LIVRE SEPTI^.ME
c ne faut point qu'il descenfle dans les détails ; on V l'accuseroit de tomber, par scrupule^ dan» la rigic dite et la minutie; il faut même qu'il tourne ses « oi*dres du cote de la discipline militaire, qui a « besoin de cette fermeté.
« Il faut qu'il n'effarouche point M. le maréchal « de ViUeroy (1), qui est homme de représentation, « de plaisir et de société, il peut lui témoigner de « l'estime, de l'amitié, et même de la confiance et « du goût ; par là il l'apprivoisera avec sa piété gaie ce et sociable, et il l'engagera à apprivoiser aussi le « public, ou ce maréchal sera cru.
« Enfin, je vous conjure de n'oublier rien , pour « faire en sorte que notre jeune prince ménage sa « santé; qu'il s'épargne à l'armée toutes les fatigues « inutiles; qu'il dorme, qu'il mange bien; et qu'il « marche toujours en présence de Dieu, avec la paix « d'une bonne conscience. »
Tels sont les détails touchants, dans lesquels Fénelon ne craignoit pas de descendre, pour environner le duc de Bourgogne de cette bienveillance universelle que trop de princes négligent souvent de rechercher, parce qu'ils sont aussi indifférents à la gloire de la mériter qu'à la douceur de l'obtenir.
Le duc de Bourgogne se montra fidèle aux con-
(i) On croyoît alors que le maréchal de Yilleroy seroit employé à l'armée d*Allemagne avec le duc de Bourgogne ; mais ce fut le maréchal de Tallard.
8o HISTOIRE DE FÉNELON.
seils de Fénelon ; et l'afTection de son armée en fut
la récompense. C'est un témoignage que lui a
rendu lliomme le plus sévère dans ses jugements.
a M. le duc de Bourgogne, écrit le duc de Saint-
a Simon, s'acquit beaucoup d'honneur pendant sa
« campagne d'Allemagne, par son application , son
a assiduité aux travaux ; avec une valeur simple et
f< naturelle, qui n'affectoit rien, qui alloit partout
« où il convenoit, sans s'apercevoir du danger.... La
ff libéralité , le soin des blessés, l'afTabillté, lui ac-
a quirent les cœurs de toute l'armée. Il la quitta à
<c regret , sur les ordres réitérés du Roi , pour re-
« tourner à la cour, où il arriva le 2a septembre à
24 ce Fontainebleau (i)-»
Le prince C'est à la suîte de la prise du Yieux-Brisach,
Tpéndo*^^* que nous placerons une lettre remarquable du duc
de son état inié- de Bourgogne à Fénelon. Elle fera voir jusqu'à
quel point ces mêmes principes de religion, qui lui inspiroient tant d'indulgence et de bonté pour les autres, le rendoient sévère pour lui-même. C'est au moment où il arrivoit de cette campagne d'Allemagne, où il avoit mérité et obtenu de justes éloges; c'est au moment où il étoit reçu par le Roi son grand-père avec la plus tendre affection, et où toute la cour, à l'exemple du monarque, s'empressoit de l'accabler d'une admiration peut-être exa-
(i) Mémoires; f. VII, p. 89.
rieur.