‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 72 sur 157 · LIVRE stPrlhsE. l5l · texte numérisé non relu

LIVRE stPrlhsE. l5l

la cDbftidërâtiàti ((tife de ghincles rértùs et de grands talents atirbiènt ajoutée à l'éclat et à la puissance du lt*ône ; c|ui se ^eroit vu secondé par l'opitlioh publique ; dont la fermeté bien contiué àuroit édârté les gi^ands obstacles et les petites iutrigUèk , et doiit les iniliistres auroient été les homtûeé 1^ plUë vei^tueux et les plus éclairés de la nation. Quelle forte un concbiirs aussi rare d'hommes , de moyens et de cit*cohstahceSy n'aurbit-il pas donné à la puissance souveraine, inspirée par un ardent atnour de Yot^ dre et delà justice?

Enfin il est essentiel de IremarqUët* et de se H^souvenir que la forme que Féttelon prbpdftbit pour là composition des Etats généraux y ne laissoit poitlt à Hdbuter le déchaînement de ces passions haineuses qui ont déchiré la France, et mis en pièces là monarchie.

Si, malgré toutes ces cdiisidératlons , qtt'il est peut-être plus facile de rejetei* àVèc huniëdi*, que de discuter avec ulle eiltière impartialité, le sëntiihent toujours présent des grands malheurs qui ont suivi des essais dangereux , portoit tios lecteurs A penset* qite Fénelon s'étoit laissé entraîner ati mouvement de son cœur et à la séduction d'une imagination trop confiante, nous ne chercherions pbint à cottibattre cette espèce de méfiance assez excusable dans une génération à peine échappée aux plus terribles convulsions; nous ne chercherions pas même

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à établir, par le parallèle afRigeant des temps et des pei*sonnes , que ce qui pouvoit être teaté avec succès par le duc de Boui*gogne, devoit nécessairement renverser le trône à une époque bien différente. Nous nous bornerions seulement à représenter aux censeurs trop sévères, qu'au moment où Fénelon s'abandonnoit à ses vertueuses illusions, il n*étoit peut-être peï*sonne en France , à Fexception du duc de Bourgogne et de son précepteur, qui eût seulement l'idée de s'occuper du soulagement du peuple. Il nous semble qu'un sentiment aussi estimable doit suffire pour mériter la reconnoissance publique à l'homme qui manifestoit des intentions si bienfai* santés.

Si, de ces considérations générales, nous passons à l'examen des détails du plan de Fénelon , on sera du moins forcé de reconnoître qu'il renferme, sur l'administration publique , des vues bien plus étendues qu'il n'appartenoit au temps où il écrivoit.

Ce qu'il dit sur le commerce, et sur la juste liberté que le gouvernement doit lui accorder, sans chercher à intervenir dans toutes ses opérations par une influence indirecte et des règlements oppressifs, a été depuis hautement proclamé par tous les bons esprits, et même adopté assez généralement.

Les changements qu'il proposoit dans la magistrature, ne tendoient qu'à la suppression d'un

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grand nombre de places inutiles, que le malheur des temps, et les besoins d'argent, bien plus que Fintérêt des peuples, avoient forcé de crëer.

L'établissement des États proi^inciaiix étoît sollicité par l'opinion publique, quelques années avant la révolution, avec une ardeur qui indiquoit tous les avantages que l'on auroit pu en retirer, en les modifiant avec sagesse.

L'expérience de tous les bienfaits que le Langue* doc recueilloit de son administration , avoit laissé une profonde impression dans l'esprit de Fénelon ; et c'est ce qui le faisoit insister constamment à proposer les États du T^ngiiedoc pour modèle des États proinnciaux. Il falloit en effet que la constitution de cette province eût en elle-même un principe actif d'ordre et d'amélioration , puisque les progrès successifs et rapides de la prospérité du I^nguedoc frappoient tous les regards, et excitoient la jalousie des provinces voisines. Les administrateurs du Languedoc pouvoient dire avec confiance à leurs détracteurs : Venez ^ voyez ^ et jugez.

L'établissement des Etats provinciaux auroit probablement dispensé Fénelon de recourir à l'essai si terrible et si dangereux des États généraux. T/CS États provinciaux suffisoient pour procurer au gouvernement tous les secours, tous les moyens de force, de crédit et de prospérité qu'il pouvoit désirer ; et sans doute il auroit hésité à mettre en présence du

a54 HISTQIRB OS irW£I^ON.

iVQW une puissance fortnidable , dont Ie$ raoiqdl'es niQUV^n^enta dévoient produire des effets si ter? ribles.

Quant à ce qui regarde les ministres de )a reli-

gion , bur juridiction , Fei^ercice de leurs fonctions , leur soumission à la puissance publique ^ rindépei^dancp du iT^inistère purement spirituel , il est iinpossible de s'exprimer avec plus d'exactitude ^t de désintéressement. On voit également qu'il reconnois- SQÎt l'obligation incontestfible où étoit le clergé 9 de contribuer aux charges de l'État sur ses revenus. Fénelon n'étoit pa$ élpigné de rétablir l'ancien usage des élections canoniques, en en combinant la forme avec la juste influence qui doit appartenir s^u souv^rt^iu, sur le choix des premiers membres du premier çqrps de l'Ëtat (i).

On ne m^uquera pas de se récrier s^ur la grande fstYCur que Fénelon paroU accorder au préjugé de la naissance ; mais il pensoit comme Montesquieu a depuis pensé ^t écrit , qu'il ne peut exister de monarchie sans noblesse (^); il vivoit daps une monarr chie pu la noblesse étoit établie, et il travaijlpit pour un ufonarque.

Ce qu'il y auroit de plus raisonnable h dire, p'est que Fénelon auroit peut-être renoncé lui-même à l'exécution d'une partie de ses plans , si la Provi-

(i) Œuvres^ t XXII, p. S8a.

(9) l(oBt|)squie(i, Es^H dçs ^ois; Uy. II , chap- 4-

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dence Teût placé à la tête du gouvernement. Rien n^est en effet plus facile que de former des plans dans la solitude de ses pensées j dans le silence de son cabinet, où Tesprit ne voit que c^ qui est utile et raisonnable, où le cœur n'éprouve que des sentir ments vertueux , et s'abandonne avec douceur à la passion du bonheur public; n^ais rien n'est plus difficile que de soumettre à l'exécution toutes ces brillantes théories. C'est alors qu'on est arrêté à chaque pas par toutes les contradictionsque suscitent les intérêt^ et l^s passions des hommes; contradictions qu'on néglige trop souvent de faire entrer dans ses calculs ; et c'est de la j pour me servir d'une expression très-familièfe à Fénelon, que viennent tant de mécomptes qui affligent si souvent le cœur des geus de {)ien , et déconcertent leurs généreux elTprts. ^^

Mais tandis que Fénelon préparoi t le bonheur Mort du duc d'une nouvelle génération, la mort, qui trompe aussi \io**eX^T' souvent dans cette vie passagère les espérances de la priuce, par vertu que les folles pensées de l'ambition, éloit prête . .* "^ à frapper 1^ duc de Bourgogne. Février Z7ia.

En parcourant ces monuments précieux, où l'âme de Fénelon et celle de son jeune élève semble respirer toute entière, j'aimois à fixer mes regards et ma pensée sur ces caractères tracés par des mains pures et vertueuses. J'y retrouvois à chaque ligne ce respect profond de la religion, si favorable à l'autorité des rois, si utile à l'intérêt des peuples,

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si nécessaire à T harmonie des sociétés ; ces mouvements de deux cœurs passionnés pour la félicite des hommes, ces pensées généreuses, cette bonté éclairée, qui annonçoient à la France un gouvernement paternel, dont la fermeté auroit été tempérée par l'ordre, la justice et la douceur; je croyois déjà voir le siècle du bonheur succéder au siècle de la gloire. . . Mais j'ai senti ces papiei*s s'échapper de mes mains; de tristes souvenirs ont obscurci ces images si douces et si consolantes. Quatre-vingts ans s'étoient à peine écoulés depuis la mort de Fénelon et du duc de Bourgogne; et des hommes sacrilèges ont démoli jusqu'aux fondements le temple antique et vénérable oîi Fénelon célébroit les mystères de la religion , ont renversé l'autel qui reçut tant de fois ses vœux pour le bonheur de la France , ont brisé la chaire oîi il fît entendre sa voix! La paix des morts a été violée; un même jour a vu disperser la cendre des rois qui dormoient dans le silence des voûtes antiques, et des pontifes qui reposoient à l'ombre du sanctuaire ( i )... DIEU SEUL EST GRAND, DIEU SEUL EST

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