‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 107 sur 157 · LIVRE HUITIÈMB · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈMB

que changement favorable dans les dispositions de Louis XIY, ou dans Tétai des affaires publiques. Car il est facile d'observer , dans toute la conduite de ce prélat , qu^il étoit presque toujours plus oceupë d'éluder les difficultés du moment , que de se pve^ sorire une marehe fiae, invariable, indépendante des événements.

Mais quelles que fussent ses illusions et ses espé«> rances, il n'avoit pas tenu à madame de Maintenon de TécJairer sur le danger de cette conduite versatile, et sur le dénoûmeot de la malheureuse disons* sion dans laquelle il s'étoit engagé. Elle lui écrivoit, avec ce mélange de politesse et de raison dont elle ne s'écartoit jamais : a Vous savez , Monseigneur , « combien le Roi souhaite la fin de toutes ces divi- « sions ; il ri est pas possible de vous disculper 9i de les entretenir. Vos défenses sont solides; mais « elles viennent dans un temps malheureux. La vé« ff rite est pour vous, les circonstances contre vous ; « vous voyez que je ne vous flatte point. Je veux bien « croire que les erreurs ne sont pas aussi grandes ff que le disent ceux qui eu poursuivent la con* « damnation; mais enfin ce sont des erreurs; et « le tout finira à la gloire du P. Le Tellier. Je souci haite avec ardeur, que votre conduite soit aussi « prudente qu'elle est ferme , et que vos inten* « tions soient aussi sages qu'elles sont droites (i). »

(i) Recueil de La Beaumelle, t III, p. 98S«

376 HISTOIRE DE FBNELON.

Sage lenteur j^ cardinal de Noallles ne s'étoit pas ti*ompé, lors-

dc Clément XI ; ,.1 • . 1 .

du livre c|u il avoit prévu que la cour de Rome apporteroit

examen

des RéjUxtons bcaucoup de lenteur et de maturité dans sa décision ;

elle eut même besoin d'une grande force et d'une grande sagesse, pour résister à l'impatience de Louis XIY, dont les instances continuelles tendoient à accélérer un jugement qu'il croyoit nécessaire à la tranquillité de son royaume. Mais, plus Clément XI observoit que les esprits étoient aigris et exaltés en France , plus il voulut se défendre d'une précipitation qui ne convenoit ni à son caractère de juge, ni à sa qualité de père commun des fidèles. Comme il n'ignoroit pas que l'on accusoit les Jésuites déjouer un rôle principal dans cette contestation, il porta l'attention et le scrupule, jusqu'à ne choisir les principaux examinateurs du livre du P. Quesnel que dans les ordres religieux et dans les écoles les plus opposées aux opinions de cette société. On ne comptoit parmi eux qu'un seul Jésuite, depuis longtemps théologien en titre dusaint-siége ; tandis qu'on y voyoit deux Dominicains , deux Cordeliers , un Bénédictin, un Augustin. Il prit lui-même la connois> sance la plus approfondie de toutes les questions qui furent l'objet de cet examen.

Je sais bien que cet exposé paroîtra peu conforme aux relations mensongères que l'esprit de parti a publiées sur cette affaire ; trop souvent l'esprit de légèreté s'empi*es8e d'adopter toutes les relations

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