LIVRE SEPTIÈME
« Proportionnez- VOUS, lui dit-il, au maître que vous c servez. Il est bon, il a le cœur sensible au bien; c son esprit est solide, et se mûrira tous les jours : « mais il est encore bien jeune. Il n'est pas pos« « sible qu'il ne lui reste, malgré toute sa solidité, c certains goûts de cet âge, et même un peu de distr sipation. Il faut l'attendre, et compter que chaque c année lui donnera quelque degré d'application et o quelque autorité. Ne lui dites jamais trop à la fois; « ne lui donnez que ce qu'il vous demandera. Ar- « rètez-vous tout court, dès que vous douterez s'il « en est fatigué. Rien n'est si dangereux , que de a donner plus d'aliment qu'on n'en peut digérer. « Le respect dû au maître, etr son vrai bien qu'on c désire, demandent une délicatesse , un ménage- « ment et une douce insinuation que je prie Dieu « de mettre en vous. S'il vous paroit ne désirer c point vos avis, demeurez dans un respectueux si- « lence, sans diminuer aucune marque de zèle et « d'affection : il ne faut jamais se rebuter. Quaud « même la vivacité de l'âge le feroit passer au delà m de quelque borne, son fonds est bon , sa religion •c est sincère, son courage est grand; et il aimera tou* c jours les honnêtes gens qui désireront son vrai « bien, sans le fatiguer par un zèle indiscret. » ^^
lA ces avis, qui avoient pour objet direct la Règles de eonconduite du marquis de Louville , Fénelon en j^ ™i^"J-, ajoute d'autres, qui s'adressent plus directement mémr.
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à Philippe Y, laissant toutefois au marquis de Louville le soia de les lui rappeler prudemment^ selon les occasions et les circonstances. « Ce que je crains a pour lui^ dit Fënelon, c'est le poison de la flatte- « rici dont les plus sages rois ne se garantissent ce presque jamais. Ce piège est à craindre pour les « bons cœurs. Ils aiment à être approuvés par les a gens de mérite , et les hommes artificieux sont ce toiyours les plus empressés à s'insinuer par des a louanges flatteuses. Dès qu'on est en autorité , <r on ne peut plus se fier à la sincérité d'aucune « louange. Les mauvais princes sont les plus loués, a parc^ que les scélérats , qui connoissent leur vacr nitéy espèrent de les prendre par ce côté foibie. ce On a bien plus à craindre et à espérer auprès ce d'eux, qu'auprès des bons princes, parce qu'ils a sont capables de prodiguer les honneurs et de ce pousser loin la violence. Jamais empereurs ne et furent autant loués que Caligula , Néron , Domi- « tien. Si les meilleurs rois y faisoient bien réa flexion, ces exemples les rendroient timides sur ce les louanges les mieux méritées ; ils craindroient « toujours d'y être trompés, et prendroient le parti ce le plus sûr, qui est de les rejeter toutes. Les vrais ce honnêtes gens admirent peu, et louent même ce avec simplicité et modération les meilleures choses. « Cela est bien sec pour les princes, accoutumés ce aux exclamations, aux applaudissements, à l'en-