LIVRE HUITIÈME
«dans les mêmes passages. La vraie religion ne • peut être trouvée et mise en pratique , que par
« une humble défiance de nos foibles lumières. Qu'y
« a-t-il de plus orgueilleux , que de fonder le choix « de sa religion, sur ce qu'on présume d'entendre « mieux rÉcriture, que cette Église de qui on la « tient? Qu'y a-t-îl de plus superbe, que de vou- « loir juger de TÉglise par son propre sens sur le « texte de TÉcriture, au lieu que nous devons juger « du sens de TEcriture par Tautoritc de cette Eglise « qui nous la donne et qui nous l'explique ? » 20.
Les travaux importants dont nous venons de Noatcaux cf.
, 11. 1 1 j • • ^ forts de Fénelon,
parler, et tes divers embarras de son adminiçtra- pour confier lion, ne faisoient pas oublier à Fénelon le projet «on séminaire
. . à la compagnie
quil avoit formé, dès les premiers temps de son dcSaint-Sulpicc; épiscopat, de confier la direction de son séminaire Mémoire à la congrégation de Saînt-Sulpice(i). Cétoit au sein de cette pieuse institution qu'il avoit reçu sa première éducation ecclésiastique, et appris à goûter les maximes de cette vertu tendre, sensible, indulgente et religieuse, dont il avoit eu sous les yeux les plus respectables modèles. Des rapports habituels et constants n'avoient fait que confirmer les sentiments que la reconnoissance avoit gravés dam son cœur ; et lorsque, dans la chaleur de ses
(1) Yoyez les détails donnés plos haut sur et sujet, Uv- IV, II. 57. (T. m, p. 168, etc.)
368 HISTOIRE D£ FENELON.
controverses avec Bossuet et l'archevêque de Paris , il se vit forcé de suspendre toutes ses relations avec la congrégation de Saint-Sulpice, pour ne pas attirer sur elle la malveillance de ses puissants adversairesy le plus sensible de tous ses regrets fut de se voir privé des précieux secou» qu'il attendoit de cette congrégation, pour le clergé de Cambrai. Mais Fénelon étoit trop juste et trop éclairé, pour ne pas reconnoître la nécessité des ménagements extrêmes que les directeurs dé Saint-Sulpice dévoient avoir pour l'archevêque de Paris j qui étoit leur premier supérieur, et qui avoit marqué, avec tant d'éclat, son opposition aux sentiments de l'archevêque de Cambrai.
L'esprit même de leur institut leur prescrivoit d'éviter tout ce qui pouvoit les associer aux divisions des premiers pasteurs, et leur faisoit une loi de se renfermer dans le cercle des utiles et modestes fonctions auxquelles ils s'étoient consacrés.
D'ailleurs la congrégation de Saint-Sulpice se trouvoit dans une impossibilité réelle de satisfaire au vœu d'un grand nombre d'évêques, qui la soUicitoient de se charger de leurs séminaires ; empres* sèment qui attestoit autant leur zèle pour l'intérêt de leurs diocèses, que leur estime pour les respectables coopérateurs qu'ils appeloient à leur secours. Des engagements antérieurs ne permettoient pas même au supérieur de Saint-Sulpice d'entrevoir
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l'époque à laquelle il pourroit remplir les vues de l'archevêque de Cambrai. Dans cette position affligeante, il avoit fallu que Fénelon et Tabbë de Chanterac sup))léassent , par leur zèle et leurs soins personnels, aux ressources qui leur manquoient, et remplissent, pour ainsi dire, eux-mêmes toutes les fonctions de directeurs du séminaire de Cambrai.
? Mais tous ces obstacles ne purent faire abandonner à Fénelon un projet dont l'exécution lui sembloit être de la plus grande importance, pour le bien de la religion dans son diocèse. Dans cette vue, il adressa , en 1 7 1 a , un Mémoire à Ijoids XIV ^ pour le supplier de vouloir bien appuyer sa demande auprès du supérieur de Saint-Sulpice, et lever ainsi un des principaux obstacles qui pouvoient Tempccher de répondre aux vœux de l'archevêque de Cambrai, cr La compagnie de Saint-Sulpice, dit Fénelon « dans son Mémoire (i), retenue par de fortes consi- « dërations , me refuseroit sans doute un tel secours, « à moins que Sa Majesté n'ait la bonté de lui faire « savoir, qu'elle agrée qu'on accorde un bon ouvrier « à un grand diocèse, qui en a le plus pressant besoin. « Ce qui me fait espérer cette grâce, est que ce diocèse « mérite une protection particulière de Sa Majesté. «D'un côté, il est capital de ne laisser point pré- « valoir, dans un diocèse si étendu et si voisin de
(1) Corresp. de Fénelon^ t. V, p. «3i.
T. XV. a 4
'Ô'JO HISTOIRB DE TÈîXELOJf.
« ParÎBy une Aecte qui y est déjà très-puissante ^ et (c qui n'est pas moins ennemie de l'État que de « l'Église. D'un autre côté , il n'est pas moins im- <c portant de travailler à rendre bons Français tous « les jeunes eoclésiastiques de cette frontière ^ qui « sont sous la domination de Sa Majesté. Ce n'est ce que par le séminaire, qu'on peut leur inspirer ces « bops sentiments. Deu& mots que le Roi aura la a bonté de faire dire au supérieur de Saint-Sulpice, « nous procureront un bon sujet. Sa Majesté aura « devant Dieu tout le tnérite de cette bonne œuvre ; tt et notre séminaire ^ qui prie toujours pour sa per- « sonne ^ redoublera ses prières pour attirer sur elle « les plus abondantes bénédictions du cieL »
\ Une lettre de Fénelon aU duc de Cbeyreuse, du iÀ février l'jm^ fait encore mieux comprendre les raisons qui l'engâgeoient à réclamer sur ce point l'intervention du Roi^ auprès du supérieur de Saiut-Sulpice. « Je prends la liberté, dit Fénelon au « duc deChevreuse(i)^ de vous envoyer le Mémoire «que j'ai fait pour ma demande» Je ne souhaite « point que le Roi dise qu'il veut } qu'il prie | qu'il « désire : je me contente qu'il fasse savoir qu'il « agrée qu'on secoure mon diocèse; ce sera assez; a c'est) ce me semble^ la moindre grâce qu'on puisse d demander. Cette demande est nécessaire. Saint-
(i) Corresp. t. P% p. 644.