‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 90 sur 157 · LIVRE HUITIÈME. SlQ · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. SlQ

tout ce qui est digne de fixer l'intelligence humaine, depuis l'existence de Dieu jusqu'à la nature de flotre âme et ses destinées; questions toujours si attrayantes pour les esprits raisonnables^ qui aiment à y trouver le fondement et la sanction de toutes les vérités morales. Une âme qui sent et qui réûéchit) ne peut jamais trouver le repos et le bonheur dans les fatigantes agitations du doute et de l'incertitude.

« Cette curiosité, dit La Harpe, est inséparable de

c la raison humaine; et c'est parce que celle-ci a des

« bornes, et que l'autre n'en a pas. Cette curiosité

c en elle-nriême n'est point un mal ; elle tient à ce

ff qu'il y a de plus excellent dans notre nature ; car

ff s'il n'est donné de tout savoir, qu'à celui qui a tout

€ fait , l'homme s'en rapproche du moins autant

« qu'il le peut, en désirant de tout connoître; et

« Ton sait que ce grand et beau désir a été, dans

« les sages de tous les temps, le sentiment de leur

« noblesse, et le pressentiment de leur immortalité.

« Sans doute ce désir, qui ne peut être rempli que

« dans un autre ordre de choses, sera toujours trompé

« dans celui-ci; mais du moins, nous lui devons ce

< que nous avons pu acquérir de connoissances spé-

« culatives ; et les illusions qui ont dû s'y mêler

a sont celles de l'amour-propre, et prouvent seule-

« ment que la raison a besoin d'un guide supérieur.

Traité

De C Existence

de Dieu,

Jugement

de La Harpe

sur cet ouvrage.

3ao uisTOiuii: dr fenelon.

ce qui lui trace la carrière hors de laquelle elle ne a peut que s'égarer (i). »

Des motifs moins purs inspirent également ua grand intérêt pour ces questions, aux esprits déréglés et aux cœurs corrompus. Ils y cherchent, non la lumière, mais les ténèbres, pour échapper aux remords de la conscience, et pour s'étourdir sur leurs erreurs et sur leurs passions.

La plupart des écrits philosophiques de Fénelon n'ont paru qu'après sa mort ; il ne les avoit composés, ((ue pour répondre à la confiance de ceux qui l'interrogeoient. Une disposition naturelle nous porte toujours à nous confier à ceux dont nous honorons la vertu.

La première partie de son traité De t Existence de Dieu est la seule qui ait été imprimée de son vivant ; il paroît même, par quelques réflexions du père de ïournemlnc, dans la Préface qu'il plaça à la tête de la Démonstration de VExistence de Dicu^ que ce fut sans l'aveu de Fénelon. Mais ceux entre les mains de qui elle étoit tombée, jugèrent que la question élant d'un intérêt si général, et la manière dont cette première partie étoit traitée étant accessible à l'intelligence du plus grand nombre des hommes, on pouvoit être excusable de

(i) La Harpe, ubi sitpm, p. 294-

Page 1