LIVRE SEPTiJtME
adressa les plus fortes représentations sur une résolution si honteuse (i). « Je ne puis m'empè- <c cher y Monseigneur, lui écrivit-il , de vous répéter a qu'il me semble que vous devez tenir bon jusce qu'à l'extrémité dans l'armée, comme M. de <c Boufflers dans la citadelle de Lille. Si on ne peut a rien faire d'utile et d'honorable jusqu'à la fin de « la campagne, au moins vous aurez payé de pa« « tience, de fermeté et de courage, pour attendre cr les occasions jusqu'au bout ; au moins vous au- « rez le loisir de faire sentir votre bonne volonté «aux troupes, et de regagner les cœurs. Si, au « contraire, on fait quelque coup de vigueur avant a que de se retirer, pourquoi faut-il que vous n'y « soyez pas, et que d'autres s'en réservent l'honneur ? « Ce serait faire penser au monde^ qiCon ri ose « rien entreprendre de hardi et de fort (/uand vous « commandez, que vous n'y êtes qu'un embarras^ < et qu^on attend que vous soyez parti pour tenter « quelque chose de bon. Après tout, s'il y a quel* « que ressource à espérer, c'est dans le temps où les c ennemis seront réduits à se retirer, ou à prendre ff des postes dans le pays pour y passer l'hiver, c Voilà le dénoûment de toute la campagne, voilà « l'occasion décisive : pourquoi la manqueriez- vous ?
(i) Lettre de Fénelon au duc de Bourgogne y i5 octobre 1708. {Corresp, t. I, p. ^Sg.)
Il8 HISTOIRE DE FÉETELON.
a II faut toujours obéir au Roi avec un zèle aveua gle ; mais il faut attendre, et tâcher d^éviter un a ordre absolu de partir trop tôt. Vous auriez tout « le déshonneur de la campagne, et M. de Vendôme <x se réserveroit l'espérance du succès. »
Le duc de Bourgogne se hâta de rassurer Féne- Ion sur l'objet de sa lettre, qui n'avoit en effet nul fondement, et qui n'étoit qu'une rumeur répandue par ses ennemis, pour chercher à lui nuire. Il se trouvoit même alors délivré du joug impérieux du duc de Vendôme. Le Roi avoit ordonné au maréchal de Berwick de joindre son corps d'armée à celui du jeune prince, et l'avoit adjoint au duc de Vendôme pour diriger son petit-fils.
Le maréchal Le maréchal de Berwick, déjà célèbre par la viede Berwick Ml ^^j^^ d'Almanza, et déjà recoi^nu, quoique bien
adjoint au duc * ^ i i
de Vendôme, jeune encore (i), pour un des plus grands génépour diriger j,^^^ j^ l'Europe, avoit au suprême degré le mérite
le jeune prince. ^ * ' ...
de réunir la valeur la plus intrépide à un calme et à un sang-froid qui ne lui permettoient jamais de rien accorder au hasard , ni à une folle témérité. Ces qualités, si précieuses dans tous les temps, Tétoient encore plus à une époque où l'armée du duc de Bourgogne formoit la seule barrière qui pût empêcher les ennemis de pénétrer dans le cœur du royaume, et de livrer la France entière au pillage.
(i) Il n'avoit alors que trente- sept ans.
UTAB SXPTiJùfB. 119
Cette coQsidëratioa avoit décidé Louis XIY à l'associer au cominandeinent de larmée. A peine y fut* il arrivé, que le duc de Vendôme propoia de forcer les retranchements des ennemis, pour dégager la citadelle de Lille. Le maréchal voulut, avant de donner son avis, prendre une connoissance approfondie de la position des ennemis : le résultat de ses observations fut qu'on ne pouvoit hasarder une pareille entreprise, sans exposer Tarmée à une ruine entière, et qu'aucune probabilité de succès ne pouvoit balancer un si grand danger ; il opina pour ne point attaquer les ennemis devant Lille, avec le même sang-froid qu'il avoit ordonné qu'on les aU taquât à Almanza. Tous les emportements du duc de Vendôme n'altérèrent pas un moment son calme, et ne changèrent rien à son avis. Le duc de Bourgogne, et tous les membres du conseil, adoptèrent une résolution qui ne pouvoit être soupçonnée de pusillanimité dans la bouche d'un homme tel que le maréchal de Berwick, et d'un ofScier général tel que Puységur. 3a.
On trouve une partie de ces détails dans la Le prince lettre suivante du duc de Bourgogne à Fénelon. ^péMioD*^ a J'ai reçu depuis quelque temps deux de vos let* de sa coDduiie,
1 , A • pendant
c très , mon cher archevêque : vous comprenez ai- ^ campagne a sèment que je n'ai pas trop eu le temps de ré- de 170s. c pondre plus tôt à la première ; et pour la seconde, a elle ne m'a été rendue qu'hier. // n'a point été
laO HISTOIRE DE FÉSJLLOtX.
« question de mon retour; mais vous pommez être a persuadé que je suis et que foi toujours été dans « les mêmes sentiments que vous sur ce chapitre ^ « et qui à moins âun ordre supérieur et réitéré^ « je compte^ quoi quUl arrii^e^ de finir la cam' « pagne j et détre à la tête de V armée tant qiùeUe m sera assemblée (^i).
« J'en Tiens à la seconde. Il est vrai que j'ai esce suyé une épreuve depuis quinze jours; et je me ce trowe bien loin de Vaifoir reçue comme je le de^ « ifois, me laissant emporter aux prospérités et ce abattre dans les adversités; et me laissant aussi « aller à un serrement de cœur^ et aux noirceurs «r causées par les contradictions et les peines de ce t incertitude^ et de la crainte de faire quelque ce chose de mal à propos dans une affaire dune ce conséquence aussi extrême pour VÉtat. Je me ce trouvois avec l'ordre réitéré du Roi d'attaquer a les ennemis; M. de Vendôme pressant de le faire, a et de l'autre côté le maréchal de Benvick et tous ce les anciens officiers, avec la plus grande partie de ce l'armée, disant qu'il étoit impossible d'y réussir, ce et que l'armée s'y perdroit. Le Roi me réitéra son ce ordre, après une première représentation à laquelle ce je me crus obligé. M. de Chamillard arriva le soir,
(i) LsUre du duc de Bourgogne h Fénelon, ao septembre 1708. [Corrcsp. 1. 1, p, a3a.)