L1VR£ SEPTIÈME
nous trouvons dans une lettre du duc de Cbevreuse, une preuve encore plus étonnante y s'il est possible, de l'excès de méfiance qu'on étoit parvenu à inspirer à un Roi, d'ailleurs si recommandable à tant de titres. Le duc de Chevreuse, revenant d'un voyage de Cbaulnes, où il avoit vu l'archevêque de Cambrai, fut plusieurs jours à la cour, sans oser se présenter devant le duc de Bourgogne, dans la crainte qu'on ne le soupçonnât d'avoir apporté à ce prince des lettres , ou des instructions de Féne-
Le duc de Bourgogne ne fut point employé dans Eut de b France les armées depuis 1703 jusqu'à 1708; car il est ^oWe procédé inutile de parler d'un voyage qu'il fit en 1 707, pour de Fénelon délivrer Toulon, assiégé par le duc de Savoie, son ^^^ ^^w beau -père. Le duc de Savoie avoit déjà levé le siège et repassé le Yar, lorsque le duc de Bourgogne arriva en Provence.
Ce fut dans ces temps critiques, que la Providence offrit à Fénelon une vengeance noble et éclatante des procédés peu estimables de l'évêque de Saint-Omer. L'état déplorable de la France en 1 708, les revers de ses armées, la pénurie absolue d'ar* gent, n'avoient pas laissé au gouvernement la possibilité d'acquitter la solde de la garnison de Saint-
(i) Lettre du duc de Chepreuse à Fénelon , du 1*' décembre 1709. (Corrvsp, t. I, p. 309.)
Orner, avec l'exactitude et la régularité nécessaires au maintien de la discipline militaire. Le mécontentement entraîna cette garnison à des actes (l'insubordination et de licence de la nature la plus inquiétante, dans un temps où le Ilainaut, la Flandre et l'Artois se trouvoient ouverts auK armées victorieuses des ennemis. 11 paroît que l'évêque de SaintrOmer, qui, dans la vue de flatter la cour et les ennemis de Fénelon, avoit autrefois montré un zèle si indécent pour aggraver les malheurs et la condamnation de l'archevêque de Cambrai (i), étoit pesté témoin passif des mouvements séditieux qui agitoient sa ville épiscopale. 11 avoit oublié que les évéques ont aussi leurs jours de bataille j et qu'il est des circonstances où ils doivent sacrifier leurs bi^ns, et même leur vie, pour préserver leur peuple d'un grand malheur ou d'un grand attentat. Il ne fut pas assez heureux pour sentir qu'il eût été plus glorieux pour lui de ramener des mutins à leur devoir par un acte de générosité, que de censurer avec aussi peu de bonne foi que d'équité, les expressions édifiantes du Mandement de son métropolitain. L'archevêque de Cambrai fit pour la ville de Saii)t*-Omer, ce que l'évêque de Saint-Omer n'avoit point fait, et ce qu'il auroit dû faire. Justement alarmé du sort d'une ville si importante, il ne perdit
(i) Voyez ci-dessus , t. Il, p. 38o^ etc.