LIVRE SEPTIÈME
gereuses, aussi opposées à sa pensée qu'à ses vœux. Le Télémaque étoit adressé au cœur et à l'âme du duc de Bourgogne ; et la manière dont ce jeune prince avoit saisi la morale de ce bel ouvrage, démontre assez qu'il avoit mieux compris l'esprit qui l'a conçu, que ceux qui ont voulu louer Fénelon de ce qu'il n'a jamais pensé , et le blâmer de ce qu'il n'a jamais proposé. En un mot, les vertus, les talents, les principes du duc de Bourgogne, les espérances qu'il fit briller, et les regrets qu'il a laissés , sont le plus beau commentaire du Télémaque y et défendent également la mémoire de Fénelon contre une admiration irréfléchie et contre des reproches injustes.
1 Pour connoitre sa véritable doctrine politique, Dans quels écrits il faut la chercher dans les dernières instructions »*^"*''**"<'»«>^=
Examen de
qu'il adressoit au duc de Bourgogne, pour le pré- conscience parer immédiatement à prendre part au gouverne- **"" ^^ ^^o'""*
de la roYûuté,
ment du grand royaume dont il étoit l'héritier présomptif; il faut étudier surtout l'application que Fénelon lui-même fait de ses principes, dans ses Mémoires sur la guerre de la succession (f Espagne j et dans les Plans de goui^ernemenl qu'il concerta, pendant les dernières années de sa vie, avec le duc de Chevreuse, pour l'instruction du jeune prince ( i ) .
(i) Les princip9LUX Écrits poiitiques de Fénelon sont réunis dans la cinquième classe de ses Œiwres, (T. X7CII de Védition de Fersailies.) La plupart de ses lettres concernant la guerre
6 HISTOIRE îyi FiNÊLOIf.
Quelques-unes de ses opinions pourrorent sans doote donner lieu à des observations importantes ; c'est le sort inévitable de f6ut ouvrage qui a pour objet des questions si délicates, et d'un ordre si relevé. Mais on conviendra du moins, en lisant cette partie des OEui^res de Féneloa^ q:ue peu d'auteurs ont écrit si sagement, et montré des vues aussi solides et aussi étendues, sur une matière si difficile. On conviendra surtout que Fénelon étoit infiniment éloigné des vues chimériques et puériles, qu'on lui a quelquefois attribuées.
1 A la tête des écrits dont nous avons ici à par* 1er, nous devons placer X Examen de conscience sur les devoirs de la tx>jautc {\). Cet ouvrage. Composé par Fénelon depuis sa retraite à Cambrai , pour l'instruction du duc de Bourgogne, fait tout
de la succession d'Espagne, se trouvent dans le tome V^ de sa Correspondance,
Nous ne parlons pas ici de V Essai sur le gouuernement cm/, rédigé par le chevafier de Kamsay, d'après les conversations de Fénelon avec le roi d'Angleterre ,- Jacques ni , coninie on Ta vu plus haut. (T. III, p. 368 , etc.) Le chevalier de Ramsay, dans la Pré/ace de cet ouvrage, fait assez entendre qu'en profitant des instructions de Fénelon , il ne s'est pas rigoureusement astreint à rendre compte de ce qu'il avoit entendu ; d'où il suit qu'on ne peut attribuer indistinctement à Fénelon toutes les idées politiques énoncées dans cet ouvrage , lorsqu'elles ne sont pas étabh'es d'ailYeurs par quelque autre de ses écrits. (Édit.)
(i) OEuvres de Fénelon; t. XXII, p. a65, etc.