‹ Histoire de Fénelon, archevêque de Cambrai (volume 2)Chapitre 92 sur 157 · LIVRE HUITIÈME. Sai · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME. Sai

a Fénelon ne fait que suivre CicéroD, dans la brilc lante esquisse où il a tracé réconomie du monde; « mais il l'emporte sur lui, dans la décompoçition a anatomique des différentes parties du corps hu- « main, beaucoup mieux connues des modernes que a des anciens. Il sait revêtir de couleurs brillantes c tous tes détails scientifiques par eux-mêmes, mais « dont le résultat offre le plus merveilleux spectacle.»

On a reproché à Fénelon de n'avoir pas dédaigné de réfuter des hypothèses aussi ridicules que celles d'Épicure et de Lucrèce, sur la formation du monde, et même de s'être un peu trop étendu à en développer les extravagances et les absurdités (i).

1 Pour le justifier sur ce point, il sufBroit peutêtre de remarquer qu'au temps où Fénelon écrivoit, on voyoit déjà dans la société ([uelques symptômes de ce funeste athéisme, qui fut ouvertement soutenu, quelques années après, par des écrivains trop célèbres, et qui eurent une si malheureuse influence sur Tesprit de leurs contemporains. Le système de Spinosa, qui renouveloit, sous une forme plus spé» cieuae^ les hypothèses ridicules d'Épicure et de Lucrèce, avoit déjà un certain nombre de partisans; et les plus sages écrivains le regardoient comme un des plus importants objets de la controverse religieuse (a).

(i) La Harpe, ibid, p. 3o6.

(2) Parmi les auteurs contemporains de Fénelon, qui s'appliquèrent à réfuter le spinosisme, nous citerons en parai.

3!X4 HISTOIRE DE FEEIRLON.

Fénelon, en particulier^ avoît sous les yeux de tristes exemples de la tendance de certains esprits à Tincrédulitë ; dès l'an t685, il exprimoit, avec les accents de la plus vive douleur, ses inquiétudes à cet égard y dans un de ses plus beaux Sermons (i); et sa correspondance avec le duc d'Orléans, dont nous aurons bientôt occasion de parler, dut singulièrementaugnienter ces inquiétudes,yers la fin de sa vie.| D Mais quoi qu'il en soit des circonstances particulières qui l'engagèrent à s'étendre sur ce point dans le traité De CExistence de Dieu^ on ne peut qu'être frappé de la solidité qu'il a su mettre dans cette discussion. || Quelle sagacité dans ses raisonnements! quelle richesse dans sa diction! que d'élévation dans ce morceau sur l'union de l'âme et du corps {pL)\ «Comme l'Écriture nous représente « Dieu qui dit: Que la lumière soit y et elle fut {^}\ ce de même la seule parole intérieure de mon âme, cr sans effort et sans préparation , fait ce qu'elle dit.

ttculier Jacquelot , Traité de i'Exist, de Dieu, — Levassor, Traité de ta vérit. Bei. — Fr. La mi, Le nouvel atiiéisme reor-

versé. •— Touriieinine, Réflexions sur C athéisme^ l\ la suite du traité de Fénelon sur VExistencc de Dieu, — Bunier, Expo*

sition des preuves les plus sensibles de la véritable Religion»

(ÉDIT

(i) Semion pour la /été de r Epiphanie, 11* partie, OSuvres, U XVII, (p. 195, etc.)

(a) Fénelon, Démonstr, detExist, de Dieu, l'** part, n' 4^- (3) Gènes. I, 3.

LIVA£ IIUITIKME. 3^5

« Je dis en moi-même, parcelle parole si inlérieure, c si simple el si momealanée : Que mon corps se « meuuej et il se meut k celle simple el ialime « volonté, loules les parties de mon corps Iravail- «lenl déjà; lous les nerfs sonl lendus, lous les c ressorls se hâlenl de concourir ensemble ; el loule c la machine obéil^ comme si chacun de ses organes « les plus secrets enlendoil une voix souveraine el c loule-puissanle. Voilà sans doute la puissance la c plus simple el la plus efficace qu'on puisse conce- « voir ; il n'y en a aucun aulre exemple, dans lous « les élres que nous connoissons. C'esl précisément « celle que les hommes persuadés de la Divinité, lui « allribuenl dans loul Funivers. L'altribuerai-je à a mon foible espril, ou plutôl à la puissance qu'il a « sur mon corps^ qui est si différente de lui ? Croi- « rai-je que ma volonlé a cet empire suprême par cr son propre fonds, elle qui esl si foible el si imc parfaite? Mais d'où vienl que, parmi tant de c corps, elle n'a ce pouvoir que sur un seul ? Nul c aulre corps ne se remue selon ses désirs. Qui lui a a donné sur un seul corps ce qu'elle n'a sur aucun a aulre ? »

« Si Fénelon a suivi Cicéron dans la première « partie de son Irailé, dil encore La Harpe (i), dans « la seconde il suit Descartes. 11 se sert de son

(i) Cours de Uu. nbi snprà, p. 3o8.

3a6 HISTOIRE DE fÉURtO^.

Qc doute méthodique, pour parvenir à la connois- (c sance d'une première vérité; et bientôt il anûvep fK comme lui| à cette proposition fondamentale, ff base de toute certitude : Je pense; donc Je suis, a II s'élève ensuite, comme lui, de conséquence en ce conséquence, jusqu'à l'idée de l'être nécessaire et a nécessairement infini, que nous appelons Dieu, a Cette idée exalte son imagination sensible ; et il a prouve que rien ne caractérise mieux la Divinité, (c que ce mot vraiment sublime : Celui qui est, 1\ oc ne veut pas qu'on y ajoute rien, pas même le oc mot d'infini. »

Il Fénelon réfute en passant le spinosisme , et consacre même un chapitre entier à l'examen de ce système, comme il en avoit consacré un, dans la première partie, à l'examen de celui d'Epicure. Cette discussion, que Fénelon jugeoit alors si importante, l'est devenue bien davantage^ depuis que le système de Spinosa, longtemps oublié, a été ressuscité par la philosophie allemande, et renouvelé, même en France, par quelques admirateurs de cette philosophie. Quoique Fénelon traite assez brièvement cette matière, on peut assurer avec confiance, que les hommes instruits trouveront dans ce chapitre tous les principes nécessaires pour la réfutation des divers systèmes qui ont modifié, dans ces derniers temps, celui de Spinosa (i). I

(i) Le spinosisme est réfuté plus brièvement, et cepen-

Page 1