LIVRE HUITIÈME
« foudroyante contre son amour-propre. II n*y a a rien de si évidemment juste , et il n'y a rien qui « révolte si violemment le fond de l'homme idolâtre « de soi. Dieu ne peut être suffisamment reconnu, a que par cet amour suprême : Nec colitur ille nisi ff amandoj dit souvent saint Augustin. D'où vient a donc que presque tous les hommes ont pris le « change? Ils ont mis le sacrifice des animaux , l'ena cens et les autres dons en la place du moij victime a qu'il falloit immoler. Dites à l'homme le plus sim- « pie et le plus ignorant, qu'il faut aimer Dieu notre ff père, qui nous a faits pour lui; cette parole entre ff d'abord dans son cœur, si l'orgueil et l'amourtf propre ne le révoltent pas : il n'a aucun besoin de a discussion, pour sentir que voilà la religion toute c entière. Or il ne trouve ce vrai culte que dans le a christianisme. Ainsi il n'a ni à choisir ni à délibé- « rer. Tout autre culte n'est point une religion. Le (c judaïsme n'est qu'un commencement , ou , pour «mieux dire, qu'une image ou une ombre de ce a culte promis. Otez du judaïsme les figures gros- « sières, les bénédictions temporelles, la graisse de a la terre , la rosée du ciel , les promesses mysté* a rieuses^ les imperfections tolérées, les cérémonies « légales ; il ne restera qu'un christianisme com- « mencé (i). Le christianisme n'est que le renverse-
(i) Pour bien comprendre la force de ce raisonnement.
358 HISTOIRE DB F^NELON.
« ment de l'idolâtrie de Tamour-propre^ et l'établis* « sèment du vrai culte de Dieu^ par un amour a suprême. Cherchez bien ; vous ne trouverez ce vrai tt culte, développé , purifié et parfait, que chez les ce Clu*éticn8 : eux seuls connoissent Dieu infiniment a aimable. Je ne parle point des Mahométans ; ils a ne le méritent pas : leur religion n'est que le culte (f grossier, servile et purement mercenaire des Juifs a les plus charnels , auquel ils ont ajouté l'admira- « tion d'un faux prophète, qui, de son propre aveu, ce n'a jamais eu aucune preuve de mission. Tout a homme simple et droit ne peut s'arrêter que chez <v les Chrétiens, puisqu'il ne peut trouver que chez
il faut remarquer que la loi de Moïse, quoiqu'elle renfermât le précepte de V amour de Dieu par -dessus tout (ZInr* ter. VI, 5), ne le manifestoit pas dans toute sa pcrfcctioDy du moins au commun des Juifs. Par condescendance pour leur foiblesse, elle ménageoit certaines affections naturelles pour les biens de la terre ; en donnant aux préceptes mo" rauxj aussi bien qu'aux préceptes judiciaires et cérémoniels^ une sanction temporelle, elle au torisoit, jusqu'à un certain point, le désir des biens terrestres et passagers. Le christianisme, au contraire, présente le grand précepte de Tamour de Dieu dans toute son étendue et toute sa perfection ; il en montre clairement les conséquences, qui n'étoient connues autrefois que des plus parfaits d'entre les Juifs; et bien loin de donner une sanction temporelle à ses préceptes, il prêche ouvertement le mépris des biens de la terre, et le bonheur de ceux qui souffrent ici-bas. (Matt. V, 3. Luc, VI, ao.
(ÉDIT