‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 28 sur 157 · LIVRE SEPTIÈME. qS · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. qS

« les lieux qui dérobent le plus cette action aux « yeux des courtisans. Du reste, il ne doit jamais Il donner aucune démonstration de ses sentiments ; « on les sait assez. La seule régularité pour les dec voirs généraux , et sa retenue à Tégard du mal , « décideront suffisamment pour l'édification néa cessaire.

a y II doit, si je ne me trompe (i), s'accommo* « der à l'inclination de Monseigneur^ pour les choses « qu il peut faire sans pécher. SI les spectacles c étoient tels en eux-mêmes, que personne ne pût a jamais y assister sans offenser Dieu, il ne faudroit « jamais y aller, non plus au carnaval que pendant « le carême ou la semaine sainte. Il est vrai qu'il est c très-convenable que ce prince se propose de n'y c aller pas, au moins pendant les temps consacrés à « la pénitence et à la prière; mais la complai'^ « sance bien placée est une aimable vertu ; et si « elle sort quelquefois de la lettre de la règle ^ « c^est pour en mieux suit^re V esprit. N^ aller point « aux spectacles de son propre mouvement pen^ « dont le carême , et y aller en même temps pour « plaire à Monseigneur^ quand il le propose j dest « le parti qui me semble le plus à propos. »

Fénelon apportoit un intérêt si suivi à tous les sar quelques détails de la conduite d'un prince auquel tant de ■"*'** <*«'«wi«

«lu jeune prince.

{i) yie de Fénelon^ par le P. de Querbeaf.

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craintes et d'espérances ëtoient attachées, qu'il 9'^^ prime quelquefois avec une extrême sévérité, sur les imperfections qui déparoient cet admirable ouvrage de sa tendresse et de ses ^oins. Plus il savoit que le duc de Bourgogne avoit de grandeur et d'élévation dans l'âme et la caractère ^ plus il étoit blessé des légères taches qui offusquoient l'éclat de tant de vertus.

a I^ P. P. (le petit prince) raisonne trop, et fait « trop peu, écrivoit Fénelon au duc deChevreuse( 1 ); « ses occupations les plus solides se bornent à des oc- « cupations vagues, et à des résolutions stériles. Il « faut voir les hommes, les étudier, les entreteniri « sans se livrer à eux; apprendre k parler avec « force, et acquérir une autorité douce. Les amu- « sements puérils rapetissent l'esprit, affoiblissent le (ccœur, avilissent l'homme^ et sont contnûres à « l'ordre de Dieu ....

« Je suis ravi de ce que vous êtes content du « P. P. (a). Pour moi, je ne le serai point, jusqu'à <K ce que je le sache libre, ferme, et en possession de « parler avec une force douce et respectueuse.., a Autrement, il demeurera avili, comme un homme a qui a encore, daxis un âge de maturité , m^ foi- « blesse puérile .....

(i) LetUre du 5 janvier 1711. (Corresp, 1. 1, p. 4^40 (a) Lettre du 3 jwUet niQ. {Ibid, p. 39s.)

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c S'il ne «eat pas le besoiu de devenir ferme et a nerveux y il ne fera aucun véritable progrès : il est temps d*être homme (â). La vie du pays où il est, est une vie de mollesse, d'indolence 9 de timidité et d'amusement. Il ne sera jamais si subordonne au Roi et à AfonseigneiWj que quand il leur fera sentir un homme mûr, appliqué, ferme, touché de leurs véritables intérêts , et propre à les soutenir par la sagesse de ses conseils , et par la vigueur de sa conduite. Qu'il soit de plus en plus petit sous la main de Dieu, mais grand aux yeux des hommes; c'est à lui à ùàve aimer, craindre et respecter la vertu jointe à l'autorité... Ah f je donnerois ma vie comme une goutte d'eau, pour le Boî, pour la maison royale, pour notre jeune prince , qui est pour moi le inonde entier (a). « .

« J'oubliois de vous dire (3), qu'un homme venu de Versailles m'a dit, qu'on prétend que M. le duc de Bourgogne a dit à quelqu'un qui l'a redit à d'autres, que ce que la France souffre maintenant vient de Dieu, qui veut nous faire expier nos £uites passées. Si ce prince a parlé ainsi , il n'a pas assez ménagé la réputation du Boi ; on

{i) Lettre du 8 juilkt 27x0. (Co/rrip. Ll, p. 385.) (2} Lettre du 3 mai 1710. {2bid, p. 370.) (3) Lettre du 7 avril 1710. {Ibid, p. 36a.)

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« est blessé d'une dévotion qui se tourne à critiquer « son grand-père. »

En lisant ces lettres , on a peine à croire que Fénelon fût obligé de prendre les précautions les plus recherchées, pour faire parvenir au duc de Bourgogne des conseils si raisonnables. Tandis qu'il ne parloit à ce prince que le langage de l'austère vérité; qu'il lui recommandoit sans cesse la plus religieuse soumission pour le Roi, et une attention constante à lui plaire ; tandis qu'il évitoit avec un soin minutieux, de l'entretenir des affaires publiques, des intrigues de la cour, des opérations des ministres, et des injustices de madame de Maintenon à son égard ; il étoit obligé de voiler des ombres du mystère cette vertueuse correspondance, comme si on y eût traité d'une conspiration contre TÉtat. On a déjà pu observer l'extrême circonspection avec laquelle le duc de Bourgogne s'étoit peimis d'écrire à Fénelon y dans des occasions très-rares, et en profitant des facilités que ses voyages à l'armée lui avoient présentées ; on peut même se rappeler l'attention inquiète avec laquelle le jeune prince lui recommandoit de ne laisser jamais transpirer le secret de ses lettres : tant il étoit convaincu de la prévention du Roi son aïeul contre l'archevêque de Cambrai, et que le plus grand de tous les torts dont il pût se rendre coupable à ses yeux^ seroit de paroi tre regretter sa présence et ses conseils. Mais

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