LIVRE HUmÈME
Lorsque les cardinaux de Rohan et de Bissy eurent acquis la triste conviction de l'inutilitë de leurs démarches, ïjouis XIV prit la résolution de &ire usage de tous les moyens que les lois de TÉglise et de l'État mettoient à sa disposition , pour réprimer le scandale d'une résistance aussi publique y et qui n'étoit pas sans danger pour la tranquillité du royaume. 32,
Il On trouve , sur ce sujet , dans la Correspond pifférenu plans dancede Fénelon^ trois Mémoires différents, qu'il lespréiau rédigea vraisemblablement pendant les derniers réfracuin» mois de l'année 1714 (i)- Dans le premier de ces Mémoires Mémoires^ il montre la nécessité de réduire le car* de Féndon dinal de Noailles et les autres prélats réfractaires, à une acceptation pure et simple de la Bulle ^ sans aucun rapport aux explications captieuses qu'ils voudroient donner dans leurs Mandements. Le second Mémoire a pour objet de montrer, que le but de ces prélats, en demandant au Pape d'expliquer sa Constitution, n'est pas réellement, comme ils le prétendent, de sauver la liberté des écoles^ mais de sauver le livre et le système de Jansénius et de Quesnel. Enfin, le troisième Mémoire ^ qu'on peut regarder comme le plus important, examine les
(1) Corresp. de Fénelon ; t. IV, p. 5a7, etc. Voyez, sur le même sujet , plusieurs autres pièces de cette Cùrrespondanccy pendant tai mots d^ septembre et octobre 1714- (P. 5ii, etc., 56t, etc.) (Édit.)
Projet d*uii Concile national g inquiétudes de FéneloD à ce sujet.
4o4 UISTOIRË i>K F^N£LOK.
moyens de rigueur qu^on pourroit employer contre les prélats opposants, dans le cas où ils refuseroient obstinément de mettre fin aux troubles de l'Eglise, par une soumission sincère et absolue. I A cette occasion, Fénelon discute avec soin les avantages et les inconvénients des formes usitées jusqu'alors dans l'Église, pour le jugement des évêques(i). Il rejette d'abord la voie des commissaires du Pape, toujours odieuse à l'Église de France, et qui auroit éprouvé la plus vive opposition de la part des tribunaux du royaume. Celle des conciles proifin^ ciaux étoit plus canonique, et plus analogue à l'esprit des libertés de l'Église gallicane ; mais elle présentoit , par la nature des circonstances , des difficultés presque insurmontables. Fénelon préfère la voie d'un concile national j qui auroit tout à la fois l'avantage de rappeler l'ancienne discipline de l'Église, de concilier tous les droits et toutes les prétentions, de respecter tous les privilèges et tous les intérêts, et d'écarter toutes les objections.
Nous ne savons pas si ce Mémoire fut demandé à Fénelon, de l'aveu du gouvernement, et s'il influa sur sa décision ; il est au moins bien certain que Louis XIV donna la préférence à l'avis qui y étoit indiqué; il envoya même M. Amelot à Rome (a),
(i) Corresp» t. IV, p. 554» clc.
(u) Michel Amelot, marquis de Gournay et baron de BruDclles» naquit, co i655, d'une familie distinguée dans la