‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 102 sur 157 · LIVRE HUITliniK. 36l · texte numérisé non relu

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a pas donné une autorité infaillible, pour leur éparff gner cette recherche impossible, et pour les garante tir de s'y tromper. L'homme ignorant, qui connoît « la bonté de Dieu , et qui sent sa propre impuiscsance, doit donc supposer cette autorité donnée « de Dieu, et la chercher humblement, pour s'y souff mettre sans raisonner. Où la trouvera-t-il? Toutes « les sociétés séparées de l'Église catholique, ne fon- « dent leur séparation que sur l'offre de faire chaque « particulier juge des Écritures, et de lui faire voir a que l'Écriture contredit cette ancienne Église. Le ff premier pas qu'un particulier seroit obligé de faire^ « pour écouter ces sectes, seroit donc de s'ériger en a juge entre elles et l'Église qu'elles ont abandon- 8 née. Or, quelle est la femme de village, quel est ff l'artisan , qui puisse dire, sans une ridicule et a scandaleuse présomption : Je vais examiner si « l'ancienne Église a bien ou mal interprété le texte a des Écritures? Voilà néanmoins le point essentiel « de la séparation de toute branche d'avec l'ancr cienne tige. Tout ignorant qui sent son ignoff rance, doit avoir horreur de commencer par cet a acte de présomption. Il cherche une autorité qui ff le dispense de faire cet acte présomptueux, et cet ff examen dont il est incapable. Toutes les nouvelce les sectes, suivant leur principe fondamental , lui c crient : Lisez, raisonnez, décidez. La seule ance cienne Église lui dit : Ne raisonnez, ne décidez

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ce poiat; cûQtentez-vous d'être docile et humhle; « Dieu m'a promis son esprit pour vous préserver c de l'erreur. Qui voulez-vous que oet ignoraat a suive, ou ceux qui lui demandent l'in^ssible, ou ce ceux qui lui promettent ce qui convient à son a impuissance et à la bonté de Dieu ?

Toc Représentons-nous un paralytique qui veut so^ a tir de son lit, parce que le feu est à la maison ; il s'aa dresse à cinq hommes qui lui disent : Levez-vous, a courez^ percez la foule, sauvez-vous de cet incendie. <c Enfin il trouve un sixième homme qui lui dit : «( Laissez-moi faire, je vais vous emporter entre mes a bras, Croira*t-il à cinq hommes qui lui conseillent tf de faire ce qu'il sent bien qu'il ne peut pas? Ne a croira-t-il pas plutôt celui qui est le seul à lui proce mettre le secours proportionné- à son impuissance? a II s'abandonne sans raisonner h cet homme , et se a borne à demeurer souple et docile entre ses bras. <c U en est précisément de même d'un homme huma ble dans son ignorance ; il ne peut écouter sérieua sèment les sectes qui lui crient : Lisez, raisonnez, a décidez; lui qui sent bien qu'il ne peut ni lire, et ni raisonner, ni décider ; mais il est consolé d'ena tendre l'ancienne Église qui lui dit : Sentez votre « impuissance, humiliez-vous , soyez docile, confiez- « vous à la bonté de Dieu, qui ne nous a point laisa ses sans secours pour aller à lui. Laissez-moi faire; (c je vous porterai entre mes bras.

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7 ce Rien n'est plus simple et plus court , que ce « moyen d'arriver à la vérité. L'homme ignorant n'a a besoin ni de livre ni de raisonnement pour trouver « la Traie Église : les yeux fermés, il sait avec certi* « tude, que toutes celles qui veulent le faire juge sont ff fausses, et qu'il n'y a que celle qui lui dit de croire « humblement qui puisse être la véritable. Au lieu des c livres et des raisonnements, il n'a besoin que de « son impuissance et de la bonté de Dieu, pour re- «jeter une flatteuse séduction, et pouir demeurer « dans une humble docilité* Il ne lui faut que son « ignorance bien sensée, pour décider. Cette igno- « rance se tourne pour lui en science infaillible. Plus « il est ignorant, plus son ignorance lui fait sentir « l'absurdité des sectes qui veulent l'ériger en juge « de ce qu'il ne peut examiner.

1c D'un autre coté, les savants mêmes ont un « besoin infini d'être humiliés, et de sentir leur « incapacité. A force de raisonner, ils sont encore « plus dans le doute que les ignorants ; ils dis* « putent sans fin entre eux, et ils s'entêtent des « opinions les plus absurdes. Ils ont donc autant « de besoin , que le peuple le plus simple , d'une ff autorité suprême qui rabaisse leur présompa tion , qui corrige leurs préjugés , qui termine « leurs disputes, qui fixe leurs incertitudes, qui les tf accorde entre eux, et qui les réunisse avec la « multitude. Cette autorité supérieure à tout rai-

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ff sonnementy oîi \^ trouverons-nous? Elle ne peut a être dans aucune des sectes qui ne se forment a qu'en faisant raisonner les hommes, et qu'en les <c faisant juges de TÉcriture, au-dessus de l'Église, ce Elle ne peut donc se trouver que dans cette anci cienne Église qu'on nomme Catholique. Qu'y a-t-il « de plus simple, de plus court, de plus propora tionné à la foiblesse de l'esprit du peuple , qu'une «( décision pour laquelle chacun n'a besoin que de ce sentir son ignorance , et que de ne vouloir pas ce tenter l'impossible? Rejetez une discussion visi- « blement impossible et une présomption ridicule; a vous voilà catholique. »

Lettres ^ On trouve ce raisonnement développé avec la

suri'auioriié ^^^^ ^j^^^^ d'idécs , ct la même simplicité d'ex-

de rBglite, ^ *

pressions, dans les Lettres de Fénelon sur Pautch rite de C Église , et surtout dans les cinq premières, adressées à une personne qui songeoit à quitter la Réforme , pour rentrer dans le sein de l'Église catholique (i). Dans cette vue, elle eut recours à Fénelon , pour lui exposer ses difficultés, et obtenir de lui les dernières instructions dont elle avoit besoin. Pour répondre à ses désirs, Fénelon lui montre d'abord la nécessité d'une autorité visible pour conserver le dépôt de la doctrine révélée, et pour terminer les différends qui peuvent s'élever,

(i) Œuvres de Fénelon, t. II, p. 175, etc.

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