‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 11 sur 157 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

\ a Au reste, je ce parle ici que de Tobëissance

< due à la puissance suprême d'un État; car si ceux 9 qui gouvernent ne sont que les simples exécuteurs c des lois, et nullement les législateurs souverains,

< il y a toujours quelque ressource contre les abus « de leur autorité ; ceux en qui réside le pouvoir suie prême, peuvent et doivent les punir. Mais quand « une fois cette autorité suprême est fixée, par la con* « stitution fondamentale de l'État , dans la personne c ou les personnes d'un seul, d'un petit nombre, €c ou de plusieurs, il n'est plus permis de se ré- « volter» 9

T En proclamant ces principes, Fénelon n'étoil pas seulement d'accordavec Bossuet, mais avec tout ce qu'il y avoit alors en France d'hommes sages et éclairés , ou plutôt avec la nation tout entière, qui acceptoit généralement ces principes, comme essentiels à Tordre et à la prospérité de l'État, a Chacun « alors étoit persuadé^ dit un écrivain récent (i), « que la monarchie constituoit la forme de gouver* flc nement la plus naturelle et la meilleure, la plus « propre à assurer l'ordre^ l'unité, la force, et à em- « pêcher les divisions d'un État. On n'étoit pas a moins d'accord sur le caractère qu'elle devoit « avoir; on regardoit l'autorité royale comme sa-

Ces principes

généralemeiit

reconnus

en France,

au xni* siècle.

(i) Histoire de madame de Maintenon f par M. de Noailies; t. r', p. 443 , etc.

a crée et absolue, mais comme devant être en même « temps paternelle; ne souffrant ni partage ni ré- « volte, mais enchaînée moralement elle-même par

a l'équité des lois Quoique toute-puissante, elle

a étoit moralement contenue ; mais l'action pré*

tt dominante de l'autorité souveraine et de la vott lonté royale étoit, en principe, nettement accep-

cr tée par les esprits Ainsi la nation qui étoit née

<c et avoit grandi sous la royauté, qu'elle respectoit ce comme un dogme, loin de se croire asservie sous « un pouvoir tyrannique , inventé par Louis XIV, « confondoit , aussi bien que lui, l'État avec sa per** A sonne , et ratifioit ce mot qu'on lui attribue, et a qu'on a quelquefois dénaturé, VÉtat, c'est moi: » parole susceptible sans doute d'un mauvais sens, et dans laquelle les adversaires du gowernement ah^ solu ont vu l'expression d'un absurde égoisme et d'un despotisme insensé ; mais qui , dans l'idée de Louis XIY et de son siècle^ n'étoit que l'expression vive et laconique de cette pensée de Bossuet : « L'É- <c tat est en péril , et le repos public n'a plus rien ce de ferme, s'il est permis de s'élever (ou de se réff volter) , pour quelque cause que ce soit, contre les « princes (i). »

(i) Bossuet y Politique sacrée; liv. VI, art. II, prop. 4, p. 268.

Le cardinal de Bausset , dans Y Histoire de Bossuet ( 1. 1, liv. lY, p. 4o6)y fait un curieux rapprochement de la doctrine

LIVAB SEPTIÈME. 3?

1 Pour avoir une idëe plus complète de la doc- Mémoires p<Mti' irine politique de Fénelon, il faut étudier surtout ^^^^i^."' l'applicatioa qu'il fait de ses principes , dans ses «oo il les ré- Ménwires politiques , rédigés de 1 70 r à 1 7 1 a , à '^'

l'occasion de la guerre de la succession d'Espagne ; et dans les Plans de gouifernementj concertés en 1711 et 171a avec le duc de Chevreuse , pendant

de ce prélat avec celle de Voltaire, sur la monarchie absolue. Il est certain, ea effet, que Voltaire, dans \e Supplément au Siècle de Louis XIV^ ne se prononce pas moins fortement que Bossuet , pour cette forme de gouvernement. C'est à cette occasion, qu'il fait une si verte semonce à La Beaumelle , encore jeimei pour s'être permis de prononcer, avec toute la présomption ordinaire à sou âge, « qu'un Eoi absolu ^ qui « veut le bien, est un être de raison; et que Louis XIV ne • réalisa jamais cette chimère ; » assertion criminelle , dit Voltaire, et aussi punissable que fausse, « Je défie, ajoute- « t-il, qu'on me montre aucune monarchie sur la terre, dans « laquelle les lois , la justice distributive, les droits de l'hu- « manité , aient été moins foulés aux pieds , et où l'on ait « fait de plus grandes choses pour le bien public, que pen- « dant les cinquante- cinq années que Louis XIV régna lui- « même. »

Ce jugement de Voltaire étonne aujourd'hui bien des lecteurs. Us seroient bien plus étonnés s'ils prenoient la peine de lire ce que les contemporains de Louis XIV nous apprennent, des manières douces et affables qu'il savoit concilier avec cet air de grandeur et de majesté qui dominoit en lui. M. le duc de Noailles donne, sur ce sujet, des détails pleins d'intérêt, dans V Histoire de madame de Mnintenon; t. I, p. 433, etc. (Èdit.)

38 HISTOIRE DE FÉlTELOrC.

les négociations qui amenèrent le traité d'Utrecht , en 1713. L'objet et Timpor tance de ces Mémoires demandent que nous exposions ici , en peu de mots, les circonstances qui donnèrent lieu à Fénelon de les rédiger.

A l'époque où il reçut Tordre de quitter la cour, aucun revers éclatant n'avoit encore troublé la longue prospérité de Louis XIV. Des guerres dispendieuses, et un faste peut-être excessif, avoient, à la vérité, contribué à obérer la France. Colbert n'avoit point eu de successeur assez habile pour suppléer, par l'industrie, le commerce, et par les expédients d'un génie inventif, aux contributions que les peuples n'étoient plus en état de supporter. Mais le traité de Ryswick (en 1697) ^^^^'^ f^'**® espérer que la paix alloit rendre à la France tous ces puissants moyens de prospérité qu'elle doit à son heureuse situation. La Providence a daigné la favoriser, en la plaçant sous le ciel le plus propice, et à portée de recueillir tous les avantages que l'intelligence et l'industrie peuvent ajouter aux bienfaits de la nature : heureuse prérogative, qui semble lui appartenir exclusivement, et qui doit avertir tous ceux qui sont appelés à la gouverner, que l'esprit de justice, d'ordre et de modération suffit pour l'élever au plus haut degré de puissance et de bonheur !

On pouvoit s'abandonner avec d'autant plus de confiance à l'espoir consolant que la paix de Rys-

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