‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 80 sur 157 · LIVRE SEPTIÈME. a8l · texte numérisé non relu

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Le duc de Cheyreuse s'empressa d'instruire Fénelon de cet heureux début, et l'invita, au nom du duc de Beauvilliers , à lui communiquer ses idées , pour travailler sur un plan suivi.

Ce fut à cette occasion, que Fénelon rédigea plu- Nouveaux sieurs Mémoires, dont nous avons sous les yeux les ^^'P^ '■ manuscrits originaux , et qui ne peuvent manquer de Fénelon. d'inspirer un grand intérêt, par le nom de leur au- '^''* leur j et par l'importance des matières qui en font l'objet (i).

Lorsque Fénelon s'étoit occupé, au mois de no« vembre 171 1, de tracer un plan de gouvernement pour le duc de Bourgogne, il n'étoit question que d'établir les formes et les bases d'une bonne admi** nistration : la succession au trône étoit assurée ; elle arrivoit paisiblement et directement à un prince parvenu, malgré sa jeunesse, à une maturité de raison, et à un degré déconsidération, qui ajoutoîent encore plus de force et d'autorité à la puissance souveraine ; il ne s'agissoit que de lui inspirer toutes les bonnes et vertueuses pensées. L'intention de les réaliser étoit dans son cœur; et tous les moyens d'exécution auroient été dans sa main.

Mais, dans le court intervalle du mois de novembre 171 1 au mois de mars 171^, tout avoit changé de face; les destinées de la France ne repo-

(i ) OEupres de Fénelon; t. XXII, p. 696, etc.

a8a HISTPIKB D« F^VELON.

spieiit plus que ^m la tâte d'un vi#ilUr4 de «oixantequaton^e ans, ^t d'un eafaot de deuip Rps, Il étoU cpptrfs toute vraisi3mblaQC0 qq^ Hiouig XIY pût vivre encore assez longtei^ps pour épiirgner k la France les agitations et l^s inquiétude^ d'une minorité. Pans le cours ordinaire des choses, U régence étoit dévolue au duc de fierri, oncle du jeune Rpi, Ce prince, qui ne mourut qu'en 1714» existoit en* core à l'époque ou Fénelon écrivpit se^ Mémoires. C'est ce qui rendoit encore la situation des affaires plus critique, Le droit du duc de Berri au titre de régent y étoit aussi incontestable , que ses moyens, pour en remplir les fonctions, étoient bornés, et même entièrement nuls, Ce prince, qu'on n'avoit jamais pu appliquer à aucune occupation sérieuse , réunissoit au défaut d'instruction, de talents et d'aptitude , une extrême foiblesse de caractère ; il étoit entièrement asservi aux caprices, aux emportements, aux passions violentes et honteuses de sa femme, fille du duc d'Orléans, et accusée, par la voix publique, de vivre avec son père dans un commerce monstrueux. Donner au duc de Berri la régence , avec une autorité absolue et indépendante, c'étoit la donner à la duchesse de Berri, ou plutôt au duc d'Orléans son père.

Malheureusement, ce prince se trouvoit alors luimême accablé sous le poids des imputations les plus atroces. La France entière, consternée de la mort

^pjde 0t mpnéYUo 4'ui| jeupe prince, devenu les délices de I4 natioq ; d'iioe pripcetse eolevée à la fleur d(e 9Qn âge , et ch^re à toute U mur par sa bonté y ses grâces et ses agréments; d'un fils porté au tombe^H \p taêmp jpur que son pèrp et sa oière ;

fccusojt le duc d'Qf^léans d'^voiv préparé des maU heprs d'un g^pFe 4 ^i^tr^ordinaire , pt qui ne laissoiept plus, pfktrp )e trône et lui, qu'un enfant prit à rpndr0 )e dernier ^pupir.

Telles étûipnt les sombres pensées qu'ofTroient à tous les «iprit^ ces in^iges lugpbr^s de iPQrt, de crimes et de poison.

