LIVRE SEPTJÈMli:. igS
de son it>yaiime dans les limites qu'il leur avoit prescrites? Ce fut sans doute ee qui sauva la France. Car il est impossible de sonder la profondeur de Tabime où elle seroit tombée , si , dans une pareille crise , il se fût trouvé des corps assez imprudents, et des sujets assez pervers, pour électriser la multitude , et l'enflammer contre le gouvernement. La plus légère commotion intérieure auroit suffi pour séparer toutes les parties de cette machine affaissëe^et les livrer sans défense aux armées étran-
Le motif, ou plutôt le prétexte de la rupture du n croit que Phi congrès de Gertruydeuberg, avoit été le juste refus de Ijouis Xiy, de se charger lui-même de détrôner son petit-Bis. Fénelon avoit applaudi, comme tous les François, à ce refus magnanime, et partagé le désespoir généreux de leur Roi, résolu à périr sous les ruines de la monarchie, plutôt que de souscrire à cette indigne abjection. Mais Fénelon pensoit que Philippe V étoit obligé, en conscience et en honneur, de prévenir un si cruel malheur, en abdiquant volontairement la couronne d'Espagne. Nous avons à ce sujet un Mémoire très-curieux de Fénelon, et un autre du duc de Chevreuse, en réponse au Mémoire de l'archevêque de Cambrai (i).
Celui-ci avoit établi dans son Mémoire tous les
lippe V doit abdiquer ; opinion contraire du duc de Chevreuse.
(i) Œuvres de Fénelon, t. XXII , p. 5i5, etc. $35, etc.
1C)() HISTOIRE D£ ITÉNELON.
motifs puisés dans l'ordre des lois de la nature, de la justice, de la politique et de la reconnoissance, qui dëfendoient à Philippe V de compromettre, pour son seul intérêt, par une opiniâtreté peu réfléchie et peut-être inutile, l'héritage de sa propre maison, de la couronne de son aïeul , de son père, de son frère aîné.
Quelque plausibles que fussent ces considérations, elles n'avoient pas entièrement persuadé le duc de Chevreuse, qui leur opposa des considérations également puissantes, dans un Mémoire que nous avons sous les yeux.
Ce que nous admirons le plus dans cette cori*espondance intime entre deux hommes vertueux et éclairés qui discutent une question d'un si grand intérêt, c'est l'esprit de religion , de justice et de vérité, qui dirige toutes leurs vues, toutes leurs pensées, tous leurs arguments. On observe l'espèce de scrupule avec lequel ils pèsent toutes leurs raisons au poids du sanctuaire. Rien peut-être n'est plus honorable pour la religion , que de voir combien ses principes et ses maximes peuvent influer utilement sur la politique, en rectifiant tout ce que les passions humaines y ajoutent si souvent d'injuste et d'immoral.
I^e duc de Chevreuse prctendoit que Louis XIV ne pouvoit conseiller «i son petit-flls, et encore moins exiger de lui , qu'il renonçât à la couronne