‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 46 sur 157 · LIVRE SEPTIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. l

autorité| pour adresser des reproches, des conseils et des consolations au duc de Bourgogne. C'est dans la religion que le duc de Bourgogne trouve ces grands motifs de courage, de résignation et d'espérance, qui lui donnent la force de résister au malheur et à l'injustice des hommes. Otez à ces lettres le caractère religieux qui les a inspirées; on les réduit à des réflexions justes et raisonnables : mais la froide raison a-t-elle le pouvoir de donner l'excès du courage, pour lutter contre l'excès du malheur? A la pensée de ces grandes catastrophes qui épouvantent l'imagination, on sent assez que, lorsque tout manque à ceux qui occupoient sur la terre une si grande place, c'est du ciel seul que peuvent descendre les miracles qui élèvent l'homme audessus de la nature. ^3

Nos lecteurs nous demanderont peut-être com- s« «ponsc à ment le duc de Bourgogne reçut les terribles le- ^"c^^t^u^^" çons que Fénelon osoit lui adresser. Nous avons voix publique sa réponse; elle nous montre tout ce que Fénelon étoit parvenu à faire du duc de Bourgogne, avec le secours de la religion.

a Si je n'ai pas répondu plus tôt à plusieurs de ff vos lettres, mou cher archevêque ( i ), ce n'est pas ff que j'en aie plus mal reçu ce qu'elles contiennent, « ni que mon amitié pour vous en soit moins vive.

(i) Réponse du duc de Bourgogne à Fénelon. Douai, 5 décembre 1708. {Corresp, t. I, p. a83.)

l54 HISTOIEE P£ FÉNCLON.

CI Je 3uis ravi de tout C^ que V0U9 m'avez mandé a que l'on dit de moi. Vous pouvez interroger le « Vidame (f), qui vous rendra cette lettre, sur la a suite des faits publics, qu'il me seroit bien long « de reprendre ici, Je vou^ parlerai cependant de cr quelques-uns.

oc Je n'ai jamais eu ordre du Roi d'attaquer le a prince Eugène pendant l'éloignement du duc de oc Marlborough; au contraire , quand il marcha à « M. de Vendôme, du côté d'Oudenbourg, le maa rëchal de Berwick et moi, voulions rassembler les

a différents camps qui étoient le long de l'Escaut, et oc marcher au prince Eugène. I^'ordre de marche fut <c dressé; et je l'aurois exécuté, si nous n'avions a trouvé tous ceux que je consultai, d'un avis con- « traire, et qu'il falloit plutôt fortifier M. de Vena dôme du coté de Bruges et de Gaad. Ceux à qui oc je parlai furent MM, d'Artaignan(a), Gassion (3), a Saint-Frémont (4), Cheyladet, et Souternon (5),

(i) liOui^Auguste d'Albert, fils puîné du duc de Chevreuse y portoit alors le titre de Fidame d*Amipn$ , et fut depuis duc et maréchal de Chaulnes.

(a) Voyez les Pièces justificatives du livre septième, n, IL

(3) Jean, comte de Gassion, lieutenant (général, mort le 96 novembre 17 13, âgé de soixante-dix-sept ans.

(4) Jean-François Ravend, marquis de Saint-Fréroont, fait lieutenant général en 17021 se distingua pendant cette guerre, en Italie, en Flandre et en Alsace. Il mourut le 18 juin i7aa, . <

(5) François de Dienne, comte de Cheyladet^ et An»

uvitp ««PTiiwp, i55

« I«es trois baMiillons d'Oudenard^ «ont vrais) « mais on me le» ei^posa séparés de Tarmëe epoe* c mie ; et il n'y auroit eu nul combat» si l'on s'étoit tf arrête à l'endroit où l'on disoit qu'ils étoient,et c oïl on ne les trouva point ; du moins len ennemis « les seroient venus chercher.

« Sur la Marque t M, de Vendôme n'ëtoit point « pressé d'attaquer; il ne reconnut le côté où étoit a Artaignan, que trois jours après son arrivée) et ce dès lors les retranchements étoient formés. Les « plaines , il est vrai » sont assez grandes ; mais c les ennemis y auroient eu un plus grand front a que nous , pour nous envelopper, en débouchant « les défilés,

a Je ne me souviens pas d'avoir écrit à das gens c indiscrets ce que j'écrivois au Roi en chiffres, sur «c l'état du dedans de la ville de Lille,

« Je vous remets au Vidame sur tout le reste , a dont je ne puis vous faire un plus long détail» « Je profilerai f a^ec raide de Dieu^ de vos aw. « J'ai bien peur que le tour qua je vuis faire « en j^rtois , me faisant finir ma campagne à « ArraSy ne m'empêche de vous voir à mon re^ « tourj comme je f niçois toujours espéré; car de c la manière dont vous êtes à la cour^ il me pa^

loinc d*Aix de la Chaize, comte de Soiueraon , obtinrent le grade de lieutenant général en 1704. Le premier mourut en 1736; Tautre quitta le service en 17091 et mourut en i^ao.

l56 HISTOIRE DE FÉICELON.

« rott quiU rCy a que le passage dans voire ville « archiépiscopale y qui me puisse procurer ce « plaisir. Je suis fâché aussi que l'éloignement où « je vais me troui^er de vous, m'empêche de re^ a ceiH>ir daussi salutaires avis que les vôtres. « Continue zrles j cependant , je vous en supplie ^ «t quand vous en verrez la nécessité^ et que vous « trouverez des voies absolument sûres. Assistezcc moi aussi de vos prières , et comptez que je vous a aimerai toujours de même, quoique je ne vous a en donne pas toujours des marques. » État critique Louis XIV, convaincu qu'il ëtoit malheureusede la France, ment impossible de dégager la citadelle de Lille,

àhûadclacam- ^ , i / /

pagnedei7o8; Ordonna au maréchal de Boufflers de se rendre (i), moyens g^ gy Jq^ jg Bourgogne de revenir à Versailles, après

d'y remédier. • • n ^ . j»i • t • ^»^r

avoir mis 1 armée en quartier d hiver. Louis XIV récompensa le maréchal de Boufïlers de la glorieuse défense de Lille, comme il Tauroit récompensé d'une victoire; et la nation entière applaudit à cet acte de justice.

Fénelon n'attendit pas que le duc de Bourgogne fût arrivé à Versailles , pour exciter les amis de ce prince à amortir les coups qu'on vouloit lui porter. Ce moment, comme il l'avoit écrit au duc de Bourgogne lui-même, devoit être un moment de crise; le jeune prince avoit besoin d'être soutenu par des

(i) La capitulation fut signée le 8 décembre 1708.

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