LIVRE SEPTli^ME. l
ce de zèle pour vous. . . Vous vous êtes peut-être laisse « trop aller à une je ne sais quelle complaisance K pour M. deYendôme, qui auroit eu honte de ne « vous suivre pas, et qui auroit été au désespoir de « courir après vous. Vous n'avez point assez entree tenu les meilleurs officiers généraux en particu- « lier^ de peur que M. de Vendôme n'en prît quela que ombrage. Vous avez été peut-être irrésolu, et « même, si vous me pardonnez ce mot, un peu foia ble, pour ménager un fiomme en qui le Roi vous « avoit recommandé d'avoir confiance; vous avez « cédé à sa véhémence et à sa roideur; vous avez « craint un éclat qui auroit déplu au Roi. Vous a n'4ivez pas osé, plusieurs fois, suivre les meilleurs <i conseils des principaux officiers de l'armée, pour a ne contredire pas ouvertement l'homme en qui le « Roi se confioit. Vous avez même pris sur votre cr réputation y pour conserver la paix. Ce qui en réa suite, est que votre patience est regardée conmie a une foiblçsse , comme une irrésolution , et que a tout le public murmure de ce que vous avez man- <K que d'autorité et de vigueur.
f< Après avoir avoué au Roi, avec naïveté, toutes « les choses dans lesquelles vous croyez de bonne ff foi avoir manqué, vous serez en plein droit de lui « développer la vérité toute entière. Vous pouvez « lui représenter tout ce que les plus sages officiers « de l'armée lui diront, s'il les interroge; savoir,
|5o HISTOIRE DE viVEhOV.
a que rhomme qui vous étoît doufië pour vous in- « struire et vous soulager, ne vous apprenoit rien , « et ne faisott que vou^ embarrasser ; qu^en un mot, « celui qui devoit soutenir h gloire des armes de Sa Q Majeà^é, et voi|s proourer beaucoup de réputa-» (c tion, a gâté les affaires, et vous a attiré le déchaî- « n^ment du public. C'est là que vous placerez un et portrait au naturel des défauts de M • de Yen- (( dpme : paresseux , inappliqué , présomptueux et a opiniâtrei il ne va rien voir, il n'écoute rien , il « décide et hasarde tout ; nulle prévoyance, nul avi* a sèment, nulle disposition, nulle ressource dans a les occasions, qu'un courage impétueux; nul égard a pour ménager les gens de mérite, et une inacUon (c perpétuelle de corps et d'esprit.
« Après ce portrait , vous pourriez revenir à ce <c qui peut avoir manqué de votre côté, avec si peu a de secours et tant d'embarras. Demandez, avec les (c plus vives instances, à avoir votre revanche la fc campagne prochaine, et à réparer votre réputaa tion attaquée. Vous ne sauriez montrer trop de ce vivacité sur cet article : il vous siéra bien d'être (C très- vif là- dessus, et cette grande sensibilité fera « une partie de votre justification sur la mollesse (C dont on vous accuse. Demandez sous vous un gé- « néral qui vous instruise et qui vous soulage, sans a vouloir vous décider comme un enfant* Demana dez, un général qui décide tranquillement avec
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c VOUS, qui ëcout^ les meilleurs officiers, et qui ff n'ait point de peine de vous les voir écouter; qui « vous mène partout où il faut aller, et qui vous flc fasse remarquer tout ce qui mérite attention. De» « mandez un général qui vous oceupe tellement de « toute l'étendue de la guerre, que vous ne soyes <f point tenté de tomber dans l'inaction et l'amusece ment. Jamais personne n'eut besoin de tant de « force et de vigueur, que vous en aurez besoin R dans pette occasion. Une conversation forte, vive, « noble et pressante, quoique soumise et respec* a tueuse, vous fera un honneur infini dans l'esprit
a du Boi et de toute l'Europe. Au contraire, si vous a parlez d un ton timide et inefficace, le monde en* ff tier, qui attend ce moment décisif, conclura qu'il « n*y a plus rien à espérer de vous, et qu'après « avoir été foible à l'armée , aux dépens de votre « réputation, vous ne songez pas même à la relever « à la cour. On vous verra vous renfoncer dans « votre cabinet, et dans la société d'un certain « nombre de femmes flatteuses.
ce Le public vous aime encore assez, pour désirer « un coup qui vous relève; mais si ce coup manque, a vous tomberez bien bas. La chose est dans vos a mains. Pardon, Monseigneur, j'écris en fou; mais « ma folie vient d'un excès de zèle. Dans le besoin « le plus pressant, je ne puis que prier; et c'est ce « que je fais sans ôesse. »
l5a HISTOIRE DE VÉNELOJSf.
Qu'on nous permette de suspendre un moment le récit des événements, par une réflexion que fait naître la lecture de ces lettres si remarquables. On a souvent exalté, avec un enthousiasme factice, le courage des anciens philosophes, la sagesse de leurs leçons, la sublimité de leur morale, et la noble fermeté avec laquelle ils annonçoient la vérité aux rois et aux grands de la terre. Nous osons demander si dans tous les écrits qui nous restent d*Aristote , de Platon, de Sénèque, et de tous les autres personnages de l'antiquité, qui ont parlé à des rois, on trouve quelque chose de comparable à la sévère franchise de Fénelon avec le duc de Bourgogne? Dans des temps plus modernes, on a vu quelques écrivains plus ou moins célèbres, en correspondance avec des monarques; mais on ne peut s'empêcher d'observer, que tandis qu'ils s'étudioient avec un soin pénible à rechercher et à varier toutes les formules de l'adulation envers les objets de leur culte public, ils se dédommageoient de cette espèce de contrainte, dans la liberté d'une correspondance plus intime avec leurs amis.
Ce n'est point au seul mérite d'une morale plus parfaite, ou d'une vertu plus vraie, qu'il faut attribuer cette différence de conduite; elle appartient toute entière aux principes religieux de Fénelon et du duc de Bourgogne. C'est de la religion que Fénelon emprunte toute son éloquence et toute son