‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 53 sur 157 · LIVRE SEPTIÈME. l8l · texte numérisé non relu

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<c Bohèmes, et non pas de gens qui gouverneat. U « paroît une banqueroute universelle de la nation. « Nonobstant la violence et la fraude , on est sou- « vent contraint d'abandonner certains travaux trèsce nécessaires, dès qu'il faut une avance de deux a cents pistoles pour les exécuter dans le plus près- V sant besoin.

a La nation tombe dans l'opprobre; elle devient a l'objet de la dérision publique. U n'y a plus dans « nos peuples , dans nos soldats et dans nos ofHa ciers, ni affection , ni estime, ni confiance, ni es- « pérance qu'on se relèvera, ni crainte de l'auto- « rite : chacun ne cherche qu'à éluder les règles , « et qu'à attendre que la guerre finisse à quelque « prix que ce soit.

ce Si on perdoit une bataille en Dauphiné, le duc a de Savoie entreroit dans des pays pleins de Hua guenots ; il pourroit soulever plusieurs provinces < du royaume. Si on en perdoit une en Flandre, et l'ennemi pénétreroit jusqu'aux portes de Paris, ce Quelle ressource vous resteroit-il ? Je l'ignore; a et Dieu veuille que quelqu'un le sache!

et Si on peut faire couler l'argent, nourrir les a troupes, soulager les officiers, relever la discipline a et la réputation perdues, réprimer l'audace des ce ennemis par une guerre vigoureuse, il n'y a qu'à ce le faire au plus tôt. En ce cas, il seroit honteux « et horrible de rechercher la paix avec empresse-

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a ment; en ce cas, rien ne seroit plus mal à propos a que d'avoir envoyé un ministre jusqu'en Hollande ce pour tâcher de l'obtenir; en ce cas, il n'y a qu'à « bien payer , bien discipliner les troupes , et qu'à ce battre les ennemis. Qu'on fasse donc au plus tôt r un changement si nécessaire, et que ceux qui « disent qu'on relâche trop pour la paix, viennent « au plus tôt relever la guerre et les finances : sinon « qu'ils se taisent, et qu'ils ne s'obstinent pas à vou* «e loir qu'on hasarde de perdre la France pour l'Esce pagne.

a On ne manquera pas de me répondre qu'il est (c facile de remarquer les inconvénients de la guerre; a et que je devrois me borner à proposer des exa pédients pour la soutenir, et pour parvenir à une cr paix qui soit honnête, et convenable au Roi.

ce Je réponds qu'il ne s'agit plus que de compa- « rer les propositions de paix (faites à M. de Torcy), ce avec les inconvénients de la guerre. S'il se trouve, ce dans cette exacte comparaison, qu'on ne peut se a promettre aucun succès solide dans la guerre, et (c qu'on y hasarde la France, il n'y a plus à délibéa rer. L'unique gloire que les François peuvent a souhaiter au Roi, est que, dans cette extrémité, il « tourne son courage contre lui-même, et qu'il sa- (C rrifie tout généreusement, pour sauver le royaume a que Dieu lui a confié. Il n'est pas même en droit (C de le hasarder ; car il l'a reçu de Dieu, non pour

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« l'exposer à l'invasion des ennemis, comme une <( chose dont il peut faire tout ce qu'il lui plaît , a mais pour le gouverner en père, et pour le transtf mettre comme un dépôt précieux à sa posté- « rite. »

Fénelon discute ensuite les différents articles des préliminaires dictés en Hollande à M. de Torcy. Il paroit persuadé, que les ennemis n'a voient jamais osé proposer sérieusement à Louis XIY de détrôner lui-même son petit-fils; mais qu'ils n'avoient fait qu'insinuer cette mesure, pour obtenir des conditions capables de leur garantir la sincérité de l'engagement pris par le Roi d'abandonner l'Espagne à ses prqpres forces, ou plutôt à sa seule foiblesse. Il est vrai que les alliés eux-mêmes, honteux d'avoir seulement osé laisser entrevoir une idée aussi monstrueuse, qui outrageoit la nature, et qui avoit excité une profonde indignation dans le cœur de tous les François, avoient ensuite affecté de la désavouer. Mais les Mémoires du marquis de Torcy, faits pour inspirer une entière confiance, par la candeur et la bonne foi qu'ils respirent, ne permettent pas de douter que les ennemis de la France n'eussent insisté sur cette condition avec la plus odieuse persévérance.

Le duc de Beauvilliers fit souvent valoir au conseil la force des considérations exposées dans ce Mémoire t sans laisser soupçonner qu'elles lui étoient

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inspirées par Fënelon. Le Roi et les ministres n'ëtoient eux-mêmes que trop convaincus de la nécessité d'acheter la paix à quelque prix que ce fût. Louis XIV se détermina , malgré les hauteurs rebutantes des ennemis, à demander la reprise des négociations. Le congrès de Gertruydenberg s'ouvrit ; et on eut tout lieu de reconnoitre que le prince Eugène et Marlborough étoient trop intéressés à la continuation de la guerre, pour ne pas apporter les plus grands obstacles à la conclusion de la paix. Les conditions, présentées à ce congrès par les ministres des alliés, furent encore plus dures que celles qu'on avoit demandées un an auparavant au marquis de Torcy; les négociations furent entièrement rompues, et la France parut être arrivée à son dernier jour. C'est alors que toute espérance fut éteinte dans le cœur de tous les François sincèrement attachés à l'honneur et au salut de leur patrie.

Féadon propose C'est aussi à Cette époque que nous devons plaune assemblée ^^^ quelqucs frafimcnts d'une admirable lettre de

de notables, in D

Fénelon. Elle peint sous les couleurs les plus sombres les profondes agitations de son âme, et les tourments d'une imagination frappée par la grandeur du péril, et qui recherche avec anxiété quelque moyen de salut.

Il falloit que Fénelon fût bien convaincu que tout étoit perdu, et qu'on devoit tout risquer pour sauver quelques débris d'un si grand naufrage, pour

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oser concevoir l'idëe qu'il propose aux ducs de Beauvilliers et de Chevreuse. Il faut le dire, puisqu'on peut le dire aujourd'hui sans inconvénient; Fënelon ose déclarer, que , parvenu au point oii des maux extrêmes exigent des remèdes extrêmes , on doit renoncer avec courage aux formes accoutumées d'un gouvernement qui ne peut plus se soutenir, ni se défendre ; en un mot, il pense et il prononce, que le moment est venu d'associer la nation eUe^-méme à l'administration de l'État, en concertant avec une assemblée de notables les mesures nécessaires dans la conjoncture présente (i).

Il est difficile de savoir si le remède n'eût pas été aussi dangereux que le mal lui-même ; une triste expérience peut porter à penser qu'une assemblée de notables j en 1710, auroit conduit nécessairement à des états généraux ^ comme on l'a vu en 1787. Les déplorables effets qui en ont résulté, doivent sans doute nous rendre un peu méfiants, sur l'idée et l'emploi de ces formes extraordinaires qui changent brusquement la marche accoutumée

(i) Il est à remarquer que » dans la pensée de Fénelon , l'assemblée dont il s'agit ne doit point partager la souveraineté avec le Roi ; elle n'est appelée qu'à l'éclairer et lui donner conseil. C'est ce qui résulte clairement du texte même de la lettre qu'on va lire un peu plus bas. Voyez à ce sujet les observations que dous avons faites ailleurs, à l'occasion de V Examen de Conscience sur les devoirs de la royauté» (Ci-dessus , n. 8; p. a6, etc.) (Édit.)

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d'un gouvernement. Cependant nous aurons bientôt occasion d'observer, combien la différence des circonstanceSy des mœurs, et de l'esprit général de la nation, doit éloigner toute idée de comparaison et de rapprochement entre les temps et les hommes. Le cardinal de Richelieu avoit su , en j 6a6 , faire Tusage le plus utile et le plus heureux à^une assem^ blée lie notables ^ pour faire tomber cette multitude de places fortes qui couvroient l'intérieur dé la France, et qui étoient bien moins des remparts contre l'ennemi , que des moyens d'attaque et de défense contre le souverain lui-même, entre les mains de quelques sujets puissants et audacieux. C'étoit en se couvrant du nom et du vœu de cette même assemblée de notables , que cet habile ministre avoit dicté ces règlements sévères, qui soumirent le régime militaire à un ordre et à une discipline inconnus en France jusqu'alors. Fénelon étoit sans douté fondé à croire que Louis XIY encore tout-puissant, encore environné de tant de souvenirs de gloire, sauroit se montrer et agir avec autant d'autorité dans une assemblée de notables^ que le cardinal de Richelieu à peine entré dans le ministère, et qui n'avoit pas encore révélé tous leà secrets de son génie et de son caractère. Cest en général une règle peu sûre , que celle de juger les hommes et les choses par les événements. II est des temps où un seul homme commande aux

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éirénements ^ et d'autres, où les hommes se laissent entraîner par les événements.

Il ne faut donc pas que, trop aigris par le sentiment de nos malheurs, nous condamnions Fénelon avec trop de précipitation et de sévérité. U est juste de l'entendre lui*même, et il est permis de croire que si l'on persiste à réprouver son opinion, on absoudra au moins ses intentions.

a Je ne crois point, dit-il ( i ), qu'on doive se flatter « de l'espérance de rétablir le crédit, sur la rupture « hautaine que les ennemis ont faite de la négo- « ciation (à Gertruydenberg). Cette rupture paroia tra injuste et odieuse à beaucoup de gens, pour les a deux premiers mois; mais quand on verra le Roi c accabler les peuples, rechercher les aisés, ne payer a point ce qu'il doit, continuer ses dépenses super* « flues, hasarder la France sans la consulter, et ruiner a le royaume pour faire mal la guerre, le public « recommencera à crier plus que jamais. • • Il est « impossible que le Roi paye ses dettes. Il est im* « possible que les peuples payent le Roi, si les choses « sont au point d'extrémité qu'on nous représente. « La France est comme une place assiégée ; le refus « d'une capitulation irrite le peuple et la garnison; « on fait un nouvel effort pour quatre ou cinq jours,

(1) Lettre de Fénelon au duc de Cheureuse^ 4 ^oùt 1710. {Corresp. 1. 1*% p. 388, etc.)

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« après quoi le peuple et la garnison affames crient <K qu'il faut se rendre , et acceptent les plus hon- « teuses conditions. Tout est fait prisonnier de a guerre ; ce sont les Fourches Caudines.

«c Je ne vois aucune solide ressource , que celle « que vous ùe ferez point entrer dans la tête du Roi. «c Notre mal vient de ce que cette guerre n'a été ce jusqu'ici que l'affaire du Roi . . , 11 faudroit en faire ft l'affaire véritable de tout le corps de la nation. « Elle ne l'est que trop devenue ; car la paix étant a rompue, le corps de la nation se voit dans un péril <c prochain d'être subjugué. De cecoté-là, vous avez <c un intérêt clair et sensible à mettre devant les « yeux de tous les François; mais pour le faire il c( faut au moins leur parler, et les mettre au fait, «c Mais, d'un autre côté, la persuasion est difficile ; a car il s'agit de persuader à toute la nation , qu'il <K faut prendre de l'argent partout où il en reste, et « que chacun doit s'exécuter rigoureusement, pour « empêcher l'invasion prochaine du royaume. . . Pour tt parvenir à ce point, il faudroit que le Roi entrât « en matière avec un certain nombre de notables « des diverses conditions et des divers pays. Il fau- « droit prendre leurs conseils, et leur faire chercher a en détail les moyens les moins durs pour soutenir « la cause commune. Il faudroit qu'il se répandît, ce dans toute notre nation, une persuasion intune et « constante, que c'est la nation entière elle-même qui

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