‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 18 sur 157 · LIVRE SKPTlàMS · texte numérisé non relu

LIVRE SKPTlàMS

nation espagnole , de ne jamais consentir au plus foible démembrement de la succession que son petit-fils venoit de recueillir; mais il désire que Louis XIV commence par convaincre toutes les puissances de l'Europe, qu'il n'a aucune vue per* sonnelle d'agrandissement pour la France. Cette opinion, une fois bien établie, donnera au cabinet de Versailles plus de force et de moyens , pour repousser toutes les propositions qui auroient pour objet de le faire consentir au sacrifice de quelques parties de la monarchie d'Espagne^ en iaveur de toute autre puissance.

IJ expose ensuite l'état où se trouvoit alors la France, et les motifs qui pouvoient fonder les espérances de ses ennemis. Us se flattoientque la France, épuisée par les guerres précédentes, ne vouloit plus la guerre ; que le repos et la paix lui étoient abso-lument nécessaires ; que , forcée de porter ses armées loin de ses frontières , elle achèveroit de s'épuiser de troupes et d'argent ; que les peuples des Pays-Bas et du Milanez , accoutumés à la mollesse du gouvernement espagnol, se familiariseroient difficilement avec les formes rapides et absolues du gouvernement françois; que la France, obligée de défendre un corps mort, comme l'Espagne Tétoit alors, seroit accablée de l'excès de ses propres efforts^ et de l'inertie de la masse qu'elle s'étoit chargée de soutenir ; que, plus Philippe V se montreroit docile aux inspirations du

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Roi son aïeuly moins les Espagnols j jaloux et ombrageux, consentiroient à se laisser gouverner par le cabinet de Versailles.

Potir parera tous ces inconvënientSy quin'étoient que trop réels et trop sensibles, Fénelon propose :

i^ De désintéresser entièrement les Hollandois, qui n'avoient d'autres sujets d'inquiétude, ni d'autre motif pour entrer dans une alliance contre la France, que la crainte de la voir se mettre en possession des Pays-Bas espagnols. Il montre jusqu'à quel degré de puissance les HoUandois s'ëtoient élevés par leur commerce et leurs richesses, qui les mettoient en état de solder tous les ennemis de la France ; il fait voir comment la liberté de l'Europe paroissoit attachée à l'indépendance de la Hollande : indépendance dont elle ne pourroit plus être assurée, si la France prétendoit s'emparer des Pays- Bas espagnols, malgré toutes les assurances qu'elle a voit données.

a^ Il recommande de ne point exciter la jalousie des Espagnols, en affectant de les gouverner comme des enfants. Ce seroit les décourager et les irriter; ce seroit offrir au roi Guillaume un prétexte plausible de prétendre que la France et FEspagne étoient réunies dans les mêmes mains. Il fait une peinture effrayante, et même un peu exagérée , des dangers qui pouvoient résulter, pour Philippe V et sa famille, de cette démangeaison défaire gouverner

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les Espagnols par des François. 11 montre que le parti le plus généreux, comme le plus sur, est de se concilier leur affection, et d'éviter de les humilier, en leur donnant , comme on Tavoit déjà fait , des ministres et des généraux françois, et jusqu'à une dame d'honneur françoise. L'événement fit voir, dans la suite , combien on anroit prévenu de malheurs et d'embarras, si l'on se fût bien pénétré à Versailles de toute la sagesse de ce conseil. Fénelon ajoute, qu'on doit s'attacher à établir, entre la France et l'Espagne, un concert fondé sur la confiance, sur les égards mutuels , sur la conviction de l'intérêt des deux pays ; qu'on doit surtout être attentif à ne point laisser apercevoir aux Espagnols ces défauts de caractère si communs aux François , et qui les rendent insupportables aux étrangers.

y Fénelon blâme la précipitation avec laquelle on a rappelé de Hollande le comte d'Avaux, qui y remplissoit les fonctions d'ambassadeur extraordi* naire (i) ; il fait sentir toutes les conséquences de

(i} Jean-Antoioe de Mesmes, comte d'Avaux, étoit né en 1640, d'une famille célèbre dans la robe. Il fut chargé, sous Louis XIY, de différentes ambassades, dans lesquelles il montra autant de talent que de zèle et de probité. 11 étoit, pour la seconde fois , ambassadeur en Hollande , à 1 époque de la çuerre de la succession , qui le fit rappeler en France. n mourut à Paris, en 1709, âgé de soixante-neuf ans. On a de lui divers ouvrages, relatifs aux ambassades et négocia* tions dont il a été chargé. Voyez le Dictionnaire de Moréri,

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cette fausse mesure ^ qui laissoit aux ennemis de la France une entière liberté de s'emparer des résolutions de la Hollande, et de les diriger au gré de leur passion et de leur intérêt.

4^ Il propose d'employer toutes les forces de la France, à empêcher que les Impériaux ne s'établissent en Italie, dans le Milanez. Il croit que c'est le seul point où l'on puisse faire la guerre avec vigueur et succès , sans alarmer la jalousie de l'Angleterre et de la Hollande ; que ce seroit le moyen le plus sûr de convaincre ces deux nations, que la France n'a aucun projet d'agrandissement, et qu'elle est fort éloignée de menacer l'indépendance des Hollandois ; que ces deux nations étant ainsi rassurées contre l'ambition de la France, et n'ayant d'autre intérêt que celui de leur commerce, qui est toujours compromis par la guerre, seroient moins disposées à seconder la haine et la politique du roi Guillaume ; que la santé de ce prince étant alors assez chancelante, on devoit désirer que, s'il venoit à mourir, l'Angleterre et la Hollande ne fussent pas encore engagées dans une alliance avec la maison d'Autriche.

£n6n, il recommande de chercher à s'assurer de la neutralité des princes d'Allemagne, par toutes sortes de moyens, et même par des subsides trèsart. Mesmesj p. t^^'] . '^ Biograph, unh, art. Avaux, — Mém, de Saint-Simon; t. XII , p. aoo, etc. (Édit.)

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abondants; de n'entretenir en Allemagne qu'un corps de troupes pour soutenir les princes neutres , et pour observer les mouvements de l'Empereur. Il rappelle qu'en donnant ces subsides, il faut éviter, autant qu'on le pourra , les grands inconvénients qui peuvent en résulter, tels que de favoriser un prodigieux écoulement de numéraire hors de la France, d'engager les princes que l'on soudoie à désirer la prolongation de la guerre, et d'inspirer à ceux que l'on ne soudoie pas la pensée de se rendre nécessaires, en menaçant de se ranger du côté des ennemis. Pour échapper à ces inconvénients , il invite le ministère à n'accorder de subsides qu'aux plus puissants, et à n'en accorder qu'autant que l'utilité ou la nécessité en sera clairement démontrée.

D'après ces premières vues générales, Fénelon croit que, pour commencer à bien établir dans l'Europe l'opinion de la politique désintéressée de la France, il faudroit que les troupes françoises évacuassent les Pays-Bas espagnols, et que le roi d'Espagne en confiât la garde à des troupes wallones ( i ) ou suisses, qui seroient directement aux ordres de Philippe y, et que Louis XlVsoudoieroit en secret; c{ue la France pourroit faire cette offre, à condition que la Hollande s'engageroit de son côté à n'entrer

(i) On nommoit Jf^alîonsy les habitants de cette partie des Pays-Bas y où Ton parloit l'ancien François, dit Wallon, Ce pays avoit la réputation de fournir d'excellents soldats. (Éoit.)

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dans aucune ligue avec TEmpereur ; mais qu'il ne faudroit présenter cette proposition que d*Hne manière digne y convenable , et qui ne parût pas une rétractation de la faute qu'on avoit commise, en rappelant le comte d'Avaux; que quand même cette offre ne seroit pas acceptée , il n'en faudroit pas moins s'occuper à rappeler, dans les Pays-Bas françois, les troupes du Roi qui sont dans les Pays- Bas espagnols ; qu'il en résulteroit deux avantages : le premier, de rétablir un peu de vie et de commerce dans la Flandre françoise ; et le second , de rassurer les HoUandois , en cessant de les alarmer par cet amas immense de soldats, d'officiers généraux, de munitions, et par des constructions qui coûtoient des sommes incalculables ; qu'on pourroit aussi achever de gagner les HoUandois, en leur faisant proposer par le roi d'Espagne l'échange de la Gueldre espagnole contre Maëstricht ou telle autre place ; que ce ne seroit point là un démembrement, mais un simple échange.

Fénelon observoit avec raison , que jusqu'alors on avoit fait trop ou trop peu ; qu'il falloit d'abord accabler les HoUandois, ou ne pas leur inspirer de la méfiance. Il revenoit à prouver que c'étoit principalement à la guerre d'Italie qu'on devoit s'attacher, pour chasser les Impériaux du Milanez, les obliger à rentrer en Allemagne , et replacer ainsi le théâtre de la guerre chez les ennemis eux-mêmes.

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