‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 67 sur 157 · LIVRE SEPTIÈME. a · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. a

« hasarde. Que deviendroit-on, si on perdoit une « bataille -dans cette campagne ? et cela est dans Torff dredespossibleSy vu rembafras des subsistances, et « l'épuisement de nos oflBciers et de nos troupes. Il « ne faut pas perdre un moment ; car un moment « perdu engagera la campagne; et la campagne peut « nous faire tomber dans une minorité funeste à « l'État. »

1 Ce fut aussi pendant te cours des^ négociations dont nous venons de parler, que Fénelon rédigea son Mémoire sur la sous^eraineté de Cambrai ( i ). Dans ce Mémoire^ adressé au chancelier Voysin, pour être communiqué au Roi, Fénelon propose à Sa Majesté un article à insérer dans le traité de paix, relativement à la souveraineté de Cambrai. Cette souveraineté avoit été cédée aux évéques de Cambrai, à titre de Bef, depuis environ sept cents ans , par les empereurs d'Allemagne ; et aucun acte légitime n'avoit dérogé depuis à cette disposition. Quelque temps avant le traité de Byswik , signé eu 1697, Fénelon avoit déjà proposé au Roi de se faire céder par l'Empire et par Tarchevêque , cette place importante; mais cette demande n'ayant eu aucune suite, l'archevêque de Cambrai crut que le bien de l'Église et de l'État devoit engager le Roi à revenir sur cet

(i) Ibid, p. 566. Voyez , au sujet de ce Mémoire y les Lettres de Fénelon au duc de ChevreusCy des 17 novembre 171 1, 1 janvier et 1 février 171 a. [Corresp, 1. 1*', p. 5i3, 535 et

es.

Mémoire sur

la souveraimelé

de Cambrai,

Plan de gou9er-'

nement,conterik

entre FéneloD

et le duc de Chevreufle.

a34 HISTOIRE DE F^NELOlf.

article. Tel est l'objet de son M(imoire^ dans lequel on retrouve les sentiments du plus parfait dévouement aux intérêts du Roi, aussi bien qu'à ceux de la religion. Cependant il ne paroit pas que cette nouvelle démarche ait eu plus d'effet que la première. Il Pendant les négociations pour la paix , et quelque temps même avant qu'elles fussent entamées^ Tâge avancé de Louis XlVy et la situation dans laquelle se trouvoit le duc de Bourgogne devenu Dauphin , et héritier présomptif du Roi son aïeul, firent penser à Fénelon que le temps étoit arrivé de proposer au jeune prince un plan général de gouvernementy fondé sur les maximes religieuses et politiques dont il avoit été nourri. Du fond de sa retraite, l'archevêque de Cambrai se plaisoit à voir, dans son ancien élève, un prince destiné à rendre à la France cette prospérité intérieure dont elle avoit un besoin si pressant, après tant de guerres brillantes, suivies de la guerre la plus malheureuse. Il Ce fut vers cet objet important qu'il tourna toutes ses pensées , dans le plan général de gouvernement qu'il traça au duc de Bourgogne. Il ne voyoit plus entre ce jeune prince et le trône, qu'un Roi de soixantequatorze ans ; il devoit naturellement croire que la Providence avoit réservé à ce jeune prince la gloire de mettre à exécution ces grandes maximes de morale politique auxquelles il attachoit le bonheur de la France. Nous avons l'esquisse de ce plan, trace

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de la main de Fénelon : il embrasse tout Tensemble du gouvernement et toutes les branches de l'administration, et il montre l'intérêt et ^attention avec lesquels Fënelon s'étoit occupé de ce grand travail. Toutes les parties de son système politique étoient si bien liées entre elles, qu'il jugea suffisant d'en former un tableau général, pour qu'on pût saisir d'un coup d'œil ses principes , leurs rapports entre eux, et la facilité d'en faire l'application. Mais il sentoit qu'il lui étoit impossible, dans la position où il se trouvoit, d'en donner le développement dans des mémoires détaillés, qui auroient exigé trop d'étendue; de pareilles discussions ne pouvoîent guère être traitées que de vive voix. Ce fut par ce motif qu'il invita le duc de Chevreuse de se rendre a sa terre de Chaulnes, oîi il se proposoit d'aller le joindre.

<f Les conversations que je voudrois ' avoir avec « vous, lui dit-il (r), peuvent être facilemetit re- « tardées jusqu'à une occasion naturelle. Quand K vous pourrez , sans dérangement d'affaires et * sans inconvénient politique y venir à Cbaulnes, « nous démêlerons plus de questions en une semaine, tf que je ne pourrois le faire par de très-longs mé- « moires, qui me coûteroient plusieurs mois de tra-

(i) Lettre de Fénelon au due de Cheireuse , 9 juin 171 1. {Corresp. 1. 1*', p. 458.)

à36 HISTOIRE DE Fé^TELON.

/( vail. Je me bornerois, à Chaulnes, à mettre dans a une espèce de taùle , comme un agenda , le ré- « sultat de chaque conversation. Cette table vous « rappelleroit toutes les maximes arrêtées entre nous; <c et les maximes arrêtées entre nous vous mettroient

« en état de donner la clef des tables

a Comme vous viendrez peut-être à Chaulnes ce vers la fin de la campagne, comme vous le fîtes ce l'année dernière , je suis tenté, en cas-là, de n'y a aller point maintenant , quoique M. le Yidame ce m'en presse , pour éviter d'y aller deux fois. J'ai ce toujours désiré, autant que je le devois , de mé- « nager M. le Vidame, par rapport à mon état de a disgrâce ; mais j'avoue que je le désire à présent « beaucoup plus qu'autrefois , pour ne courir pas «c risque de lui attirer quelque exclusion ou dés^ a agrément (i). Ainsi je conclus, que si vous devez

(i) Il étoit alors question d'une nouvelle érection du comté de Chaulnes en duché-pairie, en faveur du Vidame d'Amiens , fils puîné du duc de Chevreuse. Le comté de Chaulnes a voit déjà été érigé en duché-pairie en iSai, en faveur d'Honoré d'Albert, seigneur deCadenct, frère du connétable de Luynes. Ce duché s'étoit éteint en 1698 , par la mort, sans enfants mâles, de Charles d'Albert , duc de Chaulnes , fils d'Honoré. Les biens de cette branche étoient passés, par substitution , r.u Vidame d'Amiens ; et le duc de Chevreuse obtint en effet , au mois d'octobre 17x1, une nouvelle érection du duché de Chaulnes , en faveur de son fils puîné, le Vidame d'Amiens, qui prit alors le titre de duc de

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