‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 7 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

L'abbé de Fénelon montra , dans son nouVel emploi , le mérite jsi rare et si nécessaire de donner toujours à 1 instruction cette forme simple , claire , précise , qui la met à la portée de tous les esprits, «n la variant selon le degré de leur inteUigence. Cette carrière le ramenait indîreciement à ses premièrejs pensées , à ses premiers vœux pour les missions, et si elle n^offrait pas des travaux aussi étendus , des dangers aussi ^orienx y elle n'était cependant pas e:j^empte de difficultés. Il est souvent plus difficile de triompher de Terreur que de ridolâtrie, et de détruire des opinions adoptées comme plus pures et plus sévères, <pie des superstitions extravagantes, qui ne peuvent ni séduire Tesprit ni satisfaire l'aoïour-propre. Ses succès dans la maison des Nouvelles-Gatlioliques ôrent naître dans la suite l'idée de l'employer dans les missions du Poitou.

Fénelon continuait ses liaisons avec M. Tronson , et cultivait avec assiduité les bontés de son oncle , qui était pour lui un second directeur.

Le marquis de Fénelon fit connaître son jeune neveu aux amis nombreux et distingués qui fréquentaient sa maison. Deux d'entre eux s'aitadbèrent particulièrement à lui, et eurent une grande influence sur son avenir^ l'un était le duc de Beauvilliers, qui , devenu gouverneur du duc de Bourgogne, fit nommer Fénelon précepteur des enfants de France*, l'autre était Bossuet, qui fut frappé,

20 HISTOIRE DK FÉNELON.

dés les premiers moments , du mérite extraordinaire qu^annonçait ce jeune ecclésiastique. Fénelon fut entraîné rapidement par un sentiment irrésistible vers ce grand homme , dont les vertus , les leçons et les exemples lui rappelaient les Pères des premiers siècles du christianisme. Chaque jour lui acquit de nouveaux droits à Testime et à la confiance de Bossuet , qui , malgré ses grandes occupations , se chargea de le diriger dans la carrière qui s'ouvrait devant lui, et dans laquelle il est facile de s'égarer quand on n^est pas conduit par une main habile et exercée.

Cette liaison subsista pendant un très-grand nombre d années avec la même intimité, jusqu'à l'époque affligeante qui mit en opposition de sentiments ces deux grands hommes.

Le marquis de Fénelon avait également présenté son neveu à M. de Harlai, archevêque de Paris, qui jouissait alors d'un grand crédit à la cour. Il accueillit Tabbé de Fénelon avec une bienveillance particulière , et lui prodigua tous ces témoignages de goût , de confiance et de bonne volonté qui étaient dans l'habitude de son caractère et de ses manières ; mais il le vit avec peine s'attacher avec une prédilection marquée à Bossuet , que sa grande réputation et sa qualité de précepteur du Dauphin présentaient déjà à l'archevêque de Paris comme un concurrent redoutable à la cour et dans les affaires du clergé. Blessé d'une préférence aussi

PREMIÈRE PARTJK. 'H

sensible , M. de Harlai laissa apercevoir à Fénelon combien il en était affecté.

En 1681 , révéque de Sarlat résigna à son neveu le prieuré de Carennac, pour Taider à se soutenir à Paris. Ce bénéfice, de la valeur de 3 à 4,000 livres de rente , fut le seul qu'eut Fénelon jusqu'à rage de quarante-quatre ans.

Après une courte absence nécessaire pour prendre possession de son bénéfice , Fénelon reprit ses premières fonctions auprès des Nouvelles-Catholiques, et il consacra dix années entières de sa vie à la simple direction d'une communauté de femmes.

Ce fut alors qu'il écrivit son premier ouvragé , ouvrage qui a commencé sa réputation , et qui , dans un seul petit volume , réunit plus d'idées justes et utiles , plus d'observations fines et profondes , plus de vérités pratiques et de saine morale , que tant d'ouvrages volumineux écrits depuis sur le même sujet. En effet, tout ce que des auteurs plus récents ont proposé d'utile et de rair sonnable sur l'éducation a été emprunté du Traité de Fédueatiofi des Filles, Fénelon avait dit avec précision et simplicité ce qu'on a répété avec emphase et prétent4on.

Fénelon n'avait pas même composé cet ouvrage pour le public. Il l'avait écrit à la demande de madame la duchesse de Beauvilliers, qui , s'occupant tout entière de Véducation de sa nombreuse fa-

mille, Tavait prié de la diriger dans Faccompltssèment des devoirs prescrits à sa sollicitude maternelle.

C est ainsi qu'un ouvrage destiné à une seule famille est devenu un livre élémentaire qui convient à toutes les familles , à tous les temps et à tous les lieux.

Tandis que Fénelon se livrait aux occupations d'un emploi obscur et presque ignoré , il eut à pleurer la perte de son oncle , le marquis , mort le 8 octobre 1688. C'était sous ses yeux , c'était dans sa maison et dans l'intimité de cette douce confiance qu'un père se plaît à montrer à L'enfant de son choix , que Fénelon s'était pénétré du sentiment profond des devoirs de son état et de la grandeur de son ministère. Aussi sa douleur futelle égale à l'affection qu'il portait à son oncle.

Mais il lui restait , pour consolation , trois amis précieux qu'il ne cessa de cultiver avec autant d'assiduité que d'affection : Bossuet et MM. de Beauvilliers et Tronson. Nous devons encore ajouter un quatrième, qu'une heureuse conformité de caractère et de goût avait uni à Fénelon dès sa première jeunesse , c'était l'abbé de Langeron, qui fut ensuite associé à tous les travaux , à tous les événements de sa vie , et qui vécut et mourut fidèle à l'amitié , dans l'adversité comme dans la prospérité.

C'est à l'école de Bossuet que Fénelon contracta

Page 1