LITRE SEPTIEME. I
Vendôme étoit le personnage le plus actif et le plus distingue de la cour du Dauphin^ par son rang, ses grands talents ^ el ses succès ; et sa vaste ambition lui présageoil une autorité sans bornes dans l'avenir, s'il parvenoit à aigrir encore plus le père contre le fils , et à écraser celui*ci dans l'opinion publique. A ces motifs d'intérêt et d'ambition ^ se réunissoient des ressentiments personnels, qui irritoient le dépit du duc de Vendôme. La duchesse de Bourgogne n'avoit point ignoré la manière peu mesurée et trop publique^ dont il s'étoit souvent exprimé sur le duc de Savoie son père, et elle en avoit témoigné son mécontentement. Enfin ^ la licence honteuse et • révoltante des mœurs du duc de Vendôme, formoit un contraste choquant avec les principes vertueux du duc de Bourgogne; il ne pouvoit se dissimuler l'opinion du jeune prince à son égard; et un mépris trop mérité étoit pour lui une insupportable injure.
Telles étoient les dispositions du duc de Vendôme, lorsque le duc de Bourgogne arriva à l'armée de Flandre. On put s'apercevoir, dès les premiers moments^ par la hauteur insultante avec laquelle il donnoit des ordres au jeune prince^ plutôt quil n'en recevoit , qu'il étoit impossible de voir régner entre eux cette harmonie si nécessaire pour assurer le succès de la campagne. On sent aussi qu'il diii
108 HISTOIRE DE FÉHELON.
se former dès lors autour des deux chefs, des groupes
divers de courtisans et d'adulateurs, plus occupes
à se combattre mutuellement^ qu'à combattre les
ennemis. Cependant le début de la campagne fut
assez heureux ; et la surprise de Gand, capitale de
la Flandre espagnole, donnoit des espérances qui
31 furent cruellement trompées.
Le prince an- Le jour même où le duc de Bourgogne avoit
nonce e proje -^^ Versailles pour se rendre à l'armée , il s'étoit
de voir procnai- ^ r f
nementFénelon; arrêté un moment à Senlis, pour envoyer un cour-
" r'w"***^^ ^^^^ ^ Fénelon , et le prévenir de son passage à Camde renoncer brai; il lui mandoit(i) : « Je suis ravi, mon cher a ce projei. ^ ^ archevêquc , que la campagne que je vais faire en a Flandre, me donne lieu de vous embrasser, et de a vous renouveler moi-même les assurances de la tena dre amitié que je conserverai pour vous toute ma (c vie. S'il m'avoit été possible, je me serois fait un « vrai plaisir d'aller coucher chez vous; mais vous « suivez quil y a des raisons qui m obligent ii a garder des mesures ; et je crois que vous ne a vous en formaliserez point. Je serai demain à a Cambrai, sur les neuf heures; j'y mangerai un a morceau à la poste , et je monterai ensuite à «( cheval pour me rendre à Valenciennes. f espère
(i) Lettre du duc de Bourgogne hFénelon , x5 mai 1708. (Corresp, t. I, p. 2x3.)