LIVRE HUITIÈME
ces paroles : a Je suis fâchée de la mort de M. de « Cambrai ; c'est un amique j'avois perdu par le quié- « tisme. Maison prétend qu'il auroit pu faire du bien « dans le concile, si on pousse les choses jusque-là. » Ce langage, dans une pareille circonstance, et sur la mort d'un ancien ami, paroitra sans doute bien froid, et n'annonce que trop clairement combien madame de Maintenon étoit peu disposée à se sapprocher de Féuelon. Cependant les dernières expressions de sa lettre pourroient expliquer, jusqu'à un certain point, comment Louis XIV a pu dire, en apprenant la mort de l'archevêque de Cambrai : // nous manque bien au besoin. Mais dans cette supposition même, il est bien évident que les regrets de Louis XIV ne portoient que sur l'utilité des services que pouvoit encore rendre Fénelon, dans la crise où se trouvoient alors les affaires de l'Église.
Quoi qu'il en soit, il est bien difficile de croire que madame de Maintenon ait été entièrement indifférente à un événement qui lui rappeloit tant de souvenirs , qui avoient dû laisser des traces si pro» fondes et si durables dans sa pensée. I^a mort de Fénelon devoit au moins renouveler en elle la mé« moire de leurs amis communs, qui venoient de disparoître successivement à ses yeux, et qui avoient longtemps et exclusivement formé la société intime, dans laquelle elle avoit passé les premières années de sa faveur. Un retour involontaire sui elle-même
de Fénelon.
44^ HISTOIRE DE FËNKLOK.
pouvoit en même temps l'avertir, qu^elle approchoit de ce terme redoutable, où toutes les petites passions qui ont agité la vie, paroissent mériter bien peu d'intérêt.
Tesiament Nous croyous devoir rapporter les dispositions les
plus importantes du testament de Fénelon ; elles montrent toute son ame et tous ses principes (i). On y observe sa constante occupation à justifier la pureté de ses intentions, et à constater toute l'étendue de sa soumission sans bornes au jugement prononcé contre son livre. Ce testament porte d'ailleurs un caractère de modestie et de simplicité, qui fait encore mieux connoître l'âme de Fénelon , que tant d'ouvrages qui ont honoré sa mémoire. Ses réflexions sur la modestie qui doit accompagner les funérailles des évêques; ses maximes sur l'emploi des biens ecclésiastiques; la tendre affection avec la* quelle il s'exprime sur l'abbé de Langeron et sur les amis vertueux qui préférèrent la gloire de partager ses malheurs et sa disgrâce, à tous les avantages de la fortune et de l'ambition, ajoutent je ne sais quelle onction à l'intérêt qu'insjj^irent tou* jours les dernières paroles des mourants. C'est la voix de la religion, de la vertu et de l'amitié, qui se
(i) Ce Testament, daté du 5 mai i7o5, est rapporté en entier, dans le dernier tome de la Correspondance de Pêne" ion, p, i39, etc.