LIVRE SEPTIÈME
c /»/ (i) : (c'est Salomon). Rien ne fait tant craindre « un roi, que de le voir égal, ferme, se possédant, c ne précipitant rien, écoutant tout, et ne décidant « jamais qu'après un examen tranquille.
« ^ Si un jeune prince est assez heureux pour « n'avoir ni favori ni maîtresse, et s'il ne croit au- « cun de ses ministres, qu'autant qu'il reconnoît <r devant Dieu que son avis est meilleur que celui « des autres, il sera bientôt craint, révéré et aimé, c II doit être fort attentif aux bonnes raisons d'un a chacun ; mais il ne doit jamais se laisser décider, « ni par la qualité des personnes , ni par certains m tons décisifs qui imposent. Il doit accoutumer « les premières personnes à proposer simplement a leurs pensées, et à attendre en silence sa résolution. « Cet ascendant sur ceux qui l'approchent est le cr point capital ; mais il ne peut le prendre tout à a coup. Un jeune roi, quoiqu'il ne soit pas moins c roi et maître qu'un autre plus âgé, ne peut avoir a la même autorité sur les hommes. Par exemple, « le Roi Catholique sera fort heureux^ s'il peut, dans c quarante ans, se faire obéir comme le Roi notre « maître est maintenant obéi dans tout son royaume. <r Un jeune roi qui arrive dans un royaume où il a est étranger, et d'une nation que l'espagnole rec gardoit comme ennemie, doit se faire à la nation,
(i) lIIReg.m,%S.
5o HISTOIRE DE F^NELON.
« se plier aux coutumes, s'accommoder aux préju- « gësy surtout s'instruire des lois du pays, et les ff garder religieusement. A mesure que son applica- <K tion et son expérience croîtront y il verra croître « aussi son autorité. D'abord il doit se ménager, et « n'entreprendre que les choses d'une nécessité ab- « solue. Ce qu'il est impossible de redresser au- « jourd'hui, se redressera dans dix ans, peu à peu « et presque de soi-même. Qu'il écoute facilement ; « mais qu'il ne croie que sur des preuves claires. « Qu'on ne gagne jamais rien, ni à lui parler le « premier, ni à lut parler le dernier. Le premier et « le dernier parlant doivent être égaux; c'est le fond c des raisons qui doit décider. Qu'il étudie les a hommes; qu'il ne se fie jamais aux flatteurs; qu'il « examine les talents de chacun; que les bonnes o qualités d'un homme ne lui fassent jamais perdre « de vue ses défauts; qu'il craigne de s'engouer. € Chaque homme a ses défauts; dès qu'on n'en voit « pas dans un homme, on le connoit mal, et on ne fc doit plus se croire. La grande fonction d'un roi est <K de savoir choisir les hommes, les placer, les ré- « gler, les redresser. Il gouverne assez, quand il fait <x bien gouverner par ses subalternes.
« 1 Si le Roi doit tant prendre sur lui, être si « modéré, si appliqué, que ne doivent pas faire ceux a qui ont l'honneur d'être auprès de lui! Je prie « Dieu tous les jours pour Sa Majesté^ et aussi
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c pour vous, Monsieur, qu^ j'aime et que j'honore € du fond de mon cc&ur.
« 1 J'oubliois de vous dire, que personne n est a plus persuade que moi, que le Roi Catholique est c né avec une par&ite valeur, et même avec de « grands sentiments d'honneur en toutes choses. « J'en ai vu des marques dès sa plus tendre enfance, or J'avoue que c'est un grand point à un roi, que a d'être intrépide à la guerre. Mais le courage de a la guerre est bien moins d'usage à un si grand « prince, que le courage des affaires. Quand se « trouvera-t-il au milieu d'un combat? Peut-être a jamais. Il sera au contraire tous les jours aux « prises avec les autres et avec lui-même, au milieu c de sa cour. Il lui faut un courage à toute épreuve, « contre un ministre artificieux , contre un favori « indiscret, contre une femme qui voudra être sa « maîtresse. Il lui faut du courage contre les flata teurs, contre les plaisirs, contre les amusements (c qui le jetteroient dans l'inapplication. Il faut qu'il c soit courageux dans le travail, dans le mécompte, « dans le mauvais succès. Il faut du courage contre « l'importunité , pour savoir refuser sans rudesse c et sans impatience. Le courage de guerre, qui « est plus brillant, est infiniment inférieur à ce «c courage de toute la vie et de toutes les heures. « C'est celui-là qui donne la véritable autorité, qui « prépare les grands succès, qui surmonte les
5a HISTOIRE DE FENELON.
ce grands obstacles, et qui mérite la véritable gloire, ce François V^ étoit un héros dans une bataille; ce mais c'étoit la foiblesse nicme entre ses maîtresses cr et ses favoris. Il dépensoit honteusement dans sa a cour, toute la gloire qu'il avoit gagnée h Marice gnan. Aussi tout alloit de travers, et rien ne réuscc sissoit. Charles, dit le Sage, ne pouvoit allerà la cr guerre à cause de ses infirmités; mais sa bonne et « forte tête régloit la guerre même : il étoit supécc rieur à ses ministres et à ses généraux. Le Roi ce notre maître s'est acquis plus d'estime par sa fercr meté pour régler les finances, pour discipliner les cr troupes, pour réprimer les abus, et par les ordres ce qu'il a donnés pour la guerre, que par sa préa sencedans plusieurs sièges périlleux. Son courage ce patient à Namur, y fît plus que la valeur même cr de ses troupes.
cr 1 Dites toutes ces choses , Monsieur, comme et vous le jugerez à propos. Je vous les donne telles et que je les pense. Vous saurez les accommoder au a besoin ; et je ne doute point que vous n'ayez par* ce faitement à cœur la réputation et le bonheur du cr roi auquel vous êtes attaché. Pour moi, je souhaite ce ardemment qu'il soit un grand roi et un vrai et saint, digne descendant de saint Louis (!)• »
(i) A Tappui des sages avis que Féoelon donne ici à Philippe V, par l'entremise du marquis de Lou ville , on lira avec intérêt un Mémoire de Tabbé Fleury, sur les faits dont H est