LIVRE SEPTIÈME. I9I
« Bourgogne dit au Roi et à Monseigneur, avec « respect, avec force, et peu à peu d'une manière a insinuante, tout ce que d'autres n'oseront leur <c dire. Il faudroit qu'il le dit devant madame de « Maiûtenon ; il faudroit qu'il mit dans sa confi- « dence madame la duchesse de Bourgogne ; il fau- <K droit qu'il protestât qu'il parle sans être pousse a par d'autres ; il faudroit qu'il fit sentir que tout ff périt si l'argent manque ; que l'argent manquera « si le crédit ne se relève, et que le crédit ne peut ff se relever que par un changement de conduite, t( qui mette tout le corps de la nation dans la per- « suasion que c'est à elle à soutenir la monarchie « penchante à sa ruine, parce que le Roi veut agir (c de concert avec elle. Le prince pourra être blâmé, « critiqué, rejeté avec indignation ; mais ses raisons a seront évidentes ; elles prévaudront peu à peu , « et il sauvera le trône de ses pères. Il doit au Roi « et à Monseigneur, de leur déplaire pour les em* (c pécher de se perdre... £u même temps, il pourra « demander, avec les plus vives instances, la per^ c mission d'aller à l'armée comme volontaire; c'est « le vrai moyen de relever sa réputation, et de lui « attirer l'amour et le respect de tous les France çois
tt Vous me direz que Dieu soutiendra la France, « mais je vous demande où en est la promesse. « Àvez-vous quelque garant pour des miracles? Il
iga HISTOIRE DE FBSTELON.
a VOUS en faut sans doute , pour vous soutenir a comme en Fair. Les méritez-vous , dans un temps €c oïl votre ruine prochaine et totale ne peut vous a corriger, où vous êtes encore toujours prêt à vous <c flatter ? Dieu s'apaisera-t-il en vous vojrant hu- « milié sans humilité j confondu par vos propres ce fautes sans vouloir les avouer, et prêt à recom* ce mencer, si vous pouviez respirer deux ans?..... « J'espère sans doute que Dieu sauvera la France, ce parce que Dieu aura pitié de la maison de saint et Louis, et que, dans la cqnjoncture présente, la ce France est un grand appui de la catholicité. Mais, (X après tout, ne nous flattons pas ; Dieu n'a besoin ce de personne ; il saura bien soutenir son Église ce sans ce bras de chair. D'ailleurs, je vous avoue ce que je craindrois autant pour nous les succès que ce les adversités. £h! quel moyen y auroit-il de nous c souffrir, si nous sortions de cette guerre sans hu- « miliation complète et finale ? Qui est-ce qui pour- <K roit nous corriger, après avoir été incurables par « Tusage des plus violents remèdes ? Nous paroîa trions abandonnés de Dieu dans la voie de notre «e propre cœur, si Dieu permettoit que nous résisce tassions à une si horrible tempête. Nous ne verce rions plus alors que des torrents de louanges, du «e clergé même. Je puis me tromper, et je le sup- <c pose sans peine ; mais il me semble qu'il nous ce faut ou un changement de cœur par grâce, ou