‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 79 sur 157 · LIVRE SEPTIÈME. HIJ · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. HIJ

« écrire rien de si beau et de si bon ; et si le prince « que nous pleurons a eu quelques défauts , ce n'est « pas pour avoir reçu des conseils trop timides , « ni qu'on Fait trop flatté. On peut dire que ceux « qui vont droit y ne sont jamais confus. »

C'est ainsi que madame de Maintenon rend enfin une justice tardive à Fénelon. Cet aveu est d'autant plus remarquable, qu'il vient d'une femme autrefois son amie , devenue ensuite son ennemie; et l'on sait assez que lorsqu'un de ces sentiments succède à l'autre, on s'irrite encore plus contre l'objet de sa prévention j pour se justifier à soi-même ses propres variations.

On voit que madame de Maintenon affecte dans cette lettre une grande estime pour la franchise courageuse de Fénelon , et de grands regrets sur la perte des écrits que Louis XIV veuoit de brûler. Il est difficile de juger jusqu'à quel point ces regrets de Bcauvillim. étoient sincères.

Fénelon avoit fait sentir au duc de Chevreuse ( i ) combien il étoit à désirer que le duc de Beauvilliers se rapprochât de madame de Maintenon, pour disposer le Roi à adopter, de son vivant, toutes les mesures propres à prévenir les malheurs qui dévoient suivre sa mort. Il ne se flattoit pas sans doute que madame de Maintenon « agît ni par grâce, ni

Dispositions

de madame

de Maintenon

à regard

de Fénelon

et du duc

(i) Lettre du 8 mars 171a, citée plus haut, p. ^72, etc.

278 HISTqfB£ DE F^H^LON.

% fnéme aypc une certaipe fpfce ^e pru^enpe él^- ^ vée j filais il désîroit qu'on pfit s'en sepvir, cof^ine « pjeu §e ^^rt des plus foibles insLrumispts , ai; (i inqipç poi^r empêchfsr de certains ^lalheurs (1): <( Il exhqrtoit le ^uç de PeauYÎUiers, à tâcher de li)j pecçpader, « que ce p'^f oit point en épargnant (K pbaque jour jlu Epi la vfi^ de que}q^es d^M^ils épi- « jf^pux et: affligeants y qu'on trayajllpfpit spliden^ent (f ^ le sQvil^gep et ^ 1^ çpnserverî quf; les ppi^p^ <^ renaîtroient sur ses p^s à toutes les heures \ q^ jl (( ne pouvpit se soulager, qu'en s'exécuta^^ d'^bon) « eii toute rigueur (t)). »

Fénelon, bien convaincu de l'insurmontable pr^ ypntion de niadafne de Maintepon contre lui, demandoit au dup de Beauvil}iers de le sacrifier lui-même^ pour ne laisser aucun ombrage sur leurs rapports d'estime, de confiance et d'opinions. Il exjgeoit de Iqi, qu'il déclarât nettement ^ madame de Mainte9Pn(3), a qu'il lui parloit sans intérêt, ni pour lui, ni pouf (c se$ amis, sansi prévention et s^ns cab^lp ; que^ pour a s^s spi^timents sur Is^ reUgioq ^ il n'en vouloit jac( majs^voir d'autres qqe ceux dusaint-siége; qu'il c( ^e tçi^oit à riçn d'e^^traordiqair^ ; et qi^'il auroi^

(i) Mém. polit, mars 171a. ir Mêm, n. 18. {QEufvrs, t. XXII y p. 604.) — Lettre au duc de Chevreuse, du 8 ms^rs 1712. [Corresp. 1. 1*', p. 554.)

(a) Mém, polit, ubi suprà^ n. 16.

(3) Ibid. n, 17.

I4VRP s^Tiin^. 9^79

« horreur de 8e$ «mis mêmes , s'il apercevait m « ew quelque entêtement; ou artifice , ou goût de <K Douyeauté.4

Le duc de Be^uvilliers eut eu effet uu entretien particulier avec madame de Maintepoa; il parut satisfait de ses dispositions y et de son désir de concourir avec lui , pour inspirer au Roi les mesures les plus convenables àux circonstauoes. La lettre de madame de Maintenon , que nous avons r^^pportée , paroissoit en effet annoncer, de ^ part, un retour à ses anciens sentiments de goût et d'estime pour cet homme vertueux, fille n'avoit d'ailleurs plus rien à redouter de son ascendant sur le duc de Bourgogne, qui nexistoit plus; et il étoit asse^ naturel que , dans Tétat de trouble, de douleur et de consternation où tant de catastrophes venoient de plonger le Roi , la famille royale et la cour , elle désirât sincèrement de renouer avec un ancien ami, dont la piétç, la droiture et la modération ne s'étoient ji^mais démenties. £lle se trouvoit ellemême isolée , inquiète , incertaine , affligée du présent I tourmentée de layeniri et fatiguée de ce poids incompréhensible de dégoût et d'ennui , qui dévoroit cette existence si enviée. Elle avoit perdu l'évêque de Chartres ; elle étoit mécontente du cardinal de ï^oailles; et elle n'étoit pas encore entièrement livrée à Tévêque de Meaux( depuis cardinal de Bissy.) Elle voyoit le Roi appesanti par l'âge,

a8ô HISTOIRE DE FElTELOir.

attriste par le malheur, prive de Taimable distraction que le mouvement, la gaietë, les grâces, la complaisance et la douce séduction de la duchesse de Bourgogne apportoient au cours uniforme de ses journées, et au sérieux de son caractère. Le maréchal de Villeroi, élevé avec Louis XIV, et qu'une longue habitude lui rendoit d'autant plus agréable, qu'il n'avoit pas à en redouter cette supériorité d'esprit, souvent plus fatigante que nécessaire à un roi dans l'intimité de la société , auroit pu faire une utile diversion à ées longues soirées, que madame de Maintenon ne pouvoit plus remplir, malgré tout l'intérêt de sa conversation ; mais le maréchal a voit cru punir Louis XIV de lui avoir oté le commandement des armées, en s'éloignant de la cour|, et n'y paroissant plus que très-rare^ ment. .

Enfin, madame de Maintenon savoit, mieux que personne, que le Roi avoit toujours eu autant de goût que d'estime pour le duc de Beauvilliers ; elle avoit même éprouvé que l'opinion qu'il avoit de sa fidélité et de sa probité , avoit résisté à ses insinuations e.t à ses attaques , pendant les discussions orageuses du quiétisme. Il n'est donc pas étonnant, que , dans le premier moment, madame de Maintenon ait été assez portée à se réunir au duc de Beauvilliers , et à entrer dans ses vues, pour le présent et pour l'avenir.

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