LIVRE HUITIÈME. 3a I
ne pas attendre le consentement de l'auteur pour en faire jouir le public.
Les deux parties du traité De F Existence de Dieu^ n'étoient que l'ébauche d'un grand ouvrage, que Fénelon avoit entrepris dans sa jeunesse, et qu'il n'acheva pas. Les fonctions qui l'appelèrent à la cour, la controverse du quiétisme, celle du jansénisme, et les devoirs de son ministère, ne lui en laissèrent ni le temps ni la liberté. C'est par cette raison qu'on n'y retrouve point, peut-être, toute l'exactitude et toute la précision qu'il auroit pu lui donner, s'il avoit eu l'intention de le rendre public (i).
Mais malgré l'état d'imperfection où Fénelon l'a laissé, « on y retrouve toujours, dit La Harpe (a), le ff mérite le plus rare et le plus précieux, celui de « joindre naturellement, et par une sorte d'effusion <r spontanée, le sentiment à la pensée, même en « traitant des sujets qui exigent toute la rigueur du
(i) C'est au sujet de cet ouvrage de Fénelon, que Leibniz écrivoity en 17x2, à M. Grimaret : « J*ai lu avec plaisir le « beau livre de M. de Cambrai sur V Existence de Dieu, Il « est fort propre à toucher les esprits; et je voudrois qu'il > fit un ouvrage semblable, sur l'immortalité de Tâme. S'il « avoit vu ma Tbéodicée, il auroit peut-être trouvé quelque « chose à ajouter à son bel ouvrage. » (Œuvres de Leibniz, t y, p. 71.) Leibniz eût vraisemblablement supprimé cette dernière réflexion, s'il eût connu la seconde partie du Traité de Fénelon ; mais elle ne fut publiée que longtemps après.
(1) La Harpe , ubi suprà^ p. 3o3.
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3aa HISTOIRE DB FéNELOJN.
ce raisonnement) et c'est l'attribut distinctif de la a philosophie de Fénelon ; c est ce qui répand sur a cet ouvrage une éloquence si affectueuse et si tt persuasive* La première partie est un magnifia que développement de cette grande et première (c preuve d'un être créateur/ tirée de Tordre et de a l'harmonie de l'univers ; preuve d'autant plus ad- « mirable^ qu'elle est à la portée du commun des a hommes, qui la conçoit par le plus simple bon « sens, en même temps qu'elle épuise la méditation a du philosophe. Cette preuve, saisie en elle-même « par le sens intime, étonne et confond dans les déc tails la plus haute intelligence. Fénelon n'a fait a qu'étendre et analyser ces paroles si souvent ci- « tces : Cœli enarranl gloriarn Dei : Les cieîLt ra^ « content la gloire de l'Étemel (i). Mais c'est en « développant cette idée, que l'on sent mieux comte bien elle est juste et féconde. Les plus savants a scrutateurs des choses semblent n'avoir travaillé c< que pour remplir l'étendue de cette idée. Mais c( aucun d'eux, ni aucun de ceux qui les ont dea vancés ou suivis, ni aucun de ceux qui les sui- « vront, ni tous les hommes ensemble, s'ils poua voient se réunir pour creuser cette idée im- « mense, ne parviendroient à en trouver le terme. <c Les ouvrages de Dieu ne sont finis que pour lui, « et seront toujours infinis pour nous...
(i) Psalm. XVni, a.