‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 5 sur 157 · LIVRE SEPTiImE · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTiImE

à h fois le plus grand honneur à l'auguste élève et à son habile instituteur, en montrant le premier aussi digne d'entendre la vérité^ que le second ëtoit digne de l'annoncer. Dans cette admirable production, ce n'est plus à l'imagination riante d'un enfant, c'est à la conscience d'un prince religieux cpe Fénelon s'adresse, pour lui montrer l'importance et l'étendue de ses obligations, pour le prémunir contre les dangers et les pièges de la royauté; en un mot, pour lui faire comprendre tout ce qu'il devra un jour à Dieu, dont il sera l'image, et au peuple, dont il sera le père et le pasteur. La forme èi Examen de conscience y que Fénelon donne à ces instructions, semble leur ajouter un nouveau poids et une nouvelle autorité : « On croit voir, dit le « cardinal Maury, l'humanité s'asseoir, avec la rea ligion, aux côtés du jeune prince, pour lui in- « spirer, de concert, toute la délicatesse de con- « science que l'Évangile exige d'un roi ; pour lui « révéler tous les dangers^ toutes les illusions, tous tf les pièges dont il est obligé de se préserver, tous « les jugements de Dieu et des hommes qu'il doit « prévenir, enfin tous les conseils de la véritable « gloire qu'il doit ambitionner, et toutes les règles « de morale qu'il doit suivre, s'il veut rendre les « peuples heureux (i). »

(i) Éloge de Fénelon ^ par le cardinal Maury; vers la fin de la première partie.

8 HISTOIRE DE FEITELOir.

^U Instruction nécessaire à un prince, V exemple qiril doit à ses sujets, \di justice qui doit présider à tous les actes de son gouvernement, tels sont les trois principaux objets auxquels Fénelon rapporte tous les avis qu'il adresse au duc de Bourgogne, 3 dans cet important ouvrage.

Instruction \ La conuoissauee de la religion lui paroit être

néceisaire , •% j ^ . • • i •

à un prince. ** première de toutes, pour un souverain , aussi bien que pour le commun des hommes. Il pense qu'une religion solide et éclairée est , pour tous les hommes sans exception, la plus forte sanction de leurs obligations, et le plus sûr préservatif contre toutes les illusions auxquelles ils peuvent être exposés dans le cours de la vie. Il est impossible d'appliquer ces principes aux souverains, avec plus de force et de dignité que Fénelon ne le fait dans le premier article de son ouvrage, «r Connoissez-vous « assez, dit-il à son auguste élève (i), toutes les vé- <x rites du christianisme? Vous serez jugé sur l'Évanc( gile, comme le moindre de vos sujets. Étudiez-vous ce vos devoirs dans cette loi divine? Souffririez-vous « qu'un magistrat jugeât tous les jours les peuples « en votre nom , sans savoir vos lois et vos ordonc( nances, qui doivent être la règle de ses jugece ments ? Espérez-vous que Dieu souffrira que vous a ignoriez sa loi, suivant laquelle il veut que vous

(i) Examen de conscience; art. r % n. i, etc

LIVBB SBPTIÀMB. g

o viviez et que vous gouverniez son peuple ? Lisezc vous rÉvangile sans curiosité, avec une docilité a humble, dans un esprit de pratique, et vous toura nant contre vous-même, pour vous condamner « dans toutes les choses que cette loi reprendra en « vous ?

1 « Ne vous êtes- vous point imaginé que TÉvana gile ne doit point être la règle des rois, comme celle « de leurs sujets; que la politique les dispense d'être a humbles, justes, sincères, modérés, compatissants, c prêts à pardonner les injures ? Quelque lâche et « corrompu flatteur ne vous a-t-il point dit , et a n'avez-vous point été bien aise de croire, que les « rois ont besoin de suivi-e, dans le gouvernement « de leurs États, certaines maximes de hauteur, de « dureté, de dissimulation, en s'élevant au-dessus a des règles communes de la justice et de l'huma* « nité?

^ « N'avez-vous point cherché les conseillers, en Cl tout genre, les plus disposés à vous flatter dans a VOS maximes d'ambition , de vanité, de faste, de « mollesse et d'artifice ? N'avez-vous point eu peine « à croire les hommes fermes et désintéressés , qui, <c ne désirant rien de vous, et ne se laissant point « éblouir par votre grandeur, vous auroient dit avec « respect toutes vos vérités, et vous auroient conte tredit, pour voua empêcher de faire des fautes?.,. 1 «Avez- vous choisi, pour votre conseil de con-

lO HISTOIRE DE FiSNELON.

« science^ les hommes les pins pieux, les plus fer- « mes, et les plus éclairés? comme on cherche les c( meilleurs généraux d'armées pour commander les tt troupes pendant la guerre, et les meilleurs méde- (c cins quand on est malade. Avez-vous composé ce a conseil de plusieurs personnes, afin que Tune (f puisse vous préserver des préventions de l'autre ; ce parce que tout homme, quelque droit et habile c( qu'il puisse être, est toujours capable de préven- « tions? Avez-vous craint les inconvénients qu'il y « a, à se livrer à un seul homme? Avez-vous donné a à ce conseil une entière liberté de vous décou- « vrir, sans adoucissement, toute l'étendue de vos a obligations de conscience ? »

^ Après ces considérations générales, sur la nécessité d'étudier ses devoirs, et sur les moyens que le prince doit employer pour acquérir cette connoissance, Fénelon entre dans le détail des objets qu'il doit s'appliquer à connoître, pour être en état de gouverner les peuples avec sagesse. « Avez-vous traa vaille, lui dit-il, à vous instruire des lois, coutumes i< et usages du royaume? Le Roi est le premier juge a de son État : c'est lui qui fait les lois ; c'est lui a qui les interprète , dans le besoin ; c'est lui qui ce juge souvent, dans son conseil, suivant les lois a qu'il a établies, ou trouvées déjà établies avant « son règne; c'est lui qui doit redresser tous lesa autres jug«s : en un mot y sa fonction est d'être à

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