‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 8 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

cette heureuse facilité de disposer naturellement et sans effort des pensées et des expressions des écrivains sacrés, pour en composer son style. Cette langue inspirée lui devint si naturelle, qu'on en retrouve sans cesse l'application dans tous ses écrits,

A cette époque , Fénelon se faisait an devoir de soumettre à Bossuet tous ses travaux j tous ses essais. M. de Bausset cite pour preuve de cette assertion un manuscrit qu'il a eu entre les mains, et qui malheureusement a été perdu* Ce manuscrit , en entier de la main de Fénelon , contenait une réfutation très-étendue du Traité de la Nature et de la Grâce, du père Malebranche , avec des notes en marge écrites de la main de Bossuet ., à qui Fénelon avait soumis son travail.

Fénelon s'occupait dans le même temps d'un ouvrage qui avait un rapport plus direct aux fonctions dont il était chargé. C'était le Traite du Ministère des Pasteurs. Il pensait avec raison que toute la controverse entre les catholiques et les protestants pouvait se réduire à l'examen de cette seule question , pour Tinstruction de la multitude.

Le Traité du Ministère des Pasteurs a uniquement pour objet de prouver- « que , le plus grand « nombre des hommes ne pouvant décider par « eux-mêmes sur le détail des dogmes , la sagesse « divine ne pouvait mettre devant leurs yeux rien <( de plus sûr pour les prései'ver de tout égare-

« ment , qu'une autorité extérieure j qui y tirant « son origine des apôtres et de Jésus-Christ même, «c leur montre une suite de pasteurs sans inter- <( ruption. »

Bossuet j dans ses ouvrages dogmatiques , où il a répandu avec la plus riche profusion tous les trésors de la science ecclésiastique , avait parlé aux savants , aux philosophes , aux apôtres de la reforme. Dans son Traité des Pasteurs, Fénelon s^adresse au peuple de la réforme , aux esprits simples et peu éclairés des villes et des campagnes. Il leur prouve , par des raisonnements faciles et concluants , que TÉgUse catholique seule offre une succession non interrompue de pasteurs consacrés dans la forme prescrite, depuis les apôtres jusqu'à nos jours*, tandis que les protestants ne peuvent remonter au delà du xvi" siècle; ce n'est donc point à eux que Jésus-Christ a dit : Allez et enseignez.

Le moment était arrivé où Fénelon allait sortir de l'obscurité dans laquelle il avait cherché à s'envelopper.

Louis XIV venait de révoquer l'édit de Nantes ( octobre 1685). Il résolut d'envoyer des missionnaires dans les provinces de son royaume où l'on comptait le plus de protestants, pour confirmer dans la doctrine de l'Église catholique ceux qui s'y étaient déjà réunis, et pour y ramener ceux qui refusaient encore de revenir à la religion de leurs pères.

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