‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 110 sur 157 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

« révoquer Tapprobation que nous lui avons donc née dans un autre diocèse. »

Les amis de la paix, et les véritables amis du cardinal de NoallleSy durent sans doute regretter qu'il n'eût pas fait quelques années plus tôt ce qu'il consentoit à faire si tard. Que de chagrins et d'inquiétudes il se seroit épargnés ! de combien de malheurs il auroit préservé la religion, l'Église et l'État, en évitant de prêter, par l'indécision de son caractère, l'autorité de son nom et de ses vertus, à des esprits inquiets qui ne cherchoient qu'à faire prévaloir leurs passions particulières ! Mais on a souvent observé, que ce sont les caractères les plus doux et les plus paisibles, qui se précipitent, sans le vouloir et sans le savoir, au milieu des plus terribles orages, par cette sorte d'indécision, dont il est si difficile de se garantir, lorsque la douceur est trop voisine de la foiblesse.

Cependant on put croire, on dut croire assez généralement, que cette démarche du cardinal de Noailles, qui paroissoit lui avoir tant coûté, puisqu'il Tavoit fait attendre si longtemps, alioit écarter tout prétexte de division; mais ces espérances furent cruellement trompées.

Louis XIV, toujours fidèle aux maximes de l'Église de France, sur la réception des bulles dogmatiques des papes, voulut avoir l'avis des évêques de son royaume, avant d'imprimer la sanction royale à

Assemblée du

dergé pour Tacceptation

de la BuUe.

1713 et 17x4*

38â HISTOIRB DB FilTBLOBr.

la GoDfttitulion Unioenitus; il enjoignit aU)c érêques qui se trouvoient alors à Paris ou à la suite de la cour^ de s'assembler^ pour procéder à Texamen et à l'acceptation de la Bulle.

Cette assemblée, qui commença le 16 octobre 1713^ fut très^nombreuse ; elle étoit composée de deux cardinaux, de neuf archevêques, et de trente*huit cvéques. Louis XIV porta jusqu'au scru* pule toutes les recherches et toutes les attentions, pour convaincre tous les membres de l'assemblée, qu'il ne prétendoit gêner, ni directement, ni indirectement, la liberté des opinions. Il voulut même épuiser tous les moyens de douceur, d'estime et de confiance, pour épargner au cardinal de Noailles ^ tous les embarras de sa position, et le ramener, par un chemin facile et glorieux, à cette unanimité du corps épiscopal, ^ui étoit l'objet de tous ses vœux. Il engagea le cardinal d'Estrées, qui se trouvoit alors le doyen des cardinaux françois, à s'abstenir de paroître à l'assemblée, pour laisser au cardinal de Noailles l'honneur de la présider. Il fit plus ; il consentit qu'on dérogeât à l'usage des assemblées du clergé ; et il permit que les séances se tinssent k l'archevêché, sous les yeux et dans la maison même du cardinal, pour montrer combien on étoit éloigné d'affliger son amour^propre, ou de manquer envers lui aux plus foibles égards. Quelque sujet de më* contentement qu'il eût donné au Roi, quoique les

Page 1