‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 41 sur 157 · LIVRE SEPTlkME. iSy · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTlkME. iSy

« vie^ pour leur donner un tour odieux. On dit^ par « exemple y que pendaol que vous êtes dëvot jusqu'à « la sévérité la plus scrupuleuse dans des minuties , « vous ne laissez pas de boire quelquefois avec un « excès qui se fait remarquer.

« 7^ On se plaint de ce que votre confesseur est « trop souvent enfermé avec vous; qu'il se mêle « de vous parler de la guerre ; et que j quand on « 1 accusa de vous avoir conseillé de ne rien hasarder « sur la Marque, il écrivit au P. de la Chaise, pour « faire savoir au Roi qu'il étoit allé reconnottre le « terrain et l'état des ennemis ; qu'il avoit été d'avis « qu'on les attaquât , et qu'il avoit trouvé qu'il € étoit honteux de ne le pas faire. On lui impute c d'avoir écrit ainsi, pour le tourner en ridicule a comme un homme vain, qui se pique d'entendre « la guerre, et d'aller reconnoitre l'ennemi. Je « dois ajouter, par pure justice , que je sais qu'il n'a « point mérité ces plai8anta[4es , et qu'il n'a rien « écrit que de modeste et de convenable.

« 8^ On prétend , Monseigneur, que vous avez « écrit à des gens indiscrets, et Indignes de votre « con6ance , les mêmes choses que vous avez écrites « au Roi avec un chiffre; et que ces gens-là les ont « divulguées, avant que Sa Majesté eût reçu vos « lettres secrètes, où vous mandiez ce qui manquoit « dans la place assiégée.

« Voilà , Monseigneur, les principales choses qui

l38 HISTOtRK DE FilTELON.

« me reirieiiBent par de bons canaux ^ quoique je c 9Qia loin de tout commerce du monde. Un hasard ff biiarre fait que je sais là*dessus plus que sur les Il autres afiisires. Peut-être personne n'osera vous « dire tout ceci : pour moi , je l'ose , et je ne crains « que de manquer à Dieu et à vous. Personne n'est « plus éloigné que moi de croire tous ces discours; n la peine que je souffre de les entendre est grande, s 11 s'agit de détromper le monde prévenu ; ceux « qui vous déchirent) parlent hautement, et ceux « qui voudroient vous défendre n'osent parier. Je « suppose que vous avez éclairci chaque point en « détail avec M. de Chamillard, et que vous lui aurez « fait toucher les choses au doigt y pour convaincre « pleinement Sa Majesté de la fausseté de tout ce

n qu'on vous impute

« Il ne m'appartient pas , Monseigneur^ de rai- « sonner sur la guerre ; aussi n'ai-je garde de le « faire t mais on a de grandes ressources , quand on « est à la tête d'une puissante armée , et qu'elle est « animée par un prince de votre naissance qui la u conduit. Il est beau de voir votre patience et votre V fermeté pour demeurer en campagne, dans une « saison si avancée. Notre jeunesse , impatiente de ce revoir Paris ^ avoit besoin d'un tel exemple. Tan- « dis qu'on croira encore pouvoir faire quelque a chose d'utile et d'honorable , il faut que ce soit « vous I Monseigneur, qui tâchiez de l'exécuter. Les

« ennemia doivmut éti*e affoîblis ) voui étet supérieur « eo force ) il faut espérer que vous le serez aussi c en projets et en mesures justes^ pour en rendre « l'exécution heureuse. Le Trai moyen de relever « la réputation des affaires , est que tous montriez «( une application sans relâche. Votre présence nui» « roit et aux affaires et à Yotre réputation ^ si elle « paroissoit inutile et sans action, dans des temps m si Achenx. Au contraire, votre fermeté patiente <c pour achever cette campagne , forcera tout le « monde à ouvrir les yeux, et à vous faire justicci <i pourvu qu'on voie que vous prévoyez, que vous a projetez , que vous agissez avec vivaeité et hai"* « diesse. 0 .,

Lorsque Fénelon vit la campagne près de finir^ Bmiu fiicheux et de finir de la manière la plus affligeante pour la ~°*'* ** 5"™*'

* or moyens de ra-

France, et la moius honorable pour le duc de Bour» mener Kopigogne , il ne s'attacha plus qu'à lui tracer la mar- "*^" P"*'"'^"*' che qui lui restoit à suivre, pour se justifier avec une noble fermeté dans l'esprit du Roi , et chercher à ramener l'opinion publique , qu'on avoit si cruelle* ment égarée.

« Monseigneur (i)^ l'excès de bonté et de con« « fiance que vous me témoigna dans les lettres dont 0 vous avez bien voulu m'bonorer, loin de me don* « nerun empressement indiscret, ne£ût qu'augmen*

(i) Lettre du a5 octobre tfoS. (Corresp, 1. 1» p. »66.)

l4o HISTOIRE DE FilTELOV.

« ter ma retenue, et mon inclination à continuer le tf profond silence où je suis demeure pendant tant a d'années. Je prends même infiniment sur moi , en « me donnant la liberté de vous écrire sur des mate tières très-délicates j qui sont fort au-dessus de ce moi , et qui ne peuvent vous être que très-désact gréables. Mais je croîrois manquer à tout ce que « je vous dois, Monseigneur, si je ne passois pas, « dans une occasion si extraordinaire , par-dessus « toutes les fortes raisons qui m'engagent au silence , « pour achever de vous dire tout ce que j'apprends. a s^ Le bruit public contre votre conduite, croit « au lieu de diminuer. Il est si grand à Paris, qu'il a n'est pas possible qu'il ne vienne des mauvais dis- « cours et des lettres malignes de l'armée. Rien or n'est plus digne de vous. Monseigneur, que la «c disposition où vous êtes de pardonner tout , de a profiter même de la critique , dans les points où a elle peut avoir quelques petits fondements , et de a continuer à faire ce que vous croyez le meilleur or pour le service du Roi. Mais il importeroit beaua coup, de voir quelles peuvent être les sources de « ces discours si injustes et si outrés, pour vous préa cautionner contre des gens qui sont peut-être les ff plus empressés à vous encenser, et qui osent néan- «c moins en secret attaquer votre réputation, de la ce manière la plus atroce. Cette expérience, Monsei- «r gneur, doit, ce me semble, vous engager à obser-

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