‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 39 sur 157 · LIVRE SEPTIEME. lai · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME. lai

c et me confirma la même chose. Je voyois les fuc nestes suites de la perte d'une bataille, sans pou- « voir presque espérer de la gagner, et que le mieux c qui pouvoit nous arriver étoit de nous retirer « après une attaque infructueuse. Voilà Tëut oîi « j'ai été pendant huit ou neuf jours, jusqu'à ce c qu'enfin le Roi, informé de l'état des choses, n'a ff plus ordonné l'attaque, et m'a remis à prendre « mon parti.

« Sur ce que vous dites de mon indécision ^ il « est vrai que je me le reproche à moi-même ^ et « quBj quelques fois paresse ou négligence j (tauet très, ^nam^aise honte ou respect humain j ou ti" « midité, m* empêchent de prendre des partis, et « de trancher net dans des choses importantes. c Fous vojrez que je vous parle ai^ec sincérité; et fLJe demande tous les jours à Dieu de me donner j c avec la sagesse de la prudence ^ la force et le coU" tt rage y pour exécuter ce que je croirai de mon « dei^oir.

a Je n'avois point cette puissance décisive quand « je suis entré en campagne ; et le Roi m'avoit dit « que, quand les avis seroient différents, je devois « me rendre à celui de M. de Vendôme, lorsqu'il ff y persisteroit. Je la demandai après l'affaire d'Ou- « denarde; elle me fut accordée, et peut-être ne c m'en suis-je pas servi autant que je le devois.

ff Pour toutes les louanges que vous me donne z^

laa HISTOIRE DB FÉNVLOTX.

<K si elles ne *venoient duri homme comme vous , vije les prendrois pour des flatteries ; car en vérité 9. je ne les mérite guère j et le monde se trompe a dans ce qu^ il pense sur mon sujet. Mais il faut, « avec la grâce de Dieu, mériter ce que l'on en « croit, du moins en approcher. Vous savez mon a amitié pour vous ; elle ne finira qu'avec ma vie.

a Louis.

« P. S. Je me sers de cette occasion , pour vous a demander si vous ne croyez pas qu'il soit absolu- « ment mal de loger dans une abbaye de filles; c'est a le cas où je me trouve. Les religieuses sont pour* a tant séparées ; mais j'occupe une partie de leurs « logements; et s'il étoit nécessaire, je quitterois la a maison, quoi qu^on en pût dire. Dites«moi, je vous « en prie, votre sentiment, d'autant plus que je a suis présentement dans votre diocèse. »

Fénelon s'empressa de tranquilliser le duc de Bourgogne sur le dernier article de cette lettre, qui tenoit autant à un sentiment de délicatesse et de respect pour les bonnes mœurs, qu'à un scrupule religieux. Il lui répondit (i) : « Vous ne devez a avoir aucune peine de loger dans la maison du a Saulsoir, Vous n'avez rien que de sage et de réglé a auprès de votre personne; c'est une nécessité à ce laquelle on est accoutumé pendant les campements

(i) Lettre du 914 septembre 1708, (Corresp. 1. 1^', p. aA4*)

LiTRB sKpniofE. ia3

ff des armëes. On est fort édifié de la police et du

flt bon ordre que voug faites garder. » 3^^

Le duc de Bourgogne] avoit les défauts de ses Féndoaravertit qualités : n'attachant de prix qu'aux vertus réelles, * *^ **"^^ il négligeoit trop ces petits moyens de plaire , et tes lui leprocfaoit. attentions délicates et recherchées, qui appartiens nent Jusqi/à un certain point, à la science de gou-* vemer. Les princes devroient se trouver trop heureux de voir souvent désirer et recevoir de leur part un sourire, une expression obligeante, un souvenir flatteur, comme le plus noble prix du sang répandu à leur service, comme la plus douce récompense d'une vie consacrée à leur plaire.

c Je viens d'apprendre. Monseigneur (i), lui « écrivoit Fénelon , que diverses personnes de conc dition et de mérite dans le service, se plaignent a que vous ne connoissez ni leurs noms, ni leurs « visages, pendant que M. le duc de Berry les re- « connoit tous, les distingue, et les traite gracieuse»

c ment Cependant, vous avez plus qu'aucun

flc autre prince, de quoi contenter le public dans la ff conversation. Vous y êtes gai, obligeant, et si on « ose le dire, très-aimable ; vous avez l'esprit cultivé ff et orné, pour pouvoir parler de tout, et pour vous « proportionner à chacun. C'est un charme conti-

(i) Lettre du %i septembre i7o8, [Corresp. t. 1« p. a38 et 245.)

124 HISTOIRE DE FJÉNELON.

(c nuel, qu'il ne tient qu'à vous de donner; il ne (c vous en coûtera qu'un peu de sujétion et de corn- <c plaisance; Dieu vous donnera la force de vous y ff assujettir, si vous la désirez. Vous n'y aurez que c la gloire mondaine à craindre. C'est l'avantage a des grands princes, que chacun qui se ruine ou « s'expose à être tué pour eux, est enchanté par « une parole obligeante et dite à propos. L'armée n entière chantera vos louanges, quand chacun vous « trouvera accessible, ouvert et plein de bonté

a Pour vos défauts. Monseigneur (i), je remera cie Dieu de ce qu'il vous les fait sentir, et de ce <c qu'il vous apprend à vos dépens, par de si fortes a leçons, à vous défier et à désespérer de vousa même

oc On dit encore que M. le comte d'Évreux (a) a a écrit très-certainement une lettre qu'il a dés- <c avouée. On dit que vous avez paru croire un « peu trop facilement le désaveu qu'il vous en a ce fait, contre la notoriété publique. Pour moi, je a crois qu'il seroit très*digne de vous, de suspendre a tout au moins votre jugement sur la sincérité de « ce désaveu, et de lui rendre vos bonnes grâces, en a lui pardonnant, s'il le faut, de très-bon cœur. Je

(i) Corresp. 1. 1, p. a4a*

(a) Jhid. p. 246. — Henri-Louis de la Tour d'Auvergne, comte d'Évreux y colonel général de la cavalerie.

Page 1