‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 99 sur 157 · LIVRE HLITIl£]tt · texte numérisé non relu

LIVRE HLITIl£]tt

« Dieu donne la liberté; il ne la donne qu'en fa- « Yeur du mérite; et c'est pour le mérite, qui est <Y son unique fin, qu'il souffre le démérite auquel a la liberté expose l'homme. C'est contre l'intention « de Dieu, et malgré son secours, que l'homme fait « un mauvais usage d'un don si excellent et si pro- « pre à le perfectionner. »

Tel est le résumé de la correspondance de Fénelon avec le duc d'Orléans. Le sujet seul d'une pa* corns^ adarice reiile correspondance, annonce le siècle où ces deux de Féneion hommes vi voient; surtout lorsqu'on pense au contraste si étonnant qu'offroient leurs mœurs , leur conduite et leurs maximes. Mais telle étoit l'habitude de raison, de décence et d'égards, que conservoient encore pour le génie et la vertu les hommes mêmes qui s'étoient affranchis de toutes les lois de la morale dans leur conduite privée , qu'ils se croy oient obligés de respecter certains principes et de les discuter. Cette discussion même supposoit des doutes, et ne ressembloit pas à la présomption tranchante et absolue, qu'on a depuis apportée dans ces sortes de discussions, ni à l'indécence choquante avec laquelle on a violé tous les égards dus aux rangs, aux pi*ofessions et aux personnes.

Cette correspondance offre encore un sujet de réfiexion d'une nature bien différente. Féneion dut sans doute éprouver un frémissement involontaire^ et jeter uu reg^ord douloureux sur l'avenir et sur

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le sort de la France, en voyant un prince du rang et de Tesprit du duc d'Orléans , un prince que les événements avoient approché du trône , et qui n'en étoit plus séparé que par l'existence foible et précaire d'un enfant; un prince, élevé à la cour de

Louis XIY y et habitué dès sa jeunesse à cet extrême respect pour la religion, dont le monarque, et tout ce qui l'environnoit, donnoient l'exemple; paroître douter des premiers principes de la religion naturelle, et avoir besoin d'une conviction étrangère, pour croire à l'immortalité de son âme et à la liberté de sa volonté.

Fénelon remercia sans doute la Providence, de ne l'avoir point réservé à être témoin des événements sinistres qui dévoient marquer un siècle qui s'ouvroit sous de pareils auspices; mais il ne pouvoit être indifTérent à tous les malheurs que cette hardiesse d'opinions, et ce mépris mal dissimulé de tous les principes religieux, dévoient étendre sur une longue suite de générations.

Lettres \ Le résumé qu'on vient de lire de la correspon-

sur h Religion, j^^^^ j^ Féuelou avcc le duc d'Orléans, montre

FondemenU

et analyse de la qu'elle avoit uniquement pour objet les dogmes Foi eatkoiique. fondamentaux de la Religion naturelle. Fénelon se

proposoit de compléter cette discussion dans quelques autres lettres, qui auroient pour objet la vérité de la Religion chrétienne j et V autorité de F Église catholique. Il avoit annoncé lui-même ce plan au

UVRE HlIITlàMË. 353

duc d'Orlëaas (i); viais, soit que les dernières lettres de cette correspondance aieot été perdues , soit que Fénelon ait été obljgé d'abandonner son premier pian j pour répondre aux difficultés que le prince lui proposa depuis, il est certain que, parnti les pièces de cette correspondance qui nous ont été conservées, on n'en trouve aucune qui traite en particulier de la vérité de la Religion chrétienne, ni de Vautorité de C Église catholique.

1 Pour suppléer à cette omission, il faut lire une lettre que Fénelon écrivit, vers le même temps, à un protestant, sur les fondements et l'analyse de la foi catholique. Depuis longtemps, Fénelon étoit frappé de a l'importance d'un plan qui renfermât les preu- « ves des vérités du salut, et qui les présentât d'une « manière tout à la fois concluante et proportionnée ce à la capacité des hommes ignorants. Plusieurs fois « il avoit pressé Bossuet de l'exécuter, et celui-ci ff Tavoit souvent promis; » mais d'autres occupations l'avoient empêché d'accomplir cette promesse (s). Depuis la mort de Bossuet, Fénelon sougea sérieusement à suppléer à ce que l'évêque de Meaux n'avoit pu faire; il en conféra plusieurs fois

(i) III* Lettre sur la Religion^ p. 38i. — On ne peut guère douter que ceUe III* Lettre ne soit la première de celles que Fénelon écrivit au duc d^Orléans sur ce sujet. (Voyez VHist. litt. de Fénelon; p. i3, i'* col.) (Édit.)

(a) F* Lettre sur la Religion^ u. 6.

T. IV. a3

354 HISTOIRE »B F£NBLON.

avec lé duc de Chevreuse et avec quelques autres amis^ auxquels il exposa, de vive voix, le plan d'un écrit qu'il mÀlitoit sur ce sujet. D'après cet exposé, le duc de Chevreuse désiroit vivement l'exécution de ce projet ; et , dans une lettre du 1 6 novembre 1 706, il pressa fortement l'archevêque de Gand)rai d'achever ce travail (i). Nous ignorons si Féneloa la jamais exécuté; mais il y a tout lieu de croire c[u'il en a donné le fond, dans la cinquième de ses Ijctti^es sur la Religion. Il y prouve que Dieu appelle réellement tous les hommes, même les plus ignorants et les plus grossiers, à la connoissance de la véritable religion; et il montre comment ceux-ci peuvent se convaincre, sans discussion, des trois principaux points nécessaires au salut, savoir : Pexi'stence de Dieu^ la vérité du christianisme ^^el Fau' torité de l'Église catholique. Il est aisé de voir que cette division offre le plan le plus naturel d'un traité complet sur la vérité de la Religion chrétienne, et sur les fondements de la foi catholique (a).

(1) Corresp, de Bénelon^ t. 1^% p. x6o.

(a) C'est le jugement que le baron de Sainte-Croix portoit de cette lettre de Fénelon ; et c'est le motif qui Ta engagé à insérer cette lettre, en forme à*appendice^ à la suite de l'ouvrage de Jennings, De l'évidence de la Relighn chrétienne. {Paris, 1797 et 1802, in- m,) L'éditeur a donné pour titre à cet appendice : Plan d'un traité sar la vérité de la Religion chrétienne. Les deux premiers ardcles de ce plan sont résumés par Fénelon lui-même, d'une manière aussi

LIVaE HUITIÈME.

Aussi plusieurs auteurs, depuis la publication de cette lettre de Fénelon , y ont-ils puisé Tidée et le plan des ouvrages qu'ils ont publies, dans le dessein de mettre les preuves de la religion à la portée de tous les esprits (i).

\ Pour établir le premier point de son analyse, Fénelon résume, en peu de mots, la preuve de l'existence de Dieu , tirée de Tordre admirable qui règne dans l'univers; et il remarque avec raison, « qu'il suffit d'ouvrir les yeux, et d'avoir le cœur « libre, pour apercevoir sans raisonnement la puîs- « sançe et la sagesse du Créateur, qui éclate dans

a son ouvrage Loin d'avoir besoin de raisonner

m ici pour se convaincre, un homme sensé, attentif, « sans orgueil et sans passion, n'a que son raison- « nement à craindre; il n'a pas plus besoin de mc- « diter pour trouver Dieu à la vue de l'univers, « que pour supposer un horloger à la vue d'une « horloge, ou un architecte à la vue d^une mai- « son (2). »

\ Ce premier point étant supposé, Fénelon établit la vérité de la religion chrétienne par une preuve

Existence

de Dieu.

Vépitc

de la religion

chrétienne.

solide qa'înléressante 9 dans les Réflexions d'un homme qui ne ùowwtt point la Religion. (A la suite de la XXXII^ lettre spirituelle. Corresp. t. Y, p. 419O (Édit.)

(i) On peut voir la liste de ces ouvrages daos YHist, litt, de Fénelon y p. zo, note 7.

(2) f^ Lettre sur la Religion^ t^ partie.

356 HISTOIRE i>E FÉICELOBT.

de sentiment, également à la portée de tous les esprits. Cette preuve se tire de la nature même du christianisme y qui est la seule religion vraiment digne de Dieu, la seule qui fasse consister dans Tamour de Dieu, l'essentiel du culte qui lui est dû. a II n'y a que la religion chrétienne, dit-il (i), qui c( consiste dans Tamour de Dieu. Les autres relier gions ont consisté dans la crainte des dieux qu'on tf vouloît apaiser, et dans Tespérance de leurs bience faits, qu'on tâchoit de se procurer par des hona neurs, des prières et des sacrifices. Mais la seule « religion enseignée par Jésus-Christ nous oblige à a aimer Dieu plus que nous-mêmes, et à ne nous « aimer que pour l'amour de lui. Elle nous propose a pour paradis le parfait et éternel amour; elle « exige le renoncement à nous-mêmes , c'est-à-dire tt l'exclusion de tout amour-propre, pour nous ré- (c duire à nous aimer par charité , comme quelque « chose qui appartient à Dieu, et qu'il veut que ff nous aimions en lui. Ce renversement de tout «c l'homme est le rétablissement de l'ordre, et la « naissance de l'homme nouveau. Voilà ce que Tesff prit de l'homme n'a pu invepter. 11 faut qu'une -c puissance supérieure tourne l'homme contre lui* « même, pour le forcer à prononcer cette sentence

(i) Ihid, II' partie. Pour le développement de cette preuve, voyez aussi la J^ Lettre, cliap. 5 et 6.

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