placé en lui ses principales affections et toutes ses espérances pour sa famille \ il Tavait nourri dès sa première jeunesse des sentiments et des maximes de la plus haute piété, et ces sentiments ne se démentirent pas un seul instant pendant le cours d'une vie consacrée à des fonctions honorables et terminée par une mort glorieuse. Le marquis de Fénelon avait conservé pour son oncle une vénération qui ressemblait à une espèce de culte. C'est à lui qu'on est principalement redevable non- seulement des magnifiques éditions in-f'ei in-A'' des œuvres de l'archevêque de Cambrai, mais de la publication des écrits de Fénelon , que les circonstances lui permirent de faire connaître. L'occupation de sa

vie entière fut de réunir et de conserver avec un soin religieux , tous les titres et tous les monuments qui pouvaient éterniser la gloire d'un parent aussi cher et aussi illustre.

Un élève d'un genre bien différent s'était offert quelques années auparavant au zèle de Fénelon, et se montra digne d'un tel mattre.

André-Michel de Ramsai , chevalier baronnet en Ecosse , issu d'une ancienne famille de ce royaume, avait été tourmenté par F inquiétude, assez commune dans le pays où il était né, de soumettre toutes les religions et tous les systèmes de philo* Sophie au tribunal de sa raison. Comme il apportait de la bonne foi dans ses recherches, elles l'avaient conduit assez facilement à reconnaître les erreurs de la religion qu'il avait sucée avec le lait. L'histoire impartiale de la réforme d'Allemagne et d'Angleterre Pavait dégoûté de la doctrine de ces deux sectes ; les emportements de Luther et les passions honteuses de Henri VIII lui avaient paru contraires à cette sainteté évangélique qui doit annoncer une mission divine.

Il parcourut toute l'Angleterre et toute l'Allemagne^ il interrogea les philosophes et les docteurs les plus renommés de toutes les écoles et de toutes les sectes -, tous lui répondirent avec l'intrépide assurance d'avoir rencontré seuls la vérité , et tous étaient d'avis différents. Toutes ces opinions contradictoires le conduisirent à l'indifférence de

toutes les religions ^ et de rindiiïérence il tomba dans un pyrrhonisme universel en philosophie comme en théologie.

Ses voyages layant conduit en Hollande, le voisinage de Cambrai lui fit naître le désir de voir, de connaître et d'interroger Fénelon surles doutes pénibles qui tourmentaient son esprit. Le nom de Fénelon était aussi célèbre en Angleterre , en Allemagne et en Hollande qu'en France , et ses vertus disposaient tous les cœurs à croire à sa parole. M. de Ramsai vint à Cambrai en 1709 : il ftit accueilli par Fénelon avec une bonté paternelle -, il lui ouvrit son cœur, et lui annonça le désir sincère de trouver auprès de lui la vérité qu'il avait inutilement cherchée auprès de tant d'autres; mais il ne lui dissimula pas la résistance qu'il opposerait à ses efforts pour le convaincre , et le peu d'espoir qui lui restait d'être convaincu.

Fénelon donna de justes éloges à sa candeur et à sa franchise, lui promit de s'expliquer avec la même sincérité, et s'en reposa sur le secours du Ciel, bien plus que sur ses propres lumières, pour le succès de l'œuvre qu'il entreprenait.

Les travers de M. de Ramsai ne l'avaient point conduit jusqu'à contester l'existence de Dieu, et ce premier fondement établi amena facilement Fénelon à le convaincre de la vérité de la religion catholique.

Après six mois d'enti^etiens qu'il eut avec Féne-

172 HISTOIRE DE PEHELOR.

Ion, M de Ramsai devint un catholique aussi (kiairé qu'humble et so .mis; il conserva jusqu'à la fin de ses jours une tendre vénération pour Tarchevêque de Cambrai, et il entretint constamment avec tous ses amis, ses parents, et surtout avec le marquis de Fénelon, son petit-neveu, les relations les plus intimes.

M. de Ramsai ne fut pas le seul étranger illustre que la réputation de Fénelon attira en France, et que le seul désir de le connaître et Tambition de mériter son amitié conduisirent à Cambrai. Nous devons compter parmi eux le célèbre cardinal Quirini , si recoùimandable par sa vaste érudition et par les qualités encore plus précieuses de son âme et de son caractère. Il quitta Tltalie , et visita rAllemagne, la Suisse, la Hollande, TAngleterre et la France. Il s'arrêtait partout où il y avait un homme célèbre à entretenir ou un manuscrit précieux à consulter*, il se croyait récompensé de tant de soins et de peines parle bonheur d'avoir acquis un ami de plus, et d^avoir fait une découverte utile à la religion et aux lettres.

On peut bien penser qu'un homme qui mettait un empressement si estimable à connaître tout ce qui méritait d'être connu , désirait passionnément de voir Fénelon.

Fénelon et le cardinal Quirini avaient entre eux une conformité remarquable par les grâces de leur esprit, Turbanité de leurs mœurs, çt cette

douceur inaltérable qui leur conciliait les suffrages des adversaires mêmes de l'Église romaine. Aussi leur liaison fut prompte et cependant inaltérable. Parmi les admirateurs de Fénelon , nous citerons le célèbre maréchal de Munich, que les hasards de la guerre avaient mis, à l'âge de 29 ans, à portée de connaître l'archevêque de Cambrai, et qui, après avoir éprouvé toutes les vicissitudes de la fortune , aimait encore , dans les derniers temps de sa vie , à rappeler les jours heureux qu'il avait passés dans sa jeunesse auprès de Fénelon, et semblait se reposer des agitations d'une longue carrière, par le récit des traits et des vertus dont il avait été témoin à Cambrai.

Un personnage d'un rang bien plus élevé que le maréchal de Munich, désira voir, connaître et entendre Fénelon. C'était Jacques III, fils de Jacques II : chassé à l'âge de cinq mois du palais de ses pères, qu'il ne devait plus revoir, et exclu dès le berceau d'un trône où il ne devait jamais monter, il offrait à son siècle un grand exemple des vicissitudes humaines , dont le souvenir s'est déjà effacé , moins par le laps du temps que par la présence de catastrophes semblables dont nous avons été les témoins. 11 servait dans les armées françaises sous le modeste titre de chevalier de Saint-Georges, et cherchait à mériter au moins Testime des ennemis de sa maison en s'honorant dans la profession des armes. Pendant la guerre

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de la succession d'Espagne, il vint à Cambrai, où Fénelon Taccueillit avec la distinction qu'il devait a un prince , et à un prince malheureux. Ils eurent ensemble plusieurs entretiens, dont un témoin nous a conservé le récit. Ils roulent principalement sur la politique, et Ton y voit avec quelle supériorité de talent et de génie Fénelon traite des véritables principes du gouvernement. Nous regrettons de ne pouvoir citer en entier Tun de ces entretiens, nous nous contenterons de copier le passage suivant :

a Triste état de la nature humaine ! Les souveu rains, jaloux de leur autorité, veulent toujours « l'étendre ; les peuples , passionnés pour leur « liberté, veulent toujours l'augmenter. // vaut u mieux cependant souffrir, pour t amour de « tordre, les maux inévitables dans tous les « États, même lesplus régies, que de secouer le « joug de toute autorité en se livrant sans cesse n aux fureurs de la multitude, qui agit sans « règle et sans loi. Toutes sortes de gouverne- « ments sont nécessairement imparfaites , puisai qu'on ne peut confier l'autorité suprême qu'à des <c hommes -, et toutes les formes de gouverne* a ment sont bonnes, quand ceux qui gouvernent ti veulent sineèreme?it le bien. Dans la théorie, « certaines formes paraissent meilleures que « Vautres; mais dans la pratique, la faiblesse ou « la corruption des hommes, sujets aux mêmes

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« passions, exposent tous lesÉtatsà desinconvé- « nients à peu près égaux. Deux ou trois hommes « entraînent presque toujours le monarque ou le « sénat. »

On sera moins étonné du sentiment d'intérêt et de bienveillance que Fénelon inspirait aux étrangers de tous les pays et de tous les États que sa réputation attirait à Cambrai, lorsqu'on comiaîtra les maximes et les procédés qu'il s'était prescrits a leur égard. Fénelon aimait passionnément sa patrie; mais il ne pouvait souffrir qu'on l'exaltât en dégradant le mérite des autres peuples. J'aime mteux ma famille que moi-même, disait- il; yaim4) mieux ma patrie que ma famille ,- mai] j'aime encore mieux le genre humain que ma patrie.

Il ne faisait jamais sentir aux étrangers ce qui pouvait leur manquer par rapport à cetterecherche de politesse, cette éléganc» de manières, ce bon goût, cette urbanité qm disUnguaient autrefois en France les premiers rangs de la société, et dont les étrangers venaient étudier les leçons et les modèles. Fénelon disait à ce sujet, en leur faveur: La politetae ett de toutet les nations,- les manière, de l'exprimer tant différentes, mai»

indifférentes de leur nature. Il s'attachait toujours à entretenir les étrangers des mœurs, des lois, du gouvernement, des grands hommes de leur pays. Par cet innocent artifice, il paraissait

leui* laisser le mérite de lui apprendre ce qu'il savait aussi bien et souvent mieux qu^eux-mêmes. C'est ce qui explique comment Fénelon n'eut que des amis et des admirateurs dans les pays étrangers-, il n'eut des envieux et des adversaires que dans sa patrie. La controverse du quiétisme lui avait déjà attiré des rivaux puissants et accrédités; celle du jansénisme lui suscita des adversaires passionnés et redoutables.

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