‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 13 sur 157 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

de cette guerre, que nous avons une multitude de lettres et de mémoires entièrement écrits de la main de Fénelon.

Étranger à l'ambition pour lui-même , ce prélat avoit conservé à la cour un intérêt bien cher, dans la personne du jeune prince son élève. Ses relations intimes avec les ducs de Beauvilliers et de Chevreuse , dont le premier étoit ministre d'État , et le second initié au secret des affaires par la con* fiance de son beau-frère, le mettoient à portée d'exercer une influence d'autant plus utile, qu'elle ne pouvoit être inspirée que par les vues les plus pures et les plus désintéressées. D'ailleurs, la Flandre devint le principal théâtre de la guerre; et telle fiit la gloire de Fénelon, que les généraux françois et les généraux ennemis se disputèrent le mérite de lui montrer des égards, une confiance et une considération bien plus flatteurs pour lui dans son exil, que s'il en eût joui à Versailles. Ainsi l'on conçoit que cette partie de la correspondance politique de Fénelon ne doit pas être confondue avec cette foule de mémoires , de plans , de projets, que hasardent.

De Saint-Victor y Tableau de Paris; t. yil^ p. i4o.) On ne peut guère douter que Fénelon n'ait partagé cette idée, si Ton se rappelle le jugement qu'il portoit , quelques années avant la guerre de la succession, sur les guerres entreprises par Louis XIV, depuis celle de la Hollande , en 167a. {Corresp. t. II , p. 335, etc.) (Édit.)

4SI HISTOIBE DE F^fELON.

sur les affaires publiques, des hommes qui n^en con-

noissent pas même les agents et les ressorts. Les seuls

fragments des pièces que nous avons à produire ,

suffiront pour en faire sentir toute l'importance, re-

^2 lativement à cette époque de notre histoire.

Leducd*Anjou 1 Charles II, roi d'Espagne, étant mort le i^' no-

roi (TEs*" vembre 1 700, l'ambassadeur remit au Roi, le 1 1 du

en 1701; inéme mois, une expédition authentique du testa-

e marqu» « ment qui appeloit le duc d'Anjou à succéder au

Lou ville raccom- * * * ^

pagne à Madrid, roi défunt; et, le 16 novembre, le jeune prince fut

déclaré roi d'Espagne. En conséquence de cette déclaration, il fut aussitôt proclamé à Madrid, et quitta la France, le 4 décembre, pour se rendre dans la capitale de l'Espagne , où il fit son entrée solennelle, le i4 avril 1701 (r). Le marquis de Ix>uville, qui étoit auprès de lui depuis dix ans, en qualité de gentilhomme de la manche, et qui avoit, dès le principe^ %^^^ ^ confiance, par la solidité de son esprit, jointe à des manières pleines de fi*anchise et de gaieté , fîit chargé de l'accompagner à Madrid, comme chef de la maison françoise (t^).

1 Le vif intérêt que Fénelon prenoit à l'élévation de son auguste élève et à celle du marquis de Louville, avec qui il avoit longtemps partagé les soins

(i) Mémoires de Dangeau,

{1) Voyez les détails que nous avons donnés^ dans le premier livre de cette Histoire^ sur le marquis de Louville. (Cidessus , 1. 1^, p. 243, etc.) (Édit.)

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de rëducfltion du duc d'Anjou ^ donna lieu k la eoiv raspondance qui s'établit alors entre l'archevêque de Cambrai et l6 marquis de Louville, sur les affaires d'Espagne. On à publié , de nos joui9, une des principales pièces de cette correspondance (f ); c'est une lettre de Fénelon au marquis de Lous^itle^ dans laquelle on trouve tout à la fois un beau développement de la doctrine politique de l'archevêque de Cambrai , et une preuve remarquable de cette supériorité de vues^ qui i'élevoit au-dessus des préjugés nationaux 9 pour donner au jeune prince et à son principal confident les avis les plus convenable^ à leur nouvelle situation. ^3

c \ Sans rien savoir, par aucun canal , dit Féne^ sages avis t Ion, de ce qui peut se passeir dans votre cour, je „ mg°*„^" c vous dirai que vous ne sauriez trop vous borner sur sa conduite « à vos fonctions précises, ni trop vous défier des . .* ^^^ .

r 7 r du jeuDe prince.

« hommes. C'est par excès d'amitié, que je me mêle ff de vous parler ainsi. Rendez voire esprit patient; « défiez-vous de vos premières, et même de vos sec coudes vues ; suspendez votre jugement ; approa fondissez peu à peu. Ne faites de mal à personne,

(i) Lettre de Fénelon au marqidide Lùuf^th, da xo octobre 1701. La plus grande partie d^ cette lettre a été iqsérée dans les 3iém, de Loimlle^ publiés en 1818 par le comte Scipion du Roure. La lettre entière a été publiée en i8aOy dans la Correspondance de Fénelon^ t. II, p. 433* (Édit.)

44 HISTOIRE 0£ FENELON.

(c mais fiez-vous à très-peu de gens. Point de plaitt santerie sur aucun ridicule ; nulle impatience sur « aucun travers; nulle vivacité pour vos préjuges, « contre ceux d'autrui. Embrassez les choses avec « étendue, pour les voir dans leur total, qui est leur ce seul point de vue véritable. Ne dites jamais que « la vérité: mais supprimez-la, toutes les fois que <K vous la diriez inutilement, par humeur ou par exff ces de confiance. Évitez, autant que vous le « pourrez, les ombrages et les jalousies. Si modeste ce que vous puissiez être , vous n'apaiserez jamais « les esprits jaloux. La nation au milieu de laquelle « vous vivez, est ombrageuse à l'infini, et Test avec ce une profondeur impénétrable. Leur esprit natu- « rel, faute de culture, ne peut atteindre aux choses oc solides, et se tourne tout entier à la finesse : precc nez-y garde. Songez aussi à tout ce que vous ce écrivez. ITécrivez que des choses sûres et utiles ; « ne donnez les douteuses que pour douteuses. Écricc vez simplement, et avec une certaine exactitude ce sérieuse et modeste, qui fait plus d'honneur que « les lettres les plus élégantes et les plus grâce cieuses. »

^ Après ces avis généraux , Fénelon rappelle au marquis de Louville, avec l'abandon et la confiance de la plus vertueuse amitié, l'usage qu'il doit faire de la faveur dont il jouit auprès de Philippe Y, et de son ascendant sur l'esprit de ce jeune prince.

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