‹ Histoire de Fénelon: archevêque de CambraiChapitre 9 sur 75 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Ce fut dans cette circonstance que Bossuet proposa à Louis XIV d'employer Pabbé de Fénelon dans les missions du Poitou et de la Saintonge. Le roi , qui avait déjà entendu parler de Fénelon et de ses succès à la communauté des Nouvelles- Catholiques , accueillit avec empressement cette proposition.

Les missions du Poitou offraient à Fénelon des travaux assez conformes au ministère qu'il exerçait depuis plusieurs années, et à l'inclination que nous lui avons vu mauifester dans sa première jeunesse. 11 accepta donc avec empressement cette nouvelle destination 5 seulement il désira être libre dans le choix des coopérateurs qu'on se proposait de lui associer, et dont on l'établissait le chef. Son vœu fut facilement accueilli, et Fénelon s'empressa de choisir l'abbé de Langeron, le plus cher, le plus fidèle de ses amis 5 le célèbre abbé Fleury, dont il suffit de prononcer le nom-, l'abbé Bertier, depuis évéque de Blois; l'abbé Milon, alors aumônier du roi , et depuis évêque de Condom.

Louis XIV voulut faire connaître lui-même ses intentions à Fabbé de Fénelon avant son départ. La seule grâce que ce dernier demanda au roi , au moment oii il fut introduit en sa présence, fiit d'éloigner les troupes et tout appareil militaire de tous les lieux où il était appelé à exercer un ministère de paix et de charité. Ce prince n'hésita pas un moment à déférer à sa demande.

Fénelon , autorisé par Louis XIV lui-même à suivre la méthode qu'il jugerait la plus convenable pour la conversion des protestants, sut concilier le zèle d'un missionnaire avec les ménagements et la douceur qui étaient dans son caractère.

La réputation des nouveaux missionnaires les avait déjà précédés dans ces contrées. L'évéque de La Rochelle, à qui ils demandèrent les pouvoirs nécessaires pour exercer le saint ministère , les accueillit c<Httine des anges envoyés du Ciel pour seconder son zèle, -et le peuple, déjà instruit de la noble confiance avec laquelle Fénelon s'était refusé à Tappui de la force militaire , les reçut comme des ministres de paix.

Il s'était figuré que ces missionnaires , envoyés par la cour, lui retraceraient toutes ces images de faste, de mollesse et d'opulence, dont les ministres protestants leur avaient si souvent présenté le tableau dans leurs déclamations contre la nouvelle Bahylone; et il ne voyait que des hommes distingués par leur naissance , leurs emplois et leurs talents, renoncer à tous les agréments de la capitale pour venir exercer , dans des pays «lalsains et désolés, un ministère humble et pénible , par^ tager sa pauvreté, s'associer à tous ses intérêts, se ployer à ses moeurs, et adoucir son sort par tous les genres de consolation et de bienfaisance.

C'était avokr fait un grand pas pour arriver à la conviction ées esprits que d'avoir su trouver le

chemin des cœurs ^ aussi les succès que Fénelon et ses coopérateurs obtinrent dans les missions du Poitou, doivent être attribuas en grande partie à la sainteté de leurs mœurs et de leur conduite, qui eflaçaient les préventions contre la religion qu'ils prêchaient -, puis k la manière simple et exacte dont ils présentaient cette religion à une multitude trop peu instruite pour saisir les points difficiles d'une controverse au^essus de son intelligence.

Dans ses conférences avec les protestants , Fénelon fit lusage le plus heureux de son Traité du Ministère des Pasteurs, dont nous avons déjà parlé, et qui n'était pas encore imprimé.

Cependant sa modestie ne lui permettait pas de se faire illusion sur la sincérité d'un grand nombre de (conversions précipitées. Bien loin de s'attribuer la gloire, à l'exemple de quelques autres missionnaires, d'avoir converti des provinces entières, il savait que la crainte, la méfiance et des considérations purement humaines inspiraient souvent des abjurations apparentes, et il était convaincu que les paroles de vérité et de charité qu'il portait dans ces pro¥inces , où l'erreur avait triomphé si longtemps, ne produiraient des fruits réellement salutaires et satisfaisants que pour une nouvelle génération.

La Providence a justifié les espérances de Fénelon-, car œs mêmes provinces, qui montraient alors on attachement si opiniâtre à la religicm pro-

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testante , sont précisément celles qui , à la fin du dernier siècle, ont manifesté le plus de zèle pour la religion catholique , et soutenu , les armes à isi main, les autels relevés par Fénelon, et que la révolution voulait renverser.

Dans sa correspondance avec le ministre (le marquis de Seignelay, fils de Colbert), Fénelon rend compte de l'état de ces provinces, de ses travaux, des moyens qu'il croit nécessaires pour obtenir des succès , et surtout pour que ces succès soient durables. 11 recommande de soutenir les bons commencements />ar des prédicateurs doua et qui joignent au talent d'instruire celui de s'attirer la confiance des peuples; dans ce cas, ajoute-t-il, i/s seront bientôt véritablement catholiques.

• 11 ne faut, dit-il ailleurs, que des prédica- « teurs qui expliquent simplement, tous les di- « manches, le texte de l'Évangile avec une autorité « douce et insinuante. Les jésuites commencent « bien , mais le plus grand besoin est d'avoir des « curés édifiants qui sachent instruire. Les peuples « nourris dans l'hérésie ne se gagnent que par la « parole. Un curé qui saura expliquer l'Évangile « affectueusement , et entrer dans 4a confiance des « familles , fera tout ce qu'il voudra... Les peuples « nous disent : Fou^ qui n'êtes ici qu'en passant; « c'est ce qui les empêche de s'attacher entière- « ment à nous. La religion, avec le pasteur qui

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« l'enseignera, prendra insensiblement racine « dans tous les cœurs... »

Quand Fénelon crut avoir terminé ses travaux en Poitou, il écrivit à Bossuet pour le prier de demander son rappel. Cette lettre eut l'effet qu'il en attendait; il reçut la permission de revenir à Pans; Il rendit compte directement à Louis XIV de l'état où il avait laissé la religion dans les provmces qu'il venait de parcourir, n'entretint le roi que du zèle de ses coopérateurs, du bien qu'ils avaient fait, de celui qui restait à faire, des moyens qui étaient à la disposition du gouvernement pour l'affermissement de ce grand ouvrage, et garda le plus profond silence sur lui-même.

Après avoir rempli ce devoir envers le roi Fénelon rentra dans sa retraite, et reprit ses modestes fonctions de supérieur des Nouvelles- Catholiques. Pendant plus de deux ans, il ne se montra pas à la cour.

Deux fois il fut sur le point d'être nommé évèque, d'abord à PoiUers, puis coadjuteur de La Rochelle, et deux fois la malveillance empêcha sa nomination. Mais Fénelon était si peu occupé de ses intérêts personnels, qu'il n'apprit que par hasard qu'on avait songé à l'élever à ces hautes dignités. On attribue généralement cette espèce de disgrâce à M. de Hariai , archevêque de Paris, qui ne pouvait pardonner à Fénelon ses liaisons intimes avec Bossuet, et l'indifférence avec laquelle

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il avait accueilli ses offres de service et d'amitié.

Ce fut en 1687 et 1688, au retour de ses missions du Poitou, que Fénelon, cédant au vœu unanime de ses amis et de personnes éclairées , consentît enfin à laisser imprimer son Traité de lédueation deê filles et celui du Ministère des Pasteurs.

La réputation quil s'était faite dans ses misrsions du Poitou avait déjà attiré sur lui tous les regards, et la publication de ces deux ouvrages ajouta de nouveaux titres à cette réputation qui s'étendait avec tant d'éclat et de rapidité.

Telles étaient les occupations de Fénelon^ il se i*egardait et tout le monde le regardait comme destiné à passer le reste de sa vie dans l'exercice des fonctions utiles, mais peu ambitionnées, qui semblaient suffire à ses vœux et à son désintéressement.

Mais un événement imprévu transporta tout à coup Fénelon au milieu de la cour, et l'éleva à une place à laquelle paraissaient attachées les destinées de la France et le sort de plusieurs générations.

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