LIVRE HUITIÈME. 37 I
c Sulpice craint M. le cardinal de Noailles : il «c n'oseroit me donner le moindre signe de vie sans d permission. Vous savez que le bon cardinal n'a a jamais voulu laisser venir travailler ici M. Collot ( i )f a qui avoit fait tous ses actes à mes dépens. Oserois-je cr vous supplier de voir avec le P. IjC Tel lier, s'il « peut se charger de mon Mémoire , ou s'il faut le « faire passer par le canal de M. Voysin^ noire seet crétaire d'État ? Le P. Le Tellier feroit beaucoup tf mieux ; c'est son affaire : mais je ne veux le com- « mettre jamais en rien. »
Lies efforts de Fénelon ne furent pas sans succès ; le résultat de cette démarche fut une lettre de cachet, qui enjoignoit à la congrégation de Saint- Sulpice de se charger du séminaire de Cambrai. Fénelon cependant n'eut pas la satisfaction de voir cet établissement consommé; et ses derniers vœux, en mourant, eurent pour objet de supplier Louis Xiy de mettre la dernière main à un ouvrage tt intéressant pour le diocèse de Cambrai (a). ^i
Fénelon vécut encore assez longtemps pour voir Affaire de la naître les orages qui menacèrent rÉfi[|jse de France " J^^"'^*"""*-
o ^ o Dispositions
d'une espèce desdûsme (3). On peut se rappeler que du cardinal
de Noailles.
(i) M. CoUot avoit probablement fait ses études ecclésiasliques au sémioaire de Saiot-Sulpice.
(a) YoycfE ci-aprèsy d« 43« la Lettre de Fénelon bu P^ Le Teliier^ du 6 janvier 171 S.
(3) Tous les détails que donne ici le cardinal de Bausset,
'i'JI HISTOIRE DE F£N£LON.
Louis XIV s'ëtoit borne à demander au cardinal de Noailles, qu'il consentit, pour le bien de la paix, à révoquer l'approbation qu'il avoit donnée au livre du P. Quesnel. Ce prélat s'étoit constamment refusé à donner au Roi un témoignage de condescendance, qui auroit probablement suffi pour calmer les esprits, et pour rendre au cardinal lui-même tous les avantages que ses variations continuelles lui avoient fait perdre.
Louis XIV estimoit et respectoit sincèrement les vertus du cardinal de Noailles; et madame de Maintenon , qui tenoit à sa famille par des liens qui lui étoient chers, auroit pu faire valoir auprès du Roi un acte de déférence auquel ce prince attachoit le plus grand prix. D'ailleurs le cardinal avoit sons les yeux un exemple bien récent, du mérite et de la gloire qu'un évêque peut recueillir, en sacrifiant ses sentiments personnels à l'intérêt de la religion et à la tranquillité de l'Église. 11 avoit dû sans doute être bien plus pénible pour Fénelon de souscrire à la condamnation d'un livre dont il étoit lui-même l'auteur, et qu'il avoit défendu par des raisons assez spécieuses pour tenir longtemps en suspens le jugement du saint-siége , qu'il ne pouvoit l'être pour le cardinal de Noailles de révoquer la simple appro-
sur TafTaire de la Constitution Unigeniius^ sont exposés plus au long dans VHist. de cette Constitution^ par M. Lafiuu, évéqne de Sisteron. 2 vol. in- 11. (Édit.)