‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 106 sur 157 · LIVRE HUITIÈME. 3'j · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. 3'j

bation qu'il avoit accordée à un ouvrage dont il n'étpit ni Tauteur ni le garant nécessaire, et sur lequel son opinion pouvoit avoir été surprise, sans qu'on pût laccuser d'en partager les erreurs. La soumission de Fénelon, bien loin d'avoir altéré l'estime publique, avoit ajouté un nouveau lustre à l'éclat de ses vertus.

Mais ce qui devoit toucher encore plus un cœur aussi religieux que celui du cardinal de Noailles, c'est que la soumission de Fénelon avoit mis tout à coup un terme à toutes les controverses que sa doctrine avoit excitées; elle ne comptoit déjà plus aucuns partisans ; et une dispute qui avoit allumé des discussions si vives et si animées entre les deux plus grands évêques de l'Église de France , étoit déjà entièrement oubliée.

Il est vrai que le cardinal de Noailles, en se refusant à révoquer l'approbation qu'il avoit donnée au livre du P. Quesnel , avoit demandé lui-même que l'examen en fût renvoyé au Pape ; il avoit même pris avec Louis XIV l'engagement formel de souscrire au jugement qu'en porteroit le saint-siége. U venoit de renouveler cet engagement, de la manière la plus précise, dans une lettre à l'évêque d'Agen , à laquelle il avoit donné la plus grande publicité. «Je n'ai pas balancé, ccri voit-il à ce prélat (i), à

(i) Leiire du cardinal de Noailles h Févéque d'Agen,

3^4 HISTOIRE DE PiHELON.

If dire à tous eeux qui ont voulu l'entendre , qu'on tf ne me veiroit jamais ni mettre , ni souffrir la du ex vision dans l'Église, pour un livre dont la religion « peut se passer; que si notre saint père le Pape juge cr h propos de censurer celui-ci dans les formes , je a recevrai sa Constitution et sa censure avec tout (( le respect possible; et je serai le premier à dona ner l'exemple d'une parfaite soumission d'esprit et a de cœur. »

Il est vraisemblable que, lorsque le cardinal de Noailles avoit pris cet engagement, il ëtoit dans l'intention sincère de le remplir. Il pouvoit donc encore mériter la même gloire que Fënelon, en marchant sur ses traces, et en donnant à l'Église un témoignage éclatant de la pureté de ses mo» tifs, et des sentiments de piété dont sa vie entière ofFroit le modèle. Peut-être aussi, par une suite de l'hésitation naturelle de son caractère , avoit-il préféré de se confier aux incertitudes de l'avenir. Il savoit avec quelle sage circonspection le saint* siège est dans l'usage de procéder, dans les jugements dogmatiques qui doivent fixer la règle de la croyance religieuse ; et les lenteurs inévitables, dans l'examen d'un livre très-étendu , offroient encore au cardinal de Noailles l'espérance de quel-

'ÀO décembre 171 1. (Hist, de la Constitution UmoEurrus, liv. I*', p. 108.)

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