LIVRE SEPTIÈME. IqS
a une humiliation qui ne laisse nulle ressource flat- « teuse à notre orgueil.
ff Vous me direz que le changement du cœur ne « venant point , il faudroit donc une chute totale. « Je vous réponds que Dieu connott ce.que j'rgnore^ « soit pour donner un cœur nouveau , soit pour ac- « câbler sans. détruire ; il voit dans les trésors de sa « providence le juste milieu que ma foible raison fc ne découvre pas. J'adore ce qu'il fera, sans le péa nétrer; j'attends sa décision. 11 sait avec quelle a tendresse j'aime ma patrie ; avec quelle recona noissance et quel attachement respectueux je dona nerois ma vie pour la personne du Roi ; avec « quelle affection je suis attaché à la maison royale, « et surtout à M. le duc de Bourgogne ; mais je ne « puis vous cacher mon cœur : c'est par cette affecce tien vive y tendre et constante j que je souhaite « que nos maux extrêmes nous préparent une vraie oc guérison , et que cette violente crise ne soit pas « sans fruit.
<K Vous jugez bien , mon bon duc, que cette lettre a est commune pour vous et pour M. le duc de Beau- « villiers. J'espère même que vous en insinuerez doutt cément à M. le duc de Bourgogne tout ce que vous •r croirez utile , et incapable de le blesser. Mais cette ff lettre ne doit pas , si je ne me trompe, lui être a montrée ; il ne convient pas de lui ouvi'ir jusqu'à « ce point , les yeux sur le Roi et sur le gouverne-
T. IV. l3
194 HISTOIRE DH PiSTELON.
a ment; il suffit de lui montrer ce qui est nécessaire a pour le mettre en état de parler avec force ; il faut ce que Dieu lui mette peu à peu le reste dans le ce cœur; il faut que les hommes laissent à Dieu à a achever les derniers traits , et que la f^rûce les a adoucisse par son onction.
tt Pardonnez, mon bon duc, toutes mes imprutf dences; je vous les donne pour ce qu'elles valent. (( Si j'aimois moins la France, le lloi, la maison ce royale, je ne parlerois pas ainsi. D'ailleurs je sais « h qui je parle. »
Jamais sans doute on n'a peint avec des traits plus énergiques, et déploré avec des accents plus touchants les malheurs de sa patrie. Mais le dirons* nous ? Cest dans ce tableau si lugubre et si effrayant, que nous trouvons un nouveau sujet dadmirer Louis XIV. Quel de voit être ce Roi, qui , au milieu de tant de désastres, et dans un moment où toutes les pièces de sa monarchie sembloient tomber les unes sur les autres , et devenir la proie de tant d'en* neinis conjurés contre lui , a su conserver ce caractère de grandeur et de fermeté qui commandoit encore le respect à l'Europe, et une soumission sans borne à ses sujets? Quelle étoit U force du ressort qu'il avoit donné à l'autorité royale, pour avoir su, dans un tel état de choses, comprimer de sa main toute<-puissante l'inquiétude et la légèreté de sa nation, et maintenir tous les ordres