U^e impression bien différente de celle qu'a pu fair^ éprQUVicr la lecture des premiers Mémoires^ se fait septir en lisapt ceux dont nous allops randre compte. Lqrsqpe Fén^lon traçoit un plan de gouvemennept au duc de Bourgogne, taut lui ofTrpit l'iinage ^t ('espérapce de la paix, de l'prdrey de la justipe, dp la sagesse et du honheqr ; mais en ce mor inepty tout lui offre la perspective effrayante des plus grands malheurs pour la France : up0 guerre désastreuse, fine paix incertaine, des fipanqes épuisées, I4 nation accolée d'impôts , la nécessité inévitable de la banqueroute , un roi près de descendre dans le tombeau , un enfant de deuxaps appelé à lui suc? péder, pne n^inorité orageuse , un régent incapable de gouverner e( asservi à une fen^me coupable, la possibilité d'une guerre civile, des sectaires in«

Il84 HISTOIRE DE FÉNELOIf.

quiets et turbulents, un grand crime à venger, difficile à constater, dangereux à punir; telle est l'analyse du second Mémoire de Fénelon, intitulé : Le Roi{\).

Projet Dans une pareille crise, une seule ressource se pré-

un Goniei ^^^^ ^ Fénelon : c'est rétablissement prématuré d'un

de régence. ^

Conseil de régence^ mis en activité par Louis XIV lui-même de son vivant (a). « Il n'en seroit pas moins a le maître de tout, observe Fénelon; il accoutumeec roit la nation à se soumettre à ce Conseil ; il éprou- « veroit chaque conseiller; il les uniroit, les redres- <c seroit, et affermiroit son œuvre. S'il faut, le « lendemain de sa mort , commencer une chose qui « est devenue si extraordinaire, elle sera d'abord « renversée. Depuis longtemps, la nation n'est plus « accoutumée qu'à la volonté absolue d'un seul a maître ; tout le monde courra au nouveau régent... tt II ne faut pas perdre un moment, pour faire éta- << blir ce Conseil. L'étonnement du spectacle, le cri oc public , la crainte d'un dernier malheur, peuvent ce ébranler; mais si, sous prétexte de n'afQiger pas tf le Roi, on attend qu'il rentre dans son train or- <x dinaire, on n'obtiendra rien; iln^j- a aucun jour « où nous ne soyons menacés ou dune mort sou- « daine et naturelle ^ ou dun accident funeste, » Mais, en proposant ses idées sur la composition

(i) OEuvres de Fénelon; t. XXII, p. 600, etc. (2) îbid. p. 604 , etc.

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de ce Conseil, Fénelon se sent tout à coup arrêté par une considération qui semble l'effrayer lui-même, et qu'il n'a ni la foiblesse de dissimuler ni la force d'écai'ter (i) : *c Mettez dans le Conseil de régence

^ N (le duc d'Orléans) , vous lierez F Etat et

« le jeune prince à celui qui est soupçonné de la

« plus noire scélératesse. Excluez N pour ce

« soupçon , vous préparez le renversement de ce « Conseil, qui paraîtra fondé sur une horrible ca* « lomnie contre un petit-fils de France. »

Pour adoucir cette exclusion, Fénelon propose d exclure en même temps les autres princes du sang (a), tous les princes légitimés , tous les princes étrangers, qui s'arrogent la prétention de ne pas regarder le Roi comme leur souverain. 11 veut en6n qu'on ne donne au duc de Berri, régent, que la simple présidence , avec sa voix comptée comme celle des autres^ et pour conclure à la pluralité des suffiages.

Fénelon ajoute , dans un Mémoire séparé , qu'il convient a de mettre dans le Conseil de régence, des ff prélats recommandables par leur naissance ou leur « vertu, ou leur réputation de capacité soutenue de « droiture. Les prélats sont le premier corps de ^ l'État et les premiers seigneurs de la nation. Il

(i) Œuvres, t. XXII, p. 6o5.

(a) Presque tous ceux qui existoient alors, étoient mineurs.

ï86 HISTOIRE DE PÉNKLON.

le importé dé doriner cette forme solennelle à on « Conseil qui aura tant besoin d'autoritë, et dont la (t puissance pourra être contestée. Dé plus^ il s'ait gira souvent des matières de religion^ ^ùe les p^éet lats doivent soutenir. Enfin, ce se^oit les dégrader, tt qtte de les exclure de cette assemblée (i). »

Au feste^ Férielon né se dissimule pas, « que Féta- (t blissetnent de ce Conseil de régence (2) peut faire «t craindre de terribles inconvénients ; mais, dans « Tétat présent,* on ne peut plus rien faire que de trèstt iuijMirféît ; et il seroit encore ^is de ne rien faire, ft Oit ne peut point se coÈitentéf ' de précaUtrôiis on gi^ « dinaires et médto^res. n Éducation Dans un troisième Mémoire (3) , il fait ébnnoîtrc

du jeune prince . 19 y i • i m /* ^

(Louis XV ) ^^^ sentiments sur I éducation de Fenfant encore an berceau, qu#n in'stant pouvoîf placer sût le tronc; il indique les AfSéréntés pevÈontïés qui foi paroisséiA les pi 6s dignei? de ées difficiles et délicates foncïionïs. Nous observerons,à ce sujet, que parmi les difTéreïits évêqués que Fénelon propose pou^ préceptcui^, il né patle pôiw de celui que soA heureuse destinée devoit conduite à ceCt^ fJace, et élever ensuite au rang de premier ministre (4). H insiste' « poui* qu'on er nomme iWM^iatemeiit le Gouverneur, lé Précép-

(i) Ce fragment est tiré d'un Mémoire inédit. (a) OEuvres de Fénelon, t. XXII, p. 608. (3) Ibid. p. 608, etc. (i^ Le cardinal de Fleury.

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« teur^ et les autres persouaes attachées à Téducia- «c tion. Il fie s'agit point d'attendre l'âge ordinaite ; ft le cas n'est que trop singulier. Le Roi peut t manquer tout à eoup ; il fatit nfetti'é, pendant sa « irie^ cette machine en train ^ et l'aVoir affermie « avant qu'il puisse manquer. On peut laisser l'en-* « fant dans les mains des femmes^ et lui donner des « hommes qui iront le voir tous les jours , qui l'ac-' < coutumeront à eux, et qui commenceront itisen- « siblement son éducation. *

Le qnattième Mémoire de Fénelon est peut<»étré Recherche de,.,, le monument le plus effrayant oùe puissent offrir les (^^"f'»'"* '™-

* ^ T. r pute au duc

annales de l'histoire (l); il avertit à jamais lesprrn-» d'Orléans par la ces, du prix qtf'ils doivent attacher à une bonne ^°« P^^ique.) répntatfOA^ et que l'opinion publique se tetige toujours cffueltement à leur égard^ du mépris qti'rls Aïontrent pour elle. Quand ati voit un prince, tel que le duc d'Orléans, naturellement humain et généreux, doué de toutes les qualités aima'bles qui concilient )es cœurs et les affections ; un prince qui ne se permit jamais un acte de rigueur; qui dédaigna de se venger de ses ennemis et de ses calomniateurs, aussitôt qu'il en eut le pouvoir; qui portât nème lar clémence à un degré très-remarquable ;

(1) Œuvres y t. XXII» p. $96, etc. Ce mémoire est intitulé :

^cherches de Pénelon n'ose achever ; il craint de souiller

sa plume en indiquant la nature du crime.

{Note de C auteur.)

!l88 HISTOIRE DE FÉNELOlf.

lorsqu'on voit un tel prince accusé, par toute une nation, des crimes les plus lâches et les plus atroces, on est d'abord tenté d'attribuer un pareil déchaînement aux manœuvres profondes de la haine et de l'ambition. Cependant, il est certain que le duc d'Orléans n'avoit point d'ennemis; son seul, son plus dangereux ennemi , étoit lui-même ; s'il fut injustement accusé, il ne dut s'en prendre qu'à lui seul. On le jugea tel qu'il affectoit de se montrer; en refusant de croire à la vertu et à la probité, il mérita qu'on doutât de sa vertu et de sa probité, et, comme le dit Fénelon, il rendit croyable tout ce qu*on a le plus de peine à croire.

11 falloit que les horribles soupçons qui accusoient le duc d'Orléans du plus grand crime, fussent bien généralement répandus, et offrissent tous les caractères de la vraisemblance, pour avoir pu rendre nécessaires les terribles précautions que Fénelon conseille dans ce Mémoire.

Ni Fénelon, ni le duc de Beauvilliers, ni le duc de Chevreuse, n'étoient prévenus contre ce prince. On voit même, dans les Mémoires de Saint-Simon^ qu'ils l'avoient servi utilement auprès du duc de Bourgogne, dans un temps oîi une intrigue imprudente en Espagne, avoit déjà jeté sur lui le soupçon d'un grand attentat (i). Cetoit le généreux intérêt

(z) Voyez les détails de cette affaire dans len Mémoires de

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