‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 121 sur 157 · LIVRE HUITlkME. 4<>S · texte numérisé non relu

LIVRE HUITlkME. 4<>S

pour concerter avec le Pape tous les arrangements nécessaires pour la convocation d'un concile nationul en France. Cette négociation éprouva de longs délais ; et la mort de Louis XIV changea entièrement la face des affaires.

Ce fut dans l'intervalle des négociations entamées avec Rome, au sujet du concile national^ que Fénelon sentit tous les embarras de la position où les circonstances l'avoient placé. Le rang qu'il tenoit dans l'Église de France, l'éclat de sa réputation, le rôle qu'il avoit joué dans les controverses qui dévoient être le principal objet du concile national , ne permettoient pas de douter qu'il ne fût appelé dans une assemblée composée de tous les évéques de France, et qu'il n'y obtînt l'influence que ses vertus et ses talents dévoient lui assurer. Nous avons même des lettres du cardinal de Rohan et de Tcvéque de Meaux (de Bissy), qui attestent toute la confiance qu'ils plaçoient dans le secours de son intervention (i).

magistrature. Il fut chargé, sous Louis XIV, de plusieurs ambassades^ dans lesquelles il montra beaucoup de sagesse et de capacité. Il étoit occupé à suivre^ auprès du saintsiége, la négocdation dont il s*agit ici, lorsque la raort du Roi le fit rappeler à Paris, au mois de septembre 171.'!, avant la concliision de l'affaire dont il étoit chargé. Il mourut à Paris, le ai juin 1724, âgé de soixante-neuf ans. Voyez le Dietionnaire ele Moreriy article Amelot. — Corrcsp, de Fénelon , t. IV, p. 597, etc. 6oa, etc. (Édit.)

(i) Corresp, de Fénelon^ t. IV, p. 484, So3, 5^7, etc.

4q6 histoire dm vivt^LOfi.

Mais moios Féneloo pouvoit se dissimuler à luimême combien sa voix auroit de prépondérance dans le concile national, plus il se sentoit retenu par des motifs de délicatesse et de bienséance, qui lui laissoient une extrême répugnance à prêter son ministère à la dégradation du cardinal de Noailles. Ses longs démêlés avec ce prélat avoient fait un grand éclat dans l'Église , dans la France, dans toute l'Europe ; et il prévoyoit que la haine et l'envie se plairoient à attribuer h la vengeance et à d'anciens ressentiments , l'exercice d'un ministère pénible et rigou-»

reux.

Nous trouvons, dans une lettre queFénelon écri* voit à l'abbé de Beaumont , son neveu, six semaines avant sa mort , une peinture naïve et fidèle des agitations et des anxiétés où le plongeoit ce combat douloureux d'un ministère forcé, avec les sentiments de délicatesse dont une âme comme la sienne ne pouvoit s'affranchir sans de violents efforts (i). « I^ concile national pourra bien man- « quer; mais si on le tenoit, et si j'étois convoqué a selon la règle, comme tous les autres, qu'est-ce a que je devrois faire ? Je serois sensiblement afBigé, a d'être l'un des exécuteurs d'un homme qui m'a tf exécuté autant qu'il Ta pu. Ce personnage auroit « un air de vengeance, et seroit un prétexte de m'ira-

(i) Lettre fie Fenelon à l'abbé de Beaumont^ 26 novembre 17x4. (Corresp, t. II, p. a73.)

ff puter une conduite tr^s-û4ieuse. P'un autre côte, tf je me dois à l'Église daps un si pressant besoin, a Si je croyois que tout allât bien , je serois ravi quç « tout se fit si^ns moi ; inai9 si le concile se trouvpit c dans un grand péril de trouble et de partage , ou c je pusse n'être pas tout à fait inutile y je me )ivrea rois I supposé qu'on me délirât véritablement ; c après quoi je m'en reviendrois ici, par le plus court V chemin. Raisonnez là-dessus, avec le très -petit a nombre de personnes dignes de la plus intime ppnff fiance. Pour moi, je vais bien prier Dieu, »

Il écnvoit y sur le même sujet, à un de ses amis( r ) ; « La plupart des gens peuvent s'imaginer que j'ai ff une joie secrète et maligne de ce qui se pasj$e ; « mais je me croirois un démon , si je goûtois une a joie sf empoisonnée , et si je n'avois pas une véri- « table douleur de ce qui nuit tant à l'Eglise, Je a V0U3 dirai même, par une simplicité de confiance, « ce que d'autres que vous ne croiroient pas facile* % mpnt; c'est que je suis véritablement affligé pour u la personne de M. le cardinal de Noailles, Je me « représente ses peines } je les ressens pour lui ; je « ne me ressouviens du passé, que pour me rappeler « tout^ les bontés dont il m'a honoré pendant tant

(i) Lettre du m mars \']il^^[Corresp. t. IV, p. 44^0 Voye« aussi les Lettres au P, Le Tellier et au cardinal de Rohan^ mai et juillet 1714 (p. 478 et 496) ; et une autre du 94 octobre (p. 519.) (ÉOIT.) '

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(c d'années. Tout le reste est effacé , Dieu merci, tt de mon cœur; rien n'y est altéré; je ne regarde et que la seule main de Dieu, qui a voulu m'humi- « lier par miséricorde. Dieu lui-même est témoin a des sentiments de respect et de zèle qu'il met en ce moi pour ce cardinal. La piété que j'ai vue en « lui, me fait espérer qu'il se vaincra lui-même, «c pour rendre le calme à l'Église , et pour faire « taire tous les ennemis de la religion. Son exem- «c pie ramèneroit d'abord les esprits les plus iado- « ciles et les plus ardents ; ce seroit pour lui une a gloire singulière dans tous les siècles. Je prie tous n les jours pour lui , à l'autel , avec le même zèle 34^ et que j'avois il y a vingt ans. »

Ouvertarei l\ paroît quc plusicurs personnes d'un grand poids,

failcf à FéoeloD, . . ivi* ^ i i • • • «

à ToccuioD smcèrement affligées du schisme qui commencoit a de ce projet; s'établir dans l'Église de France, s'étoient persuade *r!wiisx^v ^^^* qu'aucun évêque n'étoit plus capable que Fék regard nelou de réunir tous les esprits, par la douceur de u preiai. ^^ Caractère, l'influence de ses vertus, et la supériorité de son génie. Elles crurent sans doute entrevoir, qu'il ne seroit pas impossible d'écarter les obstacles qui le tenoient encore éloigné de la cour, et de le placer à la tête d'une négociation dont le succès devoit le combler de gloire, en assurant la paix de l'Église et de l'État; elles imaginèrent en eonséq encede sonder ses dispositions, avant de hasarder des démarches plus décisives.

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