‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 37 sur 157 · LIVRE SEPTIÈME. Il · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. Il

petit-fils. Cette confiance de l'opinion publique est d'autant plus excusable, que la multitude, qui prononce toujours des jugements absolus sur la conduite des généraux , n'est jamais à portée de soupçonner les difficultés de leur position , ni de calculer les obstacles qui enchaînent leurs opérations. C'est surtout en ce genre de mérite, que les succès font la gloire ou la honte, et que les succès constants fixent invariablement le jugement de la postérité. Les divisions qui regnoient entre les chefs de rarmée,'Con<tribuèrent encore à égarer l'opinion, et à justifier les murmures et les accusations des détracteurs du duc de Bourgogne. Les partisans du duc de Yendôme affectoient de partager son ardeur impatiente, et de blâmer la circonspection timide du jeune prince. Toutes les lettres qu'ils écrivoient à' Paris et à la cour étoient chargées de reproches amers, de réflexions malignes, de satires sanglantes; et ces odieuses rumeurs étoient propagées par une cabale puissante, et acharnée à flétrir sa réputation. Le duc de Bourgogne dédaignoit de se justifier ; il croyoit au-dessous de lui, de descendre à des accusations contre ses ennemis, et à des apologies pour lui-même. Il n'ayoit que des amis, et point de partisans; ces amis étoient des hommes vertueux et irréprochables, mais circonspects par leur âge , leur caractère , et leur position personnelle; toutes les manœuvres de

l'intrigue leur étoient inconnues et étrangères ; ils

Il6 HISTOIRE DE FÉNELON.

n'opposoient à la clameur publique, que ces conjectures et ces raisonnements y qui peuvent avoir quelque accès auprès des hommes calmes et modérés , dans une discussion tranquille et impartiale, mais que la prévention ou la passion dédaignent toujours d'écouter. Cependant le jeune prince étoit défendu dans le cœur du Roi, par la tendresse paternelle et par une estime réfléchie; et auprès de madame de Maintenon , par la douleur touchante de la duchesse de Bourgogne. Toute la cour se divisoit en deux partis, encore plus opposés l'un à l'autre que les armées ennemies, qui étoient en présence sur la frontière. Représeoutions C'est pendant ces quatre mois , qui furent sans lu duc doute les plus pénibles de toute la vie du duc de

de Bourgogne, ^ *^

sur la nécessité Bourgogne, que nous retrouvons toutes les pièces de rester a Far- d»yjjg correspondance suivie et du plus haut intérêt

meejusqua ^ * ^ *

b fin de entre le jeune prince etFénelon. Plus à portée de la campagne, s'^ri^e j^yec une entière liberté, ils purent s'abandonner sans réserve à l'épanchement de leur cœur; et cette correspondance offre les traits les plus honorables de leur histoire.

On avoit fait craindre à Fénelon, que le duc de Bourgogne ne se disposât à i*etourner à Versailles, avant que le sort de la citadelle de Lille fût décidé, et à une époque où la belle saison permettoit de tenir eneore longtemps la campagne (i). Il lui

(i) On étoit au mois de septembre.

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