LIVRE HUITJJCME
Une lettre de madame de Maintenon, du !i4 février 1715, à M. Languety curé de Saint-Sutpice , nous fait connoitre jusqu'à quel point Louis XIV avoit porté les égards, les ménagements, la condescendance , et même les supplications ,* pour \ainore l'entêtement de ce prélat. Le curé de Saint-Sulpice s'étoit flatté un moment de l'amener à se réunir de principes et de sentiments à l'Église de France presque entière. Il se proposoit surtout de réveiller dans le cœur du cardinal le souvenir de toutes les anciennes bontés du Roi pour lui, et des obligations infinies qu'il avoit à madame de Maintenôn, pour l'éclairer, puisqu'il en étoit encore temps, sur la honte et le danger d'un schisme auquel il ne craignoil pas d'attacher son nom. Madame de Main tenon répond en ces ter-* mes à M. Languet : a Que pourroit mon intérêt c auprès de M. le cardinal , puisqu'il résiste au Roi « son maître , son bienfaiteur, prévenu d'estime et « d'inclination pour lui ; qui a tout employé pour « le faire revenir^ jusques à ses larmes et à ses « conjurations^ à la mort de nos jeunes princes ? 11 « a résisté à tout, et s'en sait bon gré ; il est sans « cesse encensé là-dessus. Il est certain qu'il abré- « géra les jours du Roi , qui a le cœur serré entre sa (c religion et les droits de son royaume. Dites tout « ce qu'il vous plaira, Monsieur; je ne vous désap- T. IV. a6
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€ ptouvërai pas ; mais je crois que vous parlerez ia- « utilement (f). » I
1 Non content d'employer par lui-même tous les moyens de persuasion à 1 égard du cardinal de IHoailles , Louis XIV chargea le cardinal de Roban et Tëvêque deMeaux (de Bissy)| de joindre leurs efforts aux siens, pour procurer la paix de l'Eglisé. Il Ces deux prélats étoient portés par inclination à seconder les vues du monarque; et le désir de plaire à madame de Maintenon faVorisoit encore leurs dispositions naturelles. Ils se flattèrent assez longtemps de fixer les éternelles yariations du cardinal ; mais, soit indécision de caractère , soit espoir d'un changement prochain , que 1 âge et la décadence de la santé de Louis XIV laissoient assez entrevoir, il échappoit sans cesse à ses propres engagements, et à Tinfluence des sages inspirations de ses amis, de sa famille , et de ses collègues les plus respectables. Sa destinée, tant qu'il vécut, fut d'avancer, de reculer et de varier sans cesse^ jusqu'aux derniers moments de sa vie ; il la finit par accepter cette même Constitution Unigenitus^ qu'il avoit si souvent contredite et rejetée.
(i) Le cardinal de Bausset, dans une note quil aroit placée en cet endroit, et dont nous avons inséré la substance dans le corps du texte ^ nous apprend qu'il avoit transcrit lui-même cette lettre sur l'original qu'on lui avoit confié » eh lui permettant d'en faire usage. (Édit.)