LIVRE SEPTIÈME
non. Fénelon en fut instruit, et écrivit au duc de Cbevreuse (i) : « On dit qu'au lieu d'être attaché à « madame la duchesse de Bourgogne, par raison, « par estime, par vertu, et par fidélité à la religion, « il paroit l'être par passion , par foiblesse et par ft entêtement, en sorte qu'il fait mal ce -qui est bien « en soi. Voilà ce que j'entends dire à divers gens; « je ne sais ce qui en est, et je souhaite de tout mon « cœur que tout ceci soit faux ; mais je crois dea voir vous le confier en secret. ... Le soin que le « bon duc (de Beauvilliers) a de le cultiver, ne a vous dispense nullement d'ajouter vos soins aux a siens. Si vous agissez de concert , vous pourrez c tour à tour insinuer tout ce que vous verrez de a convenable. On s'use moins, en se relayant pour « dire la vérité. »
Fénelon écrivit directement au duc de Beauvilr* liers, une lettre qu'il pouvoit sans affectation mettre sous les yeux du duc de Bourgogne pour l'éclairer sur les dangers de l'espèce d'ivresse avec laquelle il s'abandonnoit à une passion même légitime ; et ses avis sont exprimés avec la réserve qui convenoit à un homme de son état^ sur pareille matière, a II faut c tâcher de modérer la passion du jeune prince « pour madame la duchesse de Bourgogne , mais a en lui représentant ce que Dieu demande dans
(i) Lettre du \$ février 1711, (Corresp. 1. 1, p. 43o.)
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« les amitiés les plus lëgitimes , ce qui est néces* « saire pour sa santé, son repos^ sa réputation^ « enfin ce qui est utile à la princesse même, qui est (X encore si jeune (i). »
Sur la dévotion Mais les instructions détaillées que Fénelon charexagérée MQÎt le duc de Beauvilliers de transmettre au
qu on lui tt' ^
prochoit. duc de Bourgoguc sur un objet encore plus important^ méritent une attention particulière. On jugera si les principes religieux qu'il lui avoit inculqués^ et les règles de conduite qu'il lui avoit prescrites , n'étoient pas aussi éclairés que raisonnables, et s'il est possible d'y apercevoir la plus légère empreinte de ces prétendues minuties^ et de cette dévotion exagérée, qu'on attribuoit à l'éducation qu'il avoit reçue.
« J'entends dire que M. le duc de Bourgogne a augmente ses pratiques de piété (a). C'est pour « moi un grand sujet de joie , de voir la grâce doa miner dans son cœur. Que ne peut-on pas espérer, « puisque le désir de plaire à Dieu surmonte en « lui les passions de la jeunesse, et l'enchantement «( du siècle corrompu? Je rends grâces à Dieu, de ce tf qu'il lui a donné ce courage pour ne rougir point « de l'Évangile. Il est essentiel qu'un prince de son a rang fasse publiquement des œuvres qui excitent
(i) Ce fragment fait partie d'une lettre inédite dont nous avons parlé ci-dessus, p. 84» note i. (Édit.) (a) Voyei ct-dessus la note de la p. 78.)
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« 1m hommea à glorifier U Dieu qu'ils adorent. « Mais on prétend que M. le duc de Bourgogne c va au delà des couvres nécessaires pour éviter « tout scandale^ et pour vivre avec i*égularité en « chrétien. On est alarmé de sa séuénié contre a certains plaisirs ; on s^ imagine même qu'il veut « criOçuer les autres^ et les former sehn ses vues c scrupuleuses. On raconte qu'il a voulu obliger « madame la duchesse de Bourgogne à fiiire le ca» « réme comme lui , et à se priver de même, peuc dant ce temps, de tous les spectacles. On ajoute a quHl commence à retrancher son jeu, et qu'il « est presque toujours renfermé tout seul. Enfin, a on prétend qu'il a refusé à Monseigneuf'j de le « suivre à l'Opéra pendant le carême.
9 En écoutant de tels discours, j'ai compté sur « l'exagération du monde , qui ne peut souffrir c la règle, qui la craint encore plus dans les grands m que dans les particuliers , parce qu'elle y tire a plus à conséquence. On y appelle souvent exces^ « sif en piété , ce qui est à peine suffisant ; mais m je craindrois , d'un autre cdté^ que ce prince ne « se tournât un peu trop aux pratiques extérieures^ fc qui ne sont pas d'une absolue nécessité. Voici a mes pensées que je vous propose, sans les donner c pour bonnes.
« I? Je crois que M* le duc de Bourgogne ne « devroit paft gêner madame la ducheêse de BoUr*
ga HISTOIRE DE FENELOIT.
a gogne; qu'il se contente de laisser décider son «c médecin, sur la manière dont elle doit faire le cacc reme. Il est bon de renvoyer ainsi toutes choses « aux gens qui ont caractère et autorité pour déci- « der. On décharge sa conscience , on satisfait à la c bienséance^ on évite l'inconvénient de passer pour « rigide réformateur de son prochain. Si ce prince (c veut inspirer de la piété à la princesse , il doit la « lui rendre douce et aimable ; écarter tout ce qui a est épineux, lui faire sentir en sa personne le prix « et la douceur de la vertu simple et sans apprêt, lui a montrer de la gaieté et de la complaisance dans a toutes les choses qui ne relâchent rien dans le a fond, enfin se proportionner à elle, et l'attendre ; a il faut seulement prendre garde de tomber, en oc tendant la main à autrui.
K a^ Il ne doit donner au public de spectacle sur a la piété, que dans les occasions de devoir, où la a règle souffriroit, s'il ne la suivoit pas aux yeux a du monde. Par exemple, il doit être modeste et « recueilli à la messe, faire librement ses dévotions « toutes les fois qu'il lui convient de les faire pour a son avancement spirituel , s'abstenir de toute (c moquerie, de toute conversation libre, imposer « silence là-dessus aux inférieurs, par son sérieux , « par sa retenue; tout cela lui donnera beaucoup ce d'autorité. Mais quand il fait ses dévotions hors « des grands jours , il peut choisir les heures